La pilule est en deuil : Lucien Neuwirth, résistant, gaulliste et réformateur est mort

Share
Merci Lucien Neuwirth
Merci Lucien Neuwirth

L’histoire des mœurs française à ses héros. Avant Christiane Taubira et son mariage pour tous en 2012, avant Robert Badinter et sa dépénalisation de l’homosexualité en 1982, avant Simone Veil et son droit à l‘interruption volontaire de grossesse en 1975, il y eut Lucien Neuwirth et sa loi sur l’introduction de la pilule et donc de la contraception en France, en 1967, un an avant l’explosion sociale et sociétale de 1968.

Il y eut donc un temps où la droite, pourtant particulièrement conservatrice sur les questions de sociétés, était capable de dépasser ses propres limites par la seule force de la volonté politique. La République qui avait déjà fait de la femme, le 21 avril 1944, l’égale de l’homme en matière politique et institutionnelle, se décidait 20 ans plus tard à lui rendre la maîtrise de son corps et de la maternité au grand damne des vieux gaillards de l’Assemblée nationale qui pendant les débats parlementaires se lamentent sur la nouvelle situation de l’homme… et qui ne sont pas sans rappeler les débats qui enflammèrent les mêmes travées 45 ans plus tard sur le mariage gay. Certains passages méritent d’être cités dans leur intégralité pour bien comprendre à quel point le débat de 1967 ouvrit les portes à l’odieux :

Lucien Neuwirth à l'Assemblée nationale
Lucien Neuwirth à l’Assemblée nationale

Jacques Hébert se lance au nom de la droite “Je ne traiterai pas des conséquences psychosociologiques de la contraception sous toutes ses formes, bien que je n’ignore nullement les travaux étrangers récents au sujet des troubles psychiques impressionnant qu’elle entraîne chez les hommes comme chez les femmes, et que je redoute l’influence de l’esprit contraceptif sur la jeunesse… Je ferai remarquer que, paradoxalement, dans un rapport qui parle de morale sociale assez égoïstement sans doute, il est bien peu question des effets à long terme de ces contraceptifs oraux sur l’enfant, et que l’on ne parle pas du tout de leurs conséquences sur les enfants à venir au cours des générations futures… En dehors du mongolisme que nous connaissons, hélas ! trop bien, nous ignorons le devenir psychique de ces anormaux dont l’espérance de vie est heureusement très brève…. Cette découverte remet en cause tout le problème de leur responsabilité. Il semble bien, en effet, que le fait d’avoir un chromosome supplémentaire prédispose tous les « porteurs » à avoir un comportement social anormal et à être dotés d’une agressivité toute particulière qui les pousse à tuer, violer, égorger, etc. Ce qui est un peu ennuyeux, c’est que ces sujets peuvent se reproduire et que leurs descendants ont en général des chromosomes Y supplémentaires…

Ainsi donc la pilule que prennent nos mères, nos soeurs, nos épouses, nos copines et nos amies est elle probablement à l’origine du déclenchement de World War Z, l’invasion de la planète par des hordes de zombies prédisposés à la violence !

J’aimerais faire à ce titre une dédicace particulière à Jean Coumaros, mort en 1991 et qui fut de 1958 à 1973 député gaulliste de la Moselle. Dans une grande envolée lyrique il déclame lors de ce débat : “les maris ont-ils songé que désormais c’est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants en absorbant la pilule, même à leur insu ?  Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde, et les femmes ne seront plus qu’un objet de volupté stérile.”

Ah la volupté stérile ! Le plaisir sans la procréation, le sexe sans la maternité ; quelle infamie que la femme, après avoir récupéré la maîtrise de son rôle social, redevienne unique propriétaire de son corps, de ses errements et naturellement de ses voluptés. Ce brave Jean Coumaros, pour le coup père intellectuel de nos néo conservateurs à la sauce Zemmour avait senti le vrai chambardement social, le changement de priorité, la fin de la domination d’une partie de l’humanité sur l’autre; et tel le souverain défaillant, il cherche d’une main tremblante à rattraper sa couronne alors qu’elle est déjà à ses pieds.

Lucien Neuwirth voit lors de ces débats ses amis et ses alliés les plus proches lui tourner le dos et la loi dont il est l’initiateur et qu’il présente en simple député rapporteur et non en ministre est votée principalement grâce à l’opposition de gauche à la fin du mois de décembre 1967. De ce jour la femme reprend possession de son droit inaliénable à maîtriser son corps et son accès à la maternité. C’est ce jour que peut commencer le débat sur l’interruption volontaire de grossesse qui durera encore 8 ans avant d’aboutir. L’homme qui s’est éteint aujourd’hui à l’age de 89 ans aura ainsi été toute sa vie un résistant, un réformateur et un serviteur de la justice.

1 thought on “La pilule est en deuil : Lucien Neuwirth, résistant, gaulliste et réformateur est mort

  1. L’homme n’était pas parfait (mais mais qui peut prétendre l’être !) et pourtant il fit de grandes choses ! Je garderai le meilleurs de ses engagements, et notamment le progrès social qu’il a permis « la loi relative à la régulation des naissances" puis ensuite « le projet de loi de Simone Veil sur l'interruption volontaire de grossesse ». Le nom « Neuwirth » sera dans l’histoire, indissociable de la condition des femmes.
    http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/11/26/mort-de-lucien-neuwirth-auteur-de-la-loi-sur-la-pilule_3520184_3382.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *