Un antisémite, le code noir et la supercherie de la connerie

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Code_noirSur les réseaux sociaux tout commence toujours par un détail insignifiant qui attire le regard, pose question, souvent sur la nature humaine ou plus exactement le degré de connerie ambiant.

Le 20 septembre dernier le mur de la connerie a été explosé par un certain OGB qui écrit

COUP DE GUEULE : Depuis hier, je vois sur facebook, une vidéo extraite de l’émission “touche pas à mon poste”, dans laquelle un chroniqueur, avec la complicité du gourou de l’émission, cyril hannouna, se moquent ouvertement de l’esclavage, avec un homme noir enchainé (Par respect pour cette période de l’histoire, j’ai décidé de ne pas partager cette vidéo). Bizarrement, ni le CSA, ni SOS racisme, ni la LICRA, ni les donneurs de leçon du gouvernement, et de l’opposition, ne sont intervenus pour dénoncer cette dérive malsaine… Doit-on réellement s’étonner de ce silence?… Il est vrai que cela ne visait pas les juifs, mais les noirs, donc tout le monde, quasiment s’en fout… Que peut-on faire, me direz-vous?… J’ai en mémoire, l’histoire de Rosa Park, qui avait refusé de se lever dans un bus, pour laisser sa place à un homme blanc. Il s’en était suivit un énorme mouvement de boycott de la communauté noire, de la compagnie de bus, en soutient à Rosa Park… On a contume de dire que “les chiens aboient, la caravane passe”…, c’est pourquoi j’ai décidé de ne plus aboyer, tout ceux qui méprisent la mémoire de mes ancètres, à l’image de “RMC”, “touche pas à mon poste”… Je n’empècherais peut être pas la caravane du sionisme d’avancer, mais au moins je ne l’aiderais pas à avancer…

Parmi les nombreux commentaires on trouve cette perle effarante :

CM : « éternelle question ” peut on rire de tout?” » 20 septembre, 16:26 via mobile  J’aime · 2

OGB : «  Je ne pense pas que ce soit vraiment la question qu’il faille se poser, car on a déjà eu la preuve, à plusieurs reprise qu’il est, quasiment, interdit de rire des juifs… Je dirais plutôt que la question serait “les noirs sont-ils les paillassons des sionistes?“… 20 septembre, 16:36 · J’aime

 Alors soyons clairs, je peux ne pas être un adepte de l’humour d’Hanouna et je n’ai d’ailleurs pas vu la vidéo en question qui ne m’intéresse pas. Je peux aussi être dubitatif sur ces humoristes qui choisissent de faire le buzz en faisant rire sur des sujets difficiles au risque de blesser certains ; mais ce qui devient vraiment intolérable ce sont ces crétins qui viennent cracher le venin de leur haine et de leur mal être sur les réseaux sociaux. Parce qu’un type fait une blague douteuse dans une émission présentée par un autre type dont le nom a des consonances juives alors on serait face à un complot sioniste visant à quoi ? à revenir au temps de l’esclavage des noirs ?

Il y a peu de chances que l’énergumène décérébré à l’origine de mon agacement vienne un jour sur ces pages, cela voudrait dire qu’il ne se contente plus de la logorrhée infâme de son mentor Dieudonné… pour autant je saisis cette chance d’apporter un peu de lumière dans cette grande et sombre boite vide où il est censé entasser sa culture générale.

En France la pratique de l’esclavagisme a été encadrée par le Code Noir qui rassemble des textes juridiques réglant la vie des esclaves noirs dans les îles françaises.

Le code a eu pour effet de rendre licites les pratiques de l’esclavage et du commerce des esclaves, en particulier à partir de 1724. Il est appliqué aux Antilles en 1687, puis étendu à la Guyane en 1704, à La Réunion en 1723 et en Louisiane en 1724. Texte monstrueux s’il en est dans histoire juridique française, il fait des noirs des territoires français, hors Nouvelle France et métropole, des sous-citoyens, des marchandises à statut particulier.

Pour autant, le Code noir n’est pas que cela. Il marque la volonté du gouvernement français de l’époque d’imposer partout et pour tout un chacun, même les esclaves, la religion catholique et c’est tout l’objet de l’article 1er de cette bible absolue du racisme français :

Article 1er

Voulons que l’édit du feu Roi de Glorieuse Mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Ainsi donc le premier acte instituant l’esclavagisme de manière officielle en France aura été de chasser les juifs et de saisir leurs biens.

Chercher aujourd’hui à défendre la mémoire des esclaves et de leurs descendants n’est pas chose anodine. Cela participe de notre devoir de mémoire collectif, d’un travail acharné pour défendre la place de l’Histoire et de son étude. Cela nécessite aussi une étude dépassionnée, objective, loin des contingences contemporaines dictées par les ressentiments des uns, les peurs des autres et surtout la bêtise qui se déverse quotidiennement sur nos réseaux dits « sociaux ».

2 thoughts on “Un antisémite, le code noir et la supercherie de la connerie

  1. Grâce à mon alerte google, je reçois votre note sur les juifs et le Code Noir.
    Deux remarques:
    L’article 1 de ce Code n’est pas le premier texte juridique français condamnant les juifs, loin s’en faut.
    Très tôt après la promulgation du Code Noir, sans toucher à son texte Versailles corrige par voie juridique ce “diktat” et autorise la présence des juifs dans les Iles.

    1. je crois que vous avez mal lu mon texte… la phrase est : “Ainsi donc le premier acte instituant l’esclavagisme de manière officielle en France aura été de chasser les juifs et de saisir leurs biens.”… je ne dis nullement qu’il s’agit du ” premier texte juridique français condamnant les juifs”.
      Le code Noir de 1685 est en effet modifié en 1724 mais cet article 1er est alors maintenu puisque seuls les articles 5, 7, 8, 18 et 25 du Code noir de 1685 ne sont pas repris. Néanmoins les interets économiques locaux ont en effet poussé les gouvernement locaux à empêcher l’application généralisée de cette décision d’expulsion notamment en Martinique.

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