Cette peau tatouée qui nous intrigue

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le corps d'une femme redessiné
le corps d’une femme redessiné

Il peut être tribal ou esthétique, il couvre la peau à la manière des verres fumés d’Isabelle Adjani qui montrent tout ce qu’elle voudrait cacher. Le tatouage du mauvais garçon, désormais apanage d’une jeunesse dorée dont le corps redevient décor, esthétisme social à l’aboutissement tellement moderne. Oui le tatouage est de retour chers amis, il se pare de douceurs, de sensualité et brise les mythes du XXème siècle qui l’enfermaient dans un rôle de parure de motard révolté.

Des voyous et des marins qui fleuraient bon le scandale, des “no futur” en goguette qui trouvaient comme seul modèle les “Love and Hate” de Harry Powell alias Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur (1955), de Charles Laughton, adapté d’un roman de Davis Grubb, publié en 1943. Le film retrace le parcourt d’un faux pasteur assassin de veuves qui cherche à récupérer le magot de 10 000 dollars de son voisin de cellule, condamné à mort. Il épousera sa veuve avant de la tuer et de terroriser ses deux enfants afin de faire main basse sur le trésor. On est dès lors plongé dans un récit sur le Bien et le Mal qui se côtoient aux États-Unis dans un remake des contes pour enfants des 18ème et 19ème siècles où l’on est censé leur apprendre à discerner le vrai du faux et à reconnaitre les pièges que l’existence met sur leur chemin. Le symbole est repris à bon escient en 1975 dans la satyre sociale et culturelle  The Rocky Horror Picture Show, sur les doigts d’Eddie, le rockeur à moto au destin tragi-comique qui représente les clichés du rock n’ roll et de ses adeptes victimes des années 70 et relégués aux tréfonds des modes passées et dépassées.

Le tatouage était mort pour la bonne société, les gens raffinés, peu enclins à souffrir le contact d’une aiguille sur leur peau fragile et coquette. Tel ne fut pas toujours le cas. Il serait ainsi arrivé en Europe au retour des expéditions coloniales, aux XVI° et XVII° siècles mais c’est davantage un retour qu’une arrivée. En fait, en 1991 on a découvert dans les Alpes Italiennes le corps momifié d’un chasseur néolithique sur le corps duquel ont été trouvés de petits signes stylisés et schématiques qu’on estime avoir été tatoués dans un but thérapeutique au niveau des articulations.

La pratique du tatouage la plus aboutie, nous en avons parlé sur le blog, est celle du tatouage polynésien.

un nouvel esthétisme
un nouvel esthétisme

Aux Îles Marquises, il marquait généralement l’appartenance à un rang social élevé. Toutes les parties du corps sont tatouées, à l’exception de la paume des mains et de la plante des pieds. Plus les dessins sont nombreux, riches et variés, plus la personne est âgée et élevée dans le milieu social. Ainsi apprend on qu’un homme ne pouvait demander la main d’une jeune fille s’il n’avait été préalablement tatoué. C’est donc pour cette raison que le tatouage était effectué dès la puberté. Un premier dictionnaire du tatouage des îles Marquises, a été élaboré par Teíki Huukena, originaire de Nuku-Hiva, et tatoueur depuis plus de vingt ans. Il regroupe un grand nombre de symboles utilisés dans la réalisation du tatouage marquisien. Ainsi on retrouve le Patutiki est le tatouage le plus répandu dans le monde du tatouage polynésien, car dès le début du 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle, des scientifiques russes, allemands et américains sont venus relever ces “mystérieux symboles” sur cet archipel et ont publié plusieurs ouvrages très complets sur les Marquisiens et leur art. Selon l’auteur, la signification d’un bon nombre de symboles utilisés dans la réalisation du Patutiki, s’est perdue avec le temps. La plupart de ces symboles, restés longtemps mystérieux, ont entrainé une utilisation erronée et un mélange improbable de ces motifs à la symbolique très différente (d’un archipel à un autre, d’une île à une autre, d’une vallée à une autre, d’une famille à une autre…).

Les définitions souvent erronées, voire réinventées de ces symboles ancestraux, ont conduit l’auteur à faire des recherches très approfondies, et à redessiner et classer chaque symbole afin de mieux révéler leurs significations. Le livre est disponible sur le site www.tiki-tattoo.com.

une sensualité revendiquée
une sensualité revendiquée

Le tatouage est pourtant présent dans toutes les civilisations. Au Japon,  on tatoue les criminels dès le Vème siècle, en Egypte, la pratique remonte pour sa part à l’an 2000 avant Jésus Christ et en Afrique du Nord, la pratique est encore plus ancienne d’un millénaire. en Amérique du Sud, il apparait que le tatouage et la peinture corporelle remplaçaient l’habillement; ils indiquaient l’appartenance à une tribu, le rang social, les actes de guerre et de chasse accomplis.

Les Européens redécouvrent le tatouages au 17ème siècle

Les seules marques de tatouages qui restaient présentes en Europe était le marquage au fer des prisonniers. Le vrai tatouage lui débarquât des navires revenus des nouvelles colonies. Il se répandit assez rapidement chez les aristocrates et les militaires. Le Tsar Pierre le Grand (1682-1725) portait une hachette sur le poignet droit alors que Nicolas II (1868-1918) se fit tatouer une épée sur la poitrine lors d’un pèlerinage à Jérusalem. Des rois d’Angleterre et du Danemark étaient également tatoués mais le plus originel de tous fut probablement Jean-Baptiste Bernadotte, roi de Suède et de Norvège à partir de 1818 qui, en souvenir de la révolution et de sa dévotion à Napoléon Ier, portait sur le bras gauche un bonnet phrygien, ainsi que la devise française Liberté Égalité Liberté Fraternité. Son tibia affichait quant à lui la sentence infligée à Louis XVI : La mort du roi.  Le tatouage était alors comme une marque indélébile et cachée des véritables sentiments, cachés par les habits d’apparat et les devoirs de souverains.

Le tatouage au service du corps
Le tatouage au service du corps

L’esthétisme contemporain

Un jour viendra où l’on expliquera les raisons de ce retour en grâce chez les précieux et précieuses contemporains. Comment c’est art qui fut barbare, anti-social ou secret devint à la naissance du XXIème siècle un flambeau nouveau et moderne de l’esthétisme. Ne nous voilons pas la face, le Tatouage est partout. Pas un seul modèle qui une fois dévêtu n’affiche fièrement cette seconde peau. Plus qu’un vêtement ou un décor, le tatouage est une mise en scène de son propre corps; un aboutissement du travail esthétique sur soi même. Quand le galbe d’une hanche se précise dans sa perfection momentanée, il vient s’enrichir d’une mise en perspective à l’encre noire. Quand le pectoral triomphant et saillant d’une jeunesse à son comble vient s’afficher sur nos murs gris, il s’enorgueillit d’être une œuvre d’art à part entière. Point de philosophie, faisons fi du discours social ou des bévues thérapeutiques, le tatouage n’est qu’esthétisme quand le corps est en lui même un outil construit pour produire le désir et rien de plus.

Certains se réapproprient un corps qui leur est étranger, les autres plus modernes l’achèvent comme un artiste apporte la dernière touche à son œuvre préférée, c’est la signature de l’artiste qui offre ainsi aux yeux de tous la perfection de son travail et de son héritage aussi longtemps que l’œuvre vivante et périssable reste digne de notre regard et de notre admiration.

mise à jour du 18 novembre 2013 : Valérie CF me signale sur Google + que l’une des photos utilisée dans ce post a en fait été tronquée. Initialement elle faisait partie d’une campagne contre la discrimination des personnes handicapées car justement, derrière la plastique irréprochable du modèle et ses tatouages sexy se cachait une jambe en moins. Je mes suis interrogé sur les raisons qui pouvaient ainsi pousser certains à masquer cet aspect là du modèle car la photo dans sa version complète reste sublime peut être même davantage. La voici donc.

La sensualité
La sensualité

 

2 thoughts on “Cette peau tatouée qui nous intrigue

  1. un art magnifique , qui a de nombreuses significations , j aime beaucoup cette expression libre sur le corps comme toile d'expression .
    Pour le handicap je crois que même si cet homme est somptueux , notre société est encore bien encrée dans un moule où chaque personne doit être conforme à une norme , on avance , on avance mais à petits pas .Bien amicalement Val Cf

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