salope, conne, cot cot : les sous-doués au Parlement

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La république est une femme
La république est une femme

Organe suprême de l’opinion le pouvoir parlementaire doit lui rendre la force qu’elle lui a prêté. Dépositaire sacré des vœux, des espérances de la Nation, il doit la maintenir dans le sentiment de sa dignité, de sa puissance, de sa vertu” Cette phrase est tirée de l’introduction des Annales du parlement français: sessions de 1839 à 1848. Le pouvoir parlementaire auquel il est fait allusion n’est autre que celui aujourd’hui exercé par les députés, nos représentants à la désormais si bien nommée chambre basse du Parlement.  C’est là que par une belle soirée d’octobre 2014, Philippe Le Ray, député UMP, aviné et hilare mais désormais honteux lançait de sonores petits cot cot cot aiguës pour couvrir la voix, il est vrai relativement désagréable, de la députée EELV Véronique Massonneau qui répliqua par un vibrant “Arrêtez, je ne suis pas une poule !”.

En voilà donc un grand moment de la vie démocratique qui s’étend à la une de tous les journaux et sites spécialisés en actualité brulante : le sexisme est de retour… Oui parce que comprenez bien que si le député mal attentionné avait fait le même cot cot cot sur le discours d’un homme les choses auraient été différentes et pourtant le doute n’est pas permis, l’insulte est assurément sexiste et d’une bêtise digne d’un redoublant de CM1. Cela aurait pu s’arrêter là avec des excuses et une sanction tant le Président de l’Assemblée nationale fit preuve de sérieux dans la gestion de cette cour de récréation qui nous sert d’Assemblée nationale. Mais voilà, le lendemain, le scandale devient justement national: toutes les députées de la majorité participent à une sorte de manifestation de colère en entrant en retard de 10 minute dans l’hémicycle, en retard mais surtout ensemble “contre le sexisme des députés de droite” … Heureusement le ridicule ne tue pas sinon nous aurions à participer à des élections législatives anticipées !

Et voilà nos habitués de Facebook et autres Twitter de se lancer dans une campagne sans fin, celle de la chasse au sexisme qui viserait à interdire aux cons d’être tout simplement “cons” parce que voyez vous chers amis on a le droit de dire à un député homme qu’il est un gros porc mais si l’idée vous prenait de traiter une députée femme de grosse cochonne gare à vous …

Non, la connerie n’a ni sexe ni couleur politique mais elle peut parfois, surtout au Parlement être proportionnelle soit au niveau d’alcoolémie soit à celui des certitudes idéologiques qui, dans les deux cas, libèrent les capacités d’expression de la  haine et du mépris.

Chirac avait picolé comme il faut juste avant de faire son fameux discours de 1991 pendant lequel il lâchait devant une assistance médusée : “Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler !  Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou.” On peut également penser que quand le fameux Balkany, député maire UMP de Levallois se met à siffler une ministre en plein hémicycle parce qu’il l’a trouve mignonne en jupe, il y a autant à mettre sur le compte de l’alcool que du gros beauf.

Rassurez vous … ils ne sont pas tous de droite : il y avait Maxime Gremetz le député communiste qui entre en 1998 avec sa voiture dans un chapiteau où se tient un meeting politique de Charles Baur, blessant légèrement un gendarme, qui bouscule et blesse un conseiller régional socialiste en pleine session du conseil régional de Picardie, qui saccage le bureau de Daniel Paul à l’Assemblée parce qu’il reproche au groupe communiste de l’Assemblée nationale de le priver de parole et qui interrompe une réunion parlementaire consacrée aux accidents nucléaires de Fukushima au Japon, parce que les ministres sont mal garés dans la cour du palais Bourbon … il y a avait un certain Laurent Fabius dont la première réaction à la candidature de Ségolène Royal en 2007 aura été “qui va garder les enfants?“… La connerie n’a pas de couleur politique…

Depuis quelques jours le débat sur le sexisme prend un tour un peu nouveau car il mêle l’humour décapant et politiquement engagé de Guy Bedos et le punching-ball préféré de toute la gauche Nadine Morano. Ah Nadine… pas une journée sans qu’elle se fasse insulter, piétiner, verbalement molester sur les réseaux sociaux par les mêmes qui bruleraient en place de grève toute personne qui prononcerait un mot de travers sur sainte Christiane Taubira, icône de la bonne conscience. Et bien non, chers lecteurs, j’ai beau être en désaccord 90 % du temps avec les inepties de Nadine Morano cela ne signifie pas qu’elle aurait droit à un statut à part … que diraient les défenseurs de Guy Bedos si Jean Roucas avaient prononcé ces mots “Christiane Taubira qu’elle conne… ahhh la salooope“… je connais déjà les hashtags : #racisme #sexisme #fascisme.

En vérité les insultes de Guy Bedos ne sont certainement pas “sexistes” ce ne sont que des insultes tout court qui sont condamnables par la loi. Aucun de vous n’aimerait entendre un humoriste prononcer votre nom suivi de “conne” et “salope” et il n’y a certainement pas à en faire toute une montagne, les choses se règleront “entre hommes” au tribunal … Là où j’ai plus de problème c’est quand un assistant parlementaire, nous voici de retour au Parlement, profite de ce débat et de ces invectives pour insulter publiquement Marion Maréchal Le Pen. Là encore

Le Lab d’Europe 1 rapporte ainsi que Jean Bourdeau, attaché parlementaire du sénateur PS Jean-Pierre Michel, s’inspirant de la sortie de Guy Bedos sur Nadine Morano , a qualifié la députée FN Marion-Maréchal Le Pen de “conne” et de “salope” sur Twitter. Je cite Jean Bourdeau @brd_jeanMarion Maréchal Le Pen est une #conne et une #salope ! #Guy #Bedos #Morano #FN #UMP #Brignoles #MarionMaréchalLePen“. Non content de son petit effet il ajoute le lendemain “En regardant les beaufs avec leurs têtes de boeufs hier à ; on va bien rigoler en découvrant les listes #FN lors des #municipales” Et là, comment dire … j’ai la nausée… Qui peut donc croire un seul instant qu’on combattra le FN avec une série d’invectives sur les réseaux sociaux ? Qui peut faire du  cot cot cot aviné d’un député un scandale plus grave que l’insulte assumée de cet odieux personnage à l’égard non seulement d’une députée mais surtout d’électeurs citoyens que nous cherchons justement à détourner du vote extrémiste ? Le FN ne peut que dire merci à Jean Bourdeau pour ce cadeau magnifique qui le victimise davantage encore.

Parce que ça me désespère je vous propose de finir sur une note plus agréable avec une reprise d’un exercice à la mode, le best of des pubs sexistes que vous ne verrez plus jamais dans notre société aseptisée …

 

 

 

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