Marielle de Sarnez fait le ménage dans les ruines du centre indépendant

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Jean-François Martins, conseiller de Paris du Modem
Jean-François Martins, conseiller de Paris du Modem

La petite planète centriste parisienne a connu un énième séisme vendredi dernier. Jean-François Martins, seul élu du mouvement de François Bayrou au conseil de Paris a annoncé dans le journal Le Monde son ralliement à Anne Hidalgo, la tête de liste socialiste.

Jean François Martins était en 2008 n°2 sur la liste de Marielle de Sarnez dans le XIVème arrondissement. Quand Marielle fut élue députée européenne elle s’appliqua le principe de non cumul des mandats et démissionna de son mandat de conseillère de Paris laissant alors la place vacante pour son suivant de liste, Jean-François. Ce dernier s’imposa alors, pour le meilleur comme pour le pire, comme un élément incontournable du Modem parisien et s’approcha du soleil béarnais en s’occupant de la stratégie de communication du candidat Modem à la présidentielle de 2012, avec le succès que l’on sait.

Je dois vous avouer que je n’ai jamais été charmé par le personnage Martins qui a pour lui une certitude intime d’avoir raison contre vents et marées, une certitude qui transparaît dans le moindre de ses propos et dans son attitude disons marquée d’un certain complexe de supériorité. C’est bien  lui qui, au lendemain des élections législatives de 2012, se félicitait des résultats du Modem …  je le citais dans un post précédent : les 9,1 % à la présidentielle sont « un résultat tout à fait honorable compte tenu des circonstances nationales » et aux législatives « le modem a montré qu’il était le 1erparti du centre en dépassant partout le parti radical valoisien, le nouveau centre et l’alliance centriste. Si le résultat national n’est pas bon, les candidats n’ont pas à rougir de leur campagne et des résultats obtenus »…

Marielle de Sarnez et François Bayrou à Guidel le 29 septembre 2012
Marielle de Sarnez et François Bayrou à Guidel le 29 septembre 2012

Quoiqu’il en soit, depuis 2010 au Conseil de Paris, Jean-François a été un élu exemplaire, participant aux séances de travail, aux votes et se passionnant pour l’avenir des institutions parisiennes. Il est d’ailleurs le seul élu a avoir repris une idée qui nous est chère ici, celle de l’extension des frontières de Paris en défendant l’intégration dans le programme du Modem de la fusion de Paris et des communes de la petite couronne dans un grand Paris. Depuis Mars dernier et l’annonce du retour de Marielle de Sarnez sur ses terres parisiennes, il a joué le jeu en participant au travail mené par le mouvement sur les questions programmatiques, en acceptant de reprendre sa seconde place dans le XIVème arrondissement.

Mais il y a un problème : Jean-François Martins fait parti de ceux qui ont accompagné Bayrou sur le chemin de la révolution politique du centre en mai 2012. Il fait parti de ceux qui dans le cercle restreint autour du candidat ont poussé à annoncer un virage à gauche. Cette prise de position était conforme aux prises de position de l’élu au Conseil de Paris où il a voté plusieurs des projets emblématiques de la majorité municipale, comme « l’aménagement des voies sur berges, le plan climat, le plan déplacement ». Il a aussi voté des vœux en faveur du mariage pour tous ou du droit de vote des étrangers extra-communautaires… Toute son action, toutes ses prises de positions étaient en opposition frontale avec la droite et l’UMP.

Alors que Marielle de Sarnez prépare une union dès le premier tour avec NKM et donc l’UMP à Paris, Jean-François Martins sait qu’il ne peut pas rester sans saborder le coeur même de ses convictions politique :  “A Paris, le centre ne peut pas être l’allié des conservateurs. Ma famille politique reste le MoDem, mais le choix d’une alliance avec cette droite parisienne que j’ai pu observer aux premières loges depuis que je suis devenu conseiller de Paris en 2010, ce n’est pas ce que je souhaite pour les Parisiens. Je ne veux pas que Nathalie Kosciusko-Morizet soit maire de Paris. Je sais que ce n’est pas le bon choix pour Paris“. Dès lors, sans quitter le Modem il annonce soutenir Anne Hidalgo et donc le PS, comme le Modem le fait à Lille, à Dijon, à Marseille; comme Thierry Robert, député modem siège au sein du groupe du Parti radical de gauche à l’Assemblée nationale.

Yann Wehrling
Yann Wehrling

Marielle de Sarnez, elle, ne l’entend pas ainsi. Comme à son habitude, l’impératrice du centre ne veut voir qu’une seule tête, la sienne, et n’entendre qu’une seule voix, la sienne. Elle a donc envoyé au combat Yann Wehrling ce qui ne manque pas de cruauté. Celui qui fut candidat tête de liste à Strasbourg en 2008 et candidat aux européennes dans la région Est en 2009 se présente désormais dans son communiqué comme “Membre de l’équipe de MoDem Paris”. Au moins nous savons désormais où il entend être parachuté…

Yann Wehrling écrit donc “La défection de M. Martins qui a choisi de rejoindre le PS est une manœuvre de plus qui illustre la politique des marchandages et des petits arrangements qui caractérise la gestion socialiste à Paris […] C’est donc le moment des débauchages désespérés. Et ce n’est d’ailleurs, évidemment, pas un hasard que ce ralliement soit mis en scène à la veille du rassemblement du centre, qui peut proposer aux Français un changement et un espoir.”  Matthieu Lamarre, directeur de la communication du parti ajoute “Il est évidemment suspendu du MoDem et sera exclu prochainement“…

Je disais qu’il était cruel de choisir Wehrling pour porter l’estocade contre Martins car Wehrling est l’un des symboles de l’ouverture à gauche du Modem, l’une des plus belles prises de 2007 puisqu’il était Secrétaire national des Verts, le prédécesseur d’une certaine Cécile Duflot …

d'échec en échec les militants du Modem ici au soir du 1er tour de la présidentielle de 2012 sont condamné à tourner la page du centre indépendant
d’échec en échec les militants du Modem ici au soir du 1er tour de la présidentielle de 2012 sont condamné à tourner la page du centre indépendant

Nombreux sont les militants qui restent encore dans cette coquille vide centriste à se sentir floués, dépossédés du projet politique de 2007. François Bayrou a confisqué l’outil qu’il avait contribué à créer et ses cadres se lancent dans une course folle aux postes et aux alliances pour sauver ce qu’il reste de leurs chances de devenir “quelque chose” dans le microcosme politique.  Marielle de Sarnez, ce n’est un secret pour personne a d’ores et déjà renoncé au XIVème arrondissement. Elle sera n°2 dans la liste UMP du VIème arrondissement, acquis à la droite et elle démissionnera en juin une foi reconquis son siège de député européen.

Il est tout à l’honneur de Jean-François Martins de ne pas avoir accepté de participer à une mascarade honteuse dont les seules victimes sont les militants, particulièrement ceux de l’Est parisien qui travaillaient depuis des mois à un rapprochement avec les listes d’Anne Hidalgo. Traités par le mépris ils ne peuvent que se soumettre ou simplement tourner la page.  Martins lui a réussi à faire se rencontrer son intérêt personnel et ses valeurs, c’est une chance que peu de responsables locaux du Modem parisien ont aujourd’hui.

12 thoughts on “Marielle de Sarnez fait le ménage dans les ruines du centre indépendant

  1. déçue par toutes ses mascarades et tractations qui n'ont pour but que des ambitions personnelles…et que deviennent les électeurs, les militants du MoDem dans tout ce cafouillage????? des pions. En tout cas, moi je ne joue plus.Ni droite, ni gauche.

  2. C est une nouvelle un effet girouette et retour de manche que je condamnais déjà il y a trois ans. Comment soutenir un projet Nkm vide de sens et clairement peu soucieux de l intérêt général à Paris.

  3. Même s'il faut se réjouir d'une union des centres, condamnée par le Modem quand cette union à été réalisée dans le 18ème avec l'alliance centriste, un centre droit est un " Non centre ". Au MoDem nous étions fiers de rompre avec cette opposition systématique droite-Gauche. Soutenir les projets qui nous semblent bons d'où qu'ils viennent était notre devise, alors que reprochent ont à JF Martens ?

  4. via FB
    Je ne comprends rien à ces histoires. Je propose Birgitte Nyborg comme figure d’un centrisme parisien apaisé.

  5. Je savais que cela énerverait les plus fidèles électeurs de Bayrou …. Je savais bien que sur le terrain ils ne verraient pas la chose comme la cour de Mademoiselle la censure !

  6. Facebook : Bruno Pludermacher via Christian Romain
    Le MoDem de 2007 est bien loin. Welcome back, UDF, supplétif de l’UMP.

  7. via fb
    Et ils sont où les démocrates maintenant ? à l’UDI/UMP ? je croyais pourtant avoir entendu qu’il y avait d’autres alternatives que le PS ou l’UMP ?

  8. Très bonne conclusion… Comme quoi et quoi qu on en dise le centre ne peut etre en France qu à la droite…nous en avons là la demonstration…. Et le ralliement à l UMP n est qu une question de temps…mais un temps court…

    1. Ah mais vous allez bien vite en besogne quand il s’agit d’interpréter mes conclusions.
      1- le centre a été allié à la gauche de 1945 à 1969 sans discontinuer
      2- si le rapprochement entre le centre et la gauche initié en 2007 est un échec c’est seulement parce que la gauche dan sa majorité a refusé ce rapprochement ou l’a simplement saboter comme à Pau aux législatives de 2012 … C’est comme si une fille passait on temps à dire NON à un garcon et que quand ce dernier finit par se tourner vers une autre fille, la première vient lui dire “ahh ben tu vois tu m’aimai pas vraiment”…

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