Mon corps, un sous-vetement : du mythe à la réalité

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lwnvrigiHier je vous parlais de ma visite de l’exposition « Masculin – Masculin, L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » et j’exprimais un certain nombre de regrets au premier rang desquels l’absence de regard critique sur la mystification qu’est la représentation idéalisée du corps masculin. Une idéalisation pernicieuse depuis que la photographie retouchée a remplacé le regard de l’artiste peintre dont le métier est de dépasser la réalité pour créer son propre regard sur les choses et êtres qui l’entourent. La photographie elle est censée, en premier lieu, être une représentation du réel et quand elle le transforme, le mieux serait encore d’indiquer que la représentation s’est muée en interprétation.

La représentation du corps masculin n’a pas été une priorité du XXème siècle qui a au contraire préférer glorifier le corps féminin au travers notamment de la publicité. Aucun homme de ma génération ne peux ainsi repenser aux affiches “Aubade” sans une certaine émotion… il faudra attendre la fin des années 90 pour que l’industrie textile se décide à faire des sous-vêtements masculins une nouvelle source de revenus. Les caleçons de notre enfance, peu vendeurs, semblaient condamnés à jamais. Les journalistes de mode, en bons VRP de l’industrie de la mode se chargèrent de donner l’assaut contre le caleçon considéré  comme le «vêtement pour homme le plus inélégant de tous » après le string… Et là chers lecteurs mon âme de jeune des années 90 bascule dans l’hystérie propre aux adolescents qui entendent une infamie esthétique : le caleçon n’est non seulement pas le sous vêtement le plus disgracieux mais n’est en fait pas  disgracieux du tout… en général c’est le corps qui l’est !

L'empereur Charles Quint
L’empereur Charles Quint

L’objectif des campagnes de communication était en fait d’ouvrir l’esprit de l’homme à de nouvelles formes de sous-vêtements vendus beaucoup plus chers. Shaun Cole, dans son Histoire des sous-vêtements masculins écrit : “L’esthétisme du corps tant prisé par les Grecs semble retrouver une place prépondérante dans l’univers masculin. Miroir de l’évolution des mœurs, l’histoire des sous-vêtements souligne également le ballet incessant d’emprunts existant entre la mode féminine et la mode masculine. Les dessous se camouflent, s’exhibent, s’allongent ou se raccourcissent, instaurant un jeu entre l’interdit d’alors et la mode d’aujourd’hui, et dénoncent de fait l’aveu que pouvait trahir, autrefois, un simple vêtement.” En fait jusqu’au XXème siècle la mode, masculine comme masculine, était réservée à une élite. en termes de sous-vêtements le peuple se contentait de vêtements pratiques et amples alors que la noblesse développait une grande finesse pour entourer et cajoler ses parties les plus intimes et précieuses. Prenez la “braguette”. Elle apparaît à la fin du Moyen Âge alors que les hommes abandonnent la robe au profit de pourpoints et de bas moulants qui s’arrêtent aux cuisses, les chausses. Pour affirmer leur virilité ils intègrent rapidement la mode de la “braguette” qui à l’origine est la “brague”, un morceau de l’armure des soldats. La braguette est, chez les civils, une pièce de tissu rembourrée prenant souvent d’impressionnantes proportions normalement proportionnelles à la puissance politique de l’individu… Ce n’est qu’au XVIII ème siècle que la braguette telle qu’elle était connue sera remplacée par la culotte de l’aristocrate et pour les gens du peuple par une fente à l’avant du pantalon fermée par des boutons.

La mode du sous-vêtement s’est quant à elle démocratisée au XXème siècle et n’est plus l’apanage de la haute société. Les magasins spécialisés ont ouvert dans toutes les grandes villes vendant exclusivement des sous-vêtements masculins. Pour que cela marche il faut attirer le chalant et surtout son épouse … On fait donc de la publicité avec de beaux mâles sexy à souhait pour attirer madame : vous voulez que votre mari deviennent ce jeune éphèbe tendre et chaud comme la braise ? alors équipez le du nouveau slip à double poche avant ! Les années 2000 marqueront un tournant commercial important puisque nos publicitaires découvrent avec effarement que l’homme moderne, ou du moins ses fils, sont non seulement doté d’un cerveau et d’une carte bancaire mais qu’en plus il peut leur arriver d’avoir du gout ! La prise de conscience aura pour conséquence de remplacer, dans la publicité, les jeunes éphèbes inconnus, par de beaux sportifs stars de leur état : Madame vous voulez un beau David Beckham à la maison ? achetez notre slip et vous Monsieur, vous voulez retrouver votre âme de Cristiano Ronaldo, le boxer qu’il porte tous les jours au Real Madrid est à votre disposition …

Ah c'est donc pour un slip
Ah c’est donc pour un slip

La publicité est naturellement l’art du mensonge et de la mystification et peu à peu le sous-vêtement lui même n’est pus qu’une part infime de la communication qui l’entoure. Il lui arrive même de carrément disparaitre de la publicité qui se contente d’un mec à poil, beau comme un dieu certes mais avec simplement un bout de tissu posé nonchalamment sur l’épaule … Ahhh c’était donc un slip !

On nous vend donc du muscle, de la peau lisse et tendre et un sourire enjôleur qui se résument in fine à un bout de tissu plus ou moins confortable… Mais en fait sur nous ça donne quoi ce bout de tissu? Sommes nous devenus des dieux du stade, des bogosses pleins de testostérones ou est ce simplement sans effet ou pire… ridicule ?

Le journal The Sun a fait le test le 11 septembre 2013 en comparant les photos d’hommes normaux portant les sous vêtements des publicités avec les photos originales. Le résultat est loin d’être catastrophique, au contraire il me donnerait presque plus envie d’acheter les produits maintenant que je sais ce que cela donnera sur moi !

La vraie question qui se pose est donc de savoir ce que nous cherchons quand nous achetons nos sous-vêtements : nous rendre plus attractifs ou acheter une part de rêve?

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