la dernière page des guerres dynastiques françaises : le retour de la prétention espagnole. (dernière partie)

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En 1883 s’étaignait le Comte de Chambord, dernier héritier mâle de Louis XV. Un homme qui sacrifia le trône à la couleur du drapeau …

Louis Philippe II qui devient Philippe VII en 1883
Louis Philippe II qui devient Philippe VII en 1883

Le dernier souffle des prétentions monarchiques des Orléans

La mort du comte de Chambord en 1883 semble mettre fin aux querelles dynastiques françaises. En l’absence de descendant direct du roi Louis XIV la couronne ou du moins les prétentions qui s’y attachent reviennent naturellement aux héritiers de son frère, en l’occurrence au petit-fils de Louis-Philippe Ier, Louis-Philippe comte de Paris.

Ce dernier se faisait appeler depuis 1848 et l’abdication de son grand père « Louis-Philippe II » mais en 1883 comme signe de réconciliation avec les « légitimistes » désormais sans prétendant il choisi de se faire appeler « Philippe VII » se positionnant ainsi comme le seul héritier de tous les rois de France.

C’était sans compter avec la rancune (pour le moins tenace) des légitimistes les plus « ultra » et surtout les querelles dynastiques espagnoles qui libèrent une branche mâle de la famille de Bourbon de toute responsabilité royale. En fait, de 1883 aux années 30, le débat reste grandement minoritaire chacun s’accordant plus ou moins à respecter l’autorité de la famille d’Orléans sur la base de ce que l’on appela la « fusion monarchique » entre les deux branches françaises et surtout grâce à l’alliance entre les Orléans et l’Action française de Charles Maurras.

Lors des élections législatives de 1885,  le nombre de députés royalistes passe de quatre-vingt-dix à deux-cents ouvrant une nouvelle perspective à nos amis Orléans. Le 6 mars de l’année suivante,  le comte de Paris organise, à l’Hôtel Galliera, une cérémonie fastueuse à l’occasion des fiançailles de sa fille aînée, la princesse Amélie d’Orléans, avec le prince héritier dom Charles du Portugal. Si la réception est strictement privée elle a une incroyable répercussion médiatique et populaire marquant le regain du sentiment royaliste dans la population française. C’est probablement le dernier grand mariage royal français en termes de couverture par la presse.

Pour les républicains, le danger est désormais imminent et c’est pourquoi ils décident de voter  en toute urgence une loi d’exil, qui touche les prétendants au trône et leur fils aîné en les obligeant à quitter le territoire national. Il s’agit de fait du dernier vrai soubresaut de l’espoir monarchiste. A la fin du XIXème siècle l’affaire Boulanger et le ralliement du Pape à la République puis la rupture avec Charles Maurras et l’Action française achèvera de fragiliser les prétentions des Orléans qui semblent peu à peu se satisfaire de leur statut de simples « prétendants ».

C’est au lendemain de la seconde guerre mondiale que réapparaitra la question dynastique alors que le légitimisme connait un regain d’intérêt au travers de la personne de Jacques Henri de Bourbon, duc de Ségovie, qui a été écarté de la succession au trône d’Espagne par son père. Le duc de Ségovie redécouvre ainsi ses droits à la couronne de France en 1946 et entend les faire reconnaitre en prenant le titre de « duc d’Anjou », héritier des droits de Philippe V d’Espagne.

La succession espagnole

Arbol-genealogico-Felipe5Souvenez-vous : À la fin des années 1690 Charles II d’Espagne est malade et prend conscience qu’il va mourir sans héritier. Louis XIV qui régnait alors sur la France était le fils d’Anne d’Autriche, tante de Charles II d’Espagne, et avait épousé Marie Thérèse d’Espagne, sœur de Charles II. Il défendait donc l’idée, au demeurant fort exacte, que ses petits fils étaient les héritiers les plus « légitimes » à la couronne espagnole oubliant un peu facilement que Marie-Thérèse avait renoncé à ses droits sur la couronne ibérique en l’épousant.  Au début il s’était d’abord rendu à l’idée d’abandonner le trône d’Espagne en échange du rattachement à la France de Guipuscoa (l’une des trois provinces de l’actuelle Communauté autonome basque, dans le nord de l’Espagne avec la ville de San Sebastian), de Naples et de la Sicile. Néanmoins, le 2 octobre 1700, le roi Charles II décida de faire de Philippe de France (petit fils de Louis XIV) son légataire universel espérant que le Roi Soleil et surtout ses armées sauraient préserver l’empire espagnol. Il meurt un mois plus tard laissant la France devant le fait accompli. Le 16 novembre, Louis XIV accepte le testament espagnol et déclare à la cour de France « Messieurs, voici le roi d’Espagne » puis s’adressant à son petit-fils de 17 ans « Soyez bon Espagnol, c’est présentement votre premier devoir ; mais souvenez-vous que vous êtes né Français pour entretenir l’union entre nos deux nations ; c’est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l’Europe. »

Il s’en suivra une guerre de 13 ans qui ruina la plupart des cours européennes. En 1713 est ratifiée la paix d’Utrecht. Philippe V y conserve le trône d’Espagne, mais doit renoncer, pour lui et pour sa descendance, au trône de France même dans le cas où les autres princes de sang français disparaîtraient. C’est ce point essentiel que Philippe V et ses descendants contesteront continuellement par la suite. Si la question ne se pose pas au XVIII ème siècle, la descendance directe étant assurée; elle sera particulièrement importante pour les monarchistes du fait de l’extinction de la branche des bourbons directs en 1883.

La question de la valeur juridique d’une renonciation royale et l’intrusion carliste dans la succession française

Pour les légitimistes, la renonciation de Philippe V était contraire aux lois fondamentales du royaume qui disposent qu’aucun souverain ne peut abdiquer, tout comme c’est le cas en Angleterre. Dans son texte « Les querelles dynastiques aujourd’hui », Jean Foyer le rapporte : « Daguesseau l’a écrit dans un mémoire. Le Premier président de Mesmes l’a dit au cours de l’audience du Parlement rapportant les paroles de Louis XIV qui affirmait en être plus convaincu que personne. Au cours des négociations, Colbert de Torcy, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, avait tenté de convaincre les Anglais de renoncer à exiger une garantie qui en droit ne vaudrait rien. Par conséquent, un Bourbon d’Espagne serait l’héritier de la couronne selon le droit monarchique disparu, le roi de droit. Ce ne pouvait être le roi d’Espagne Alphonse XII car il n’est l’aîné que par les femmes (par sa mère Isabelle II), mais le chef de la branche carliste le serait selon la loi salique. »

En effet, Philippe V instaura en 1713, par la Pragmatique Sanction, la loi salique en Espagne où jusqu’alors rien n’empêchait une femme de régner. Au XIXème siècle, le lointain héritier de Philippe V, Ferdinand VII s’est marié quatre fois et peinait à enfanter un héritier si bien que pendant tout son règne, son frère Charles fut l’héritier désigné. Seulement, au quatrième mariage, Ferdinand eut enfin deux enfants … des filles Isabelle et Louise. En 1830 quand nait sa première fille, Ferdinand VII abolit la Loi Salique pour permettre à la future Isabelle II de lui succéder à sa mort qui interviendra  trois ans plus tard en 1833. Il s’ensuit une guerre civile entre partisans de la jeune reine et Carlistes (qui soutiennent Charles, petit frère de Ferdinand). Avec le soutien de la France et de l’Angleterre les armées d’Isabelle s’imposent en 1840 mais cinq ans plus tard Charles de Bourbon « abdique » ses droits au profit de son fils ainé qui prend alors le nom de Charles VI (1818-1861). Il y aura comme ça trois guerres « carlistes », toutes perdues par les prétendants au profit d’Isabelle ou de ses successeurs. Les carlistes vont finir par fuir l’Espagne et rejoindre la France.

Cette branche de la famille des Bourbons qui s’éteint définitivement dans les années 1930 était aux yeux des légitimistes ultras l’héritière directe des rois de France après 1883 (mort du dernier héritier mâle de Charles X)  puisqu’elle était la seule à descendre  en ligne directe de Louis XIV par les mâles.

la généalogie légitimiste
la généalogie légitimiste

Les droits de la famille d’Espagne

Une fois la branche carliste éteinte, pour trouver notre roi de France légitimiste nous devons remonter le long de l’arbre dynastique espagnol. Pour avoir plus de droits que le prétendant Orléans, notre prince idéal doit être descendant de Louis XIV par les hommes  … Il s’agit donc de l’aîné de la famille royale d’Espagne et pourtant il ne s’agit pas du Roi Juan Carlos.

La mort des héritiers de Charles VI « carliste » nous oblige à remonter à Charles IV dont le fils aîné était Ferdinand VII. Le bon Charles a eut un autre fils en la personne de François de Paule de Bourbon qui lui-même eut François d’Assise Marie Ferdinand de Bourbon qui eut la très bonne idée d’épouser la reine Isabelle II d’Espagne. La boucle est bouclée et c’est ce qui explique que les héritiers du couple ont revendiqué tant la couronne d’Espagne que celle de France à compter de 1936 et du décès du dernier carliste.

Après la guerre civile espagnole, le dictateur Franco a réuni Jacques et Jean, les deux fils survivants du dernier roi d’Espagne Alphonse XIII et leur expliqua qu’aucun des deux ne monterait jamais sur le trône car il avait choisi comme successeur le fils de Jean (le cadet) qui prendra le nom de Juan Carlos Ier. En d’autres termes la branche aînée celle de Jacques était elle désormais libre de revendiquer la couronne de France et celle de Jean pouvait sereinement régner sur l’Espagne.  Nous avons donc notre branche légitimiste en la personne de l’arrière petit fils de Jacques : Louis dit Louis XX.

Comme à la grande époque nous nous trouvons donc face à deux familles et deux prétendants à une couronne qui n’appartient désormais qu’à l’histoire, celle des Rois de France.

 

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