Le comte de chambord ou comment préférer un drapeau à un trône 1848 – 1883

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Les deux
les deux prétendants respectivement petits-fils de Charles X et de Louis-Philippe Ier

Ainsi donc, au matin du 24 février 1848 Louis Philippe Ier fuit Paris laissant l’avenir de la famille d’Orléans entre les mains d’un petit garçon de 9 ans qui sera balayé par la République triomphante. Une République fragile, indécise et conservatrice qui, en niant le droit du peuple à disposer librement de son avenir, se condamne elle-même et ouvre la voie au retour triomphal de cette invention bien française qu’est l’Empire bonapartiste.

De leur côté, les monarchistes sont sonnés. Quel gâchis de part et d’autre. Louis Philippe a fuit la capitale dans une voiture sous le nom de « Mr. Smith » … bien loin du romantisme de la fuite à Varennes… Le roi déchu atteint le Havre et rejoint l’Angleterre où il s’installe avec sa famille au château de Claremont. Il y meurt le 26 août 1850. Il faudra attendre 1876, période plus favorable aux familles royales, pour que son corps ainsi que celui de la reine Amélie soient ramenés à la chapelle royale Saint-Louis de Dreux.

De 1848 à 1870 les monarchistes restent divisés entre les Orléanistes et les légitimistes. Cette lutte voit s’affronter deux petits fils : celui de Charles X, alias Henri V duc de Bordeaux et comte de Chambord qui, selon les légitimistes, règne sur la France depuis 1830 ; et celui de Louis-Philippe Ier, alias Louis-Philippe II puis Philippe VII, comte de Paris qui, selon les orléanistes, règne sur la France depuis 1848. Le premier vit son règne depuis le château de Frohsdorf à l’extrême Est de l’Autriche, le second depuis sa propriété de Claremont en Angleterre.

Dans cette lutte sans fin une solution semble néanmoins poindre : le comte de Chambord ne semble pas destiné à avoir d’enfant et si tel était le cas alors la branche des bourbons directs s’éteindrait laissant « légitimement » la voie ouverte à la famille d’Orléans.

En effet Louis XV avait quatre petits-fils : Louis (décédé avant son grand-père et sans enfants), Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Louis XVI avait eu deux fils, Louis Joseph décédé à 7 ans en juin 1789 et Louis Charles alias Louis XVII qui meurt à 10 ans dans la prison du Temple le 8 juin 1795.

Louis XVIII, meurt pour sa part en 1824 sans descendance. La couronne revient alors au dernier petit fils de Louis XV : Charles X. Son fils ainé Louis Antoine, alias Louis XIX qui a épousé la fille de Louis XVI meurt en 1844 sans enfant. Son second et dernier fils est Charles Ferdinand qui a été assassiné  à sa sortie de l’Opéra le 13 février 1820 par un républicain. Transporté dans une des salles du théâtre, le prince mortellement blessé expire le lendemain à six heures du matin. Au cours de cette longue agonie, il révèle que son épouse, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile est enceinte et quelques mois plus tard naîtra notre fameux comte de Chambord, « l’enfant du miracle », suivant l’expression d’Alphonse de Lamartine. Si le comte, alias Henri V, meurt sans enfant, la lignée directe des Bourbons s’éteindra et c’est exactement ce qui se passera le 24 aout 1883. En effet, le comte de Chambord a épousé Marie-Thérèse  de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d’Autriche et princesse de Modène. Or cette dernière présentait une malformation due à l’avancée d’une travée osseuse de son bassin qui barrait de long en large l’entrée de son utérus. Il lui était totalement impossible d’avoir le moindre rapport sexuel et donc d’enfanter. Le couple était stérile et, nous y reviendrons, le petit fils de Charles X était homme de principes et il n’a jamais envisagé de demander l’annulation du mariage ne serait ce que pour sauver la dynastie.

13 ans plus tôt, en 1870, la France est à nouveau frappée de plein fouet par les malheurs politiques. L’Empereur Napoléon III, malade et fragilisé perd sa guerre contre la Prusse de Bismarck. Le piège s’est refermé à Sedan et l’Empereur est fait prisonnier. Immédiatement les républicains et monarchistes en profitent pour chasser la famille impériale de Paris et du pouvoir. S’en suit une véritable guerre civile que les historiens républicains de la fin du XIXème siècle tachèrent de cacher. A Paris règnent les révolutionnaires républicains. A Versailles s’installe un gouvernement provisoire très clairement favorable au rétablissement d’une monarchie constitutionnelle et conservatrice.

Le comte de Chambord ou comment sacrifier un trône à un drapeau
Le comte de Chambord ou comment sacrifier un trône à un drapeau

Pour une fois tous les monarchistes (légitimistes et orléanistes) sont unis derrière les ambitions du comte de Chambord qui 40 ans après la chute de son grand père Charles X a une chance historique de récupérer son trône. Le comte a en 1870 50 ans. Il n’a pas fait annuler son mariage et il est désormais presque impossible qu’il donne naissance à un héritier. Les Orléans ont donc parfaitement compris qu’en portant le dernier Bourbon sur le trône, ils se garantissaient sa succession.

Le 4 septembre 1870, Bismarck donne le coup de grâce au Second Empire en exigeant de négocier le futur traité de paix avec un gouvernement issu du suffrage des Français. Ainsi, des élections législatives sont elles organisées en février 1871. Cette nouvelle Assemblée siège à Bordeaux puisque Paris est toujours aux mains des insurgés républicains. Elle compte 240 députés républicains contre 400 monarchistes. Le 18 février, elle nomme Adolphe Thiers « chef du pouvoir exécutif de la République française »  et  s’investit en même temps du pouvoir constituant qu’elle n’entend ‘exercer que lorsque la France sera libérée de l’occupation prussienne.

Le 8 juin 1871, l’Assemblée abolit les lois bannissant de France les Bourbons et un mois plus tard notre romantique comte de Chambord quitte les rives de palais autrichien pour fouler à nouveau la terre de France. Il fait tout de suite démonstration du même sens politique que son grand-père et qui se résume en un mot : catastrophique.

Non seulement il traite ses cousins d’Orléans avec un dédain appuyé mais qui plus est, il explique qu’une fois roi il s’installera à Versailles et il fait de la question du drapeau un point de principe incontournable. Convaincu que le peuple n’est pas si attaché au drapeau tricolore il décide d’imposer le retour du drapeau blanc de la monarchie au travers d’un manifeste publié dans L’Union du 8 juillet dans lequel il déclare :

« Je ne puis oublier que le droit monarchique est le patrimoine de la nation, ni décliner les devoirs qu’il m’impose envers elle. Ces devoirs, je les remplirai, croyez-en ma parole d’honnête homme et de roi. […] Je suis prêt à tout pour relever mon pays de ses ruines et à reprendre son rang dans le monde ; le seul sacrifice que je ne puis lui faire, c’est celui de mon honneur. […] je ne laisserai pas arracher de mes mains l’étendard d’Henri IV, de François Ier et de Jeanne d’Arc. […] Je l’ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu’il ombrage ma tombe. »

Le comte de Daru répondit assez clairement à cette diatribe d’un autre temps résumant bien la pensée des monarchistes notamment orléanistes : “Nous avons notre drapeau et notre constitution, si M. de Chambord les accepte, il sera notre roi, s’il les repousse, nous nous passerons de lui “… et c’est bien ce qui est advenu. Adolphe Thiers plus moqueur affirmera que le comte de Chambord est le vrai fondateur de la république et que la postérité le nommera le « Washington français » non pour son héroïsme mais sa bêtise.

De 1871 à 1873 les orléanistes et les légitimistes éclairés abandonnent le Comte de Chambord à ses chimères autrichiennes et tentent de gagner du temps en proposant au Duc d’Aumale de devenir Président de la République en attendant que Monsieur le Comte daigne soit abdiquer soit, dans l’idéal, mourir. Malheureusement pour eux, il faudra attendre encore 10 ans pour que le petit fils de Charles X se décide enfin à passer de vie à trépas emportant avec lui les derniers soubresauts du monarchisme français. Entre temps le parti monarchiste a perdu toutes les élections et la République a tourné la page des rois de France.

En 1883 s’ouvre néanmoins la dernière page des guerres dynastiques françaises : le retour de la prétention espagnole. (dernière partie)

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