La journée de carence de ces feignasses de fonctionnaires

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Ce matin, sur Europe 1  Thomas Sotto semblait tout heureux d’annoncer, je cite : la mise en place d’une journée de carence a fait chuter l’absentéisme dans la fonction publique et pourtant le Gouvernement s’apprête à la supprimer. En d’autres termes, on avait enfin réussi à mettre au travail ces feignasses de fonctionnaires et les socialos communistes vont tout gâcher avec une réforme corporatiste !

Alors bien sur, chacun le sait, les “fonctionnaires”, cette mafia de suceurs de sang et d’impôts des bons travailleurs français ne travaillent jamais que quand il faut emmerder les honnêtes commerçants. Le reste du temps ils se contentent de se faire accorder des vrais faux arrêts de travail pour pouvoir aller manifester de la place de la République à celle de la Nation au son des drapeaux rouges qui claquent au vent. Georges Clemenceau, le grand homme, aimait ainsi vilipender cette catégorie professionnelle dès la fin du XIXème siècle avec des phrases bien senties comme : “Un escalier de ministère est un endroit où des gens qui arrivent en retard croisent des gens qui partent en avance” ou encore “Les fonctionnaires sont les meilleurs maris : quand ils rentrent le soir à la maison, ils ne sont pas fatigués et ont déjà lu le journal” et enfin “L’administration en France, c’est très fertile ! On plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts” … à titre personnel ma préférée reste “Les fonctionnaires sont un peu comme les livres d’une bibliothèque : ce sont les plus haut placés qui servent le moins” mais ca c’est encore une autre histoire et nous y reviendrons prochainement …

Vous m’avez bien compris je ne partage pas cette vision ridicule, partielle et donc partiale de la vie professionnelle de ceux que je préfère appeler “les serviteurs de l’Etat”. Remettons donc les choses à leur place et corrigeons, si vous le permettez, les raccourcis désagréables de Thomas Sotto. Le présentateur de la matinale d’Europe 1 faisait allusion à une étude rendue publique lundi par Sofaxis et qui porte non pas sur “la fonction publique” mais sur deux des trois fonctions publiques que compte notre pays : la fonction publique hospitalière qui regroupe tous les fonctionnaires travaillant dans les hôpitaux (par exemple les infirmières cela représente 20 % de l’emploi public) et la fonction publique territoriale (les fonctionnaires des mairies, des départements et des régions qui représentent 35 % de l’emploi public). Elle ne traite pas de la situation des de la fonction publique d’Etat (les ministères, l’éducation nationale, les préfectures, l’armée …) qui représente pourtant 45 % de l’emploi public. L’étude concernée ne concerne donc que la moitié des agents publics.

On y apprend des choses très inintéressantes et notamment que le nombre d’arrêts pour raisons de santé des fonctionnaires territoriaux et des agents hospitaliers a chuté en 2012, pour la première fois depuis six ans. Ainsi, les arrêts d’une journée en maladie ordinaire ont reculé de plus de 43% en un an dans la fonction publique territoriale  et de 40% dans l’Hospitalière. Les arrêts de deux et trois jours ont aussi baissé, respectivement de 18% et 12% dans la territoriale et de 31,8% et 16,3% dans l’hospitalière. Il apparait évident qu’il s’agit là d’une conséquence directe de la mise en place d’un jour de carence, non indemnisé en cas d’arrêt maladie par le gouvernement Fillon à la fin de l’année 2011. On voit donc là les effets directs d’une réforme pour corriger les disfonctionnement de notre système de protection sociale. L’idée de ce jour de carence pour les fonctionnaires était d’essayer de donner les mêmes droits et surtout les mêmes responsabilités aux agents du public et du privé. Pourtant comme c’est malheureusement souvent le cas, en voulant aplanir les différences, on accroit les inégalités. En effet, dans le secteur privé il y a en principe non pas un mais trois jours de carence avant que n’intervienne la prise en charge par l’assurance maladie. On pourrait dès lors croire que le gouvernement n’a fait qu’un tiers du chemin à parcourir sauf que dans la quasi totalité des entreprises le manque à gagner de ces trois jours est intégralement pris en charge soit par l’entreprise soit par la mutuelle de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas dans le public.

C’est un peu comme pour les 35h que beaucoup pensent être une réforme “par et pour” les fonctionnaires alors qu’elle est souvent plus favorable dans les grands groupes privés que dans la fonction publique. Dominique Strauss-Kahn avait d’ailleurs fait un bon mot sur le sujet : ” Les 35 heures dans la Fonction Publique c’est possible, mais en y allant doucement, d’abord 30 heures, puis 31 puis 32 … “. Même chose avec le système de retraite qu’on dit particulièrement favorable aux fonctionnaires simplement parce qu’il est différent. En effet le niveau de rémunération pris en compte pour calculer la retraite d’un fonctionnaire est plus favorable que dans le privé mais le montant global de cette rémunération est, contrairement à ce qui se passe dans le privé, amputé des primes des fonctionnaires qui représentent en moyenne entre 30 et 40 % de la rémunération globale. La retraite des agents du privé est calculée sur 100% de leur rémunération sur les 25 meilleures années, celles du public sont calculées sur 60 à 70 % de leur rémunération sur les 6 derniers mois de salaires. In fine, le “taux de remplacement”  dépasse les 70 % pour un non-cadre du privé ou un enseignant et s’établit autour de 55 % pour un cadre du privé comme pour un cadre du public de catégorie A. les situations et les règles sont différentes mais le résultat est donc identique.

Revenons en à nos jours de carence. Le gouvernement Ayrault a décidé en 2013 d’abroger ce dispositif spécifique au secteur public, le jugeant “injuste, inutile, inefficace et humiliant” pour les agents et ayant un impact budgétaire “très limité”. Sa suppression est inscrite au projet de loi de finance pour l’année 2014. Une fois encore François Hollande supprime une réforme de son prédécesseur sans proposer d’alternative, sans réformer lui même alors qu’il y a clairement nécessité. La situation sociale au sein de la Fonction publique dans son ensemble est en effet désastreuse et elle explique pourquoi il y a une différence notable entre les deux secteurs privé et public en matière d’absentéisme. En la matière les chiffres sont soit anciens soit peu fiables. Nous retiendrons les derniers publiés par l‘IFRAP en 2006. Il apparaissait alors que le taux d’absentéisme atteignait 5,5% dans le privé contre 7,3% dans la fonction publique d’Etat, 11% dans la fonction publique hospitalière et 11,3% en moyenne dans la fonction publique territoriale. On constate immédiatement une grande variation d’une fonction publique à l’autre. Ces variations sont également très importantes au sein de chaque fonction publique selon que l’établissement concerné soit grand ou petit. Ainsi,   l’Etude SOFCAP – Assurance des collectivités territoriales – en date de mai 2012 montrait que le taux d’absentéisme la Fonction Publique territoriale sur 2011 variait de 6,6% dans les structures de moins de 10 agents à 10% dans les structures de 350 agents et plus.

Ces chiffres tendent déjà à démontrer tout d’abord que de 2006 à 2011 le taux d’absentéisme dans la fonction publique territoriale à diminuer de manière conséquente, c’est à dire avant même la mise en place de la journée de carence. Ils démontrent également que ce taux est “naturellement” plus important dans les grandes structures que dans les petites ce qui laisse penser que cette variable doit également exister dans le secteur privé qui couvre ne l’oublions pas 80% de l’emploi en France. Or il convient de noter que 77 % de l’emploi privé se trouve dans des structures de moins de 1 000 employés, que le secteur privé recouvre toutes celles et ceux qui travaillent à leur propre compte : médecins, commerçants, plombiers et autre jardiniers qui ne posent jamais un seul arrêt maladie et qui par ailleurs ne déclarent pas la totalité de leur activité professionnelle et des revenus qui s’y attachent. Le thermomètre servant à comparer emploi public et emploi privé est par nature faussé puisque on compare des choses qui n’ont pas le même ADN, les mêmes règles de fonctionnement.

Alors fallait il supprimer la journée de carence des fonctionnaires ?

Je suis toujours favorable à des mesures d’égalité entre les citoyens français et j’ai donc une proposition qui devrait satisfaire les amoureux de l’équité sociale ainsi que tous nos amis du privé qui vomissent les privilèges des agents du public :  la même règle pour tous les fonctionnaires et tous les salariés des entreprises de plus de 1 000 agents : la mise en place d’un seul et unique jour de carence avec l’interdiction de la prise en charge du cout de cette journée que ce soit par l’Etat, l’employeur ou toute association et mutuelle. Ça vous plait?

 

 

1 thought on “La journée de carence de ces feignasses de fonctionnaires

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