Quai d’Orsay : un téléfilm de Bertrand Tavernier sur grand écran

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Alexandre Taillard de Worms alias Dominique de Villepin
Alexandre Taillard de Worms alias Dominique de Villepin

Ce week-end, bravant les dernières températures positives de la saison nous nous sommes embarqué dans un drôle de chemin nous menant tout droit à une salle obscure où était projeté un film encensé par les médias : Quai d’Orsay auquel, tenez vous bien, Tavernier oblige, télérama a accordé 4 étoiles …

Il s’agit de l’adaptation de la bande dessinée du même nom qui relate les aléas du fonctionnement d’un cabinet ministériel et plus précisément celui du Ministre des affaires étrangères, un ministre qui ressemble très clairement et volontairement à Dominique de Villepin, l’homme qui voulait “retrousser les jupons de la France” … La bande dessinée, et donc son adaptation cinématographique s’attache à retracer la genèse du fameux discours tenu par le ministre au Conseil de sécurité de l’Onu à propos de l’intervention française en Irak; discours qui fut le seul jamais applaudi à cette tribune. Elle tend ainsi à caricaturer celui qui lui même ne fut jamais qu’une caricature sympathique et talentueuse de la diplomatie française, dans ses bons jours.

Délicieusement nommé Alexandre Taillard de Worms, l’homme semble agréable et au contact simple et facile lançant des “camarade” enjoués à tous ses collaborateurs, notamment le jeune Arthur Vlaminck, tout frais sorti de l’ENA et recruté au cabinet pour devenir la “plume” du ministre. Cela donne l’occasion d’une scène assez incroyable où le ministre regarde le jeune énarque dans les yeux en lui expliquant qu’il lui confit la quintessence de l’action publique : “le langage”. Et la salle de s’esclaffer : chacun a bien compris qu’en clair, il doit écrire les discours du ministre, être le porte plume de sa pensée, un bic jetable et interchangeable. Les fonctionnaires présents dans les sièges rouges du MK2 rient aussi, mais jaune. Chacun d’entre eux sait que dans l’administration, la maitrise du “langage” représente au bas mot la moitié du temps de travail, en fonction du nombre d’énarques raturant, corrigeant, modifiant, enrichissant la note initiale pour faire d’une simple intervention devant des élèves de sciences po, la quintessence de l’esprit républicain et la République, sachez le ne pourra supporter un “toutefois” malencontreusement placé à une espace linguistique dédié de manière évidente à un “néanmoins”. Personne ne peut nier néanmoins, comme le démontre le film que parfois le mot crée l’Histoire et est tout ce qu’il en reste. Ce discours qui est en fait l’objet de tout ce récit et qui en sera la conclusion reste comme l’acte fondateur de la présidence de Jacques Chirac et c’est l’homme du langage, Dominique de Villepin, qui saura transformer le langage en arme ultime, bien plus forte que les rodomontades de  l’administration américaine.

Quai d’Orsay est ainsi un film grinçant mettant davantage en exergue des modes de fonctionnement que caricaturant l’existant car dans la vie réelle, c’est finalement le Ministre le moins chiant de tous. Dans le film, Alexandre Taillard de Worms semble ridicule d’incompétence, obnubilé par les citations, la forme à défaut de fond, le lyrisme qui tente de masquer outrageusement le vide politique symbolisé par un Président de la République (Chirac) plus passionné par la disparition d’un ours des Pyrénées  que par la crise au Moyen Orient. Caricature? certes et pourtant criante de vérité quand elle met en scène les pièges que se tendent entre eux les membres d’un cabinet ministériel ou la compétition entre directeurs administratifs et acteurs politiques. La vie d’un ministère est bien faite de ces petites rivalités pour obtenir un regard, un mot gentil, une caresse; de ces moments qui nous rappellent à chaque instant que malgré la République c’est bien à Versailles que l’on trouve l’origine de toute la politique française, de ses errements et de ces petites faiblesses de courtisans tellement humains.

Le problème avec Tavernier c’est que privilégiant la narration, reprenant à la lettre la bande dessinée jusque dans les onomatopées et le comique de répétition qui va si bien à l’écrit, il fait perdre en qualité à son film qui tend parfois vers la farce et perd de son caractère cinématographique. Il faut avouer qu’il est très mal servi par l’un de ses acteurs principaux,Thierry Lhermitte, qui frise l’accident industriel dans le premier tiers du film. On a peine à reconnaitre l’acteur qui nous avait habitué à jouer avec naturel et qui semble cette fois ci se forcer à prononcer chaque syllabe de chaque mot de peur de se tromper. Pour les plus anciens cela rappelle l’incroyable fiasco de Sophie Marceau dans La Fille de d’Artagnan la encore de Tavernier.

Ainsi donc on passe une bonne soirée télé à revivre sur grand écran ce que beaucoup le lundi matin venu retrouvent dans les petits salons cossus des cabinets ministériels parisiens.

 


Dominique de Villepin à l’ONU le 14 février 2003 par lelouch3674

4 thoughts on “Quai d’Orsay : un téléfilm de Bertrand Tavernier sur grand écran

    1. comme simple spectateur pas comme spécialiste pourquoi ? j’ai commis un crime de lèse majesté ?

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