L’alternative… au centre indépendant ? par J-J Tessier

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Les Invités de It’s Good To Be Back sont de retour avec la contribution de Jean Joseph Tessier qui revient, de l’intérieur, sur le changement de cap imposé par François Bayrou et Jean-Louis Borloo à la maison centriste. Si vous aussi vous souhaitez publier sur IGTBB n’hésitez pas à nous contacter via la page contact.

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François Bayrou et Jean-Louis Borloo le 27 novembre 2013
François Bayrou et Jean-Louis Borloo le 27 novembre 2013

Contrairement à François Bayrou, je ne suis pas un expert de la langue française. Pourtant, le 5 novembre dernier, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont publié les bans de leur union, dénommée l’alternative. Certes ce dernier a précisé lors de cette conférence de presse que l’étymologie du mot ne correspondait pas exactement au sens qu’ils souhaitaient donner à ce partenariat, à savoir une offre politique différente et la volonté de changer la situation du pays plutôt que de seulement changer l’équipe en place. Il doit pourtant bien savoir à quel point le sens des mots est important. Questionné par un journaliste sur le ralliement à la droite illustré, selon lui, par la phrase « En ce qu’elle respecte les valeurs humanistes, la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique », le président du MoDem avait répliqué, visiblement gêné, que l’alliance avec l’UMP n’était ni l’idée ni l’objet de cette charte.

Pourtant, d’après le Larousse, une alternative est une « situation dans laquelle il n’est que deux partis possibles ». Ou encore la « possibilité de faire alterner, de faire succéder deux états, deux partis opposés », mais aussi un « système de deux propositions telles que la vérité de l’une entraîne la fausseté de l’autre, et réciproquement ». Et enfin ma préférée : « entre les deux propositions d’une alternative, il n’est pas de milieu ». Bref on ne pouvait pas trouver mieux pour illustrer le renoncement à l’idée d’indépendance du centre et à la volonté de détruire le bipartisme français et de proposer une troisième voie. Un lapsus ?

Rappelez-vous : à Guidel, lors de l’université d’été du MoDem, François Bayrou parlait d’une « naturelle complémentarité avec la droite républicaine » et d’une « naturelle complémentarité avec une affirmation sociale-démocrate rénovée ». Dans la charte, sous la pression de l’UDI, cela s’est transformé une droite républicaine comme partenaire naturel, sous-entendu l’UMP, et une ouverture aux écologistes et aux sociaux-démocrates, mais excluant le PS…

L’idée initiale semblait pourtant intéressante à un moment où l’UMP courrait après le Front National et où le Parti Socialiste s’enferrait au niveau national, créant ainsi un espace au centre. Mais à condition qu’en décidant d’occuper cet espace, le centre marque sa différence avec ces deux partis et ambitionne d’exister par lui-même. C’est ce que le MoDem avait essayé de faire et cela n’avait pas eu le succès escompté, principalement parce que les gens n’arrivaient pas à croire qu’il était possible de gouverner avec si peu de soutiens politiques. Mais qu’en eut-il été si les centristes avaient, tous, pris part à cette aventure ? Malheureusement l’UDI n’a jamais envisagé de couper les ponts avec l’UMP et ainsi risquer de perdre son « capital-mandats ». Dès lors on peut s’interroger sur la stratégie du MoDem qui, en 2012, refusait de rejoindre l’UDI au nom de son indépendance, mais au prix de nombreux départs de cadres et de militants, et un an plus tard s’engageait dans une charte qui le liait tout autant.

 Paris soldé

Nathalie Kosciusko-Morizet, de Marielle de Sarnez (MoDem) et de Christian Saint-Etienne (UDI)
Nathalie Kosciusko-Morizet, de Marielle de Sarnez (MoDem) et de Christian Saint-Etienne (UDI)

Ainsi, afin d’illustrer cette ambition nouvelle d’un centre fort et indépendant, il fut décidé dans la capitale de notre pays de… fusionner avec la liste UMP aux municipales… Tout un symbole ! C’est pourtant Marielle de Sarnez, la candidate du MoDem à Paris, qui déclarait « La vocation du Centre, c’est d’avoir son candidat. » Certes elle parlait de l’élection présidentielle, mais en quoi est-ce différent de Paris ? D’accord le scrutin à Paris est tel que sans atteindre 5% des suffrages dans chaque arrondissement vous n’existez pas. Mais c’est la même chose au niveau national. Et on aurait pu espérer atteindre ce seuil avec des listes communes MoDem-UDI et un programme ambitieux. Cela aurait au moins eu le mérite de la cohérence !

Pour certains, le choix fait à Paris ne doit pas être vu comme un symbole, mais comme une réponse à une situation locale. C’est sur ce principe que le MoDem s’était par exemple allié à l’UMP et Alain Juppé à Bordeaux en 2008 et au PS à Lille ou à Dijon. Sauf qu’aujourd’hui les alliances avec le PS semblent être beaucoup plus difficiles à mettre en place en raison de la pression exercée par l’UDI, alors que les situations locales n’ont pas forcément changées.

A-t-elle notamment changée à Paris ? Quels actes ou discours peuvent nous laisser penser que l’UMP à Paris est aujourd’hui différente de l’UMP contre laquelle le MoDem, et François Bayrou à sa tête, s’est battu depuis tant d’années ? L’UMP est-elle plus ouverte depuis 2008 ou septembre 2012 ? Peut-on vraiment parler de renouvellement lorsque la plupart des têtes de listes UMP étaient déjà là en 2008 (à part Tiberi tout de même…) ? Marielle de Sarnez nous explique que c’est la personnalité de NKM qui rend cela possible. Tout d’abord nous n’oublions évidemment pas qu’elle était la porte-parole de Nicolas Sarkozy lors de la dernière présidentielle, y compris pendant l’entre-deux tours, lorsque le candidat de la droite républicaine s’efforçait par ses discours de récupérer les voix du FN. Mais son image écolo et son abstention lors du vote sur le mariage pour tous la rendrait plus fréquentable que ses prédécesseurs UMP. Voire. Mais de toute façon, en cas d’élection, elle ne serait pas seule à diriger la ville et les élus MoDem auraient à composer avec l’ancienne garde UMP, toujours bien présente.

Par ailleurs, si l’alternative envisage tout de même de se présenter de façon autonome lors des prochaines élections européennes, qu’en sera-t-il, par exemple, des futures législatives, élection où le scrutin n’est pas plus favorable aux « petits » partis que les municipales ?

On peut penser que le MoDem cherche juste à se servir de cette alliance de premier tour pour obtenir des sièges au Conseil de Paris (environ 7 d’après les commentaires, soit tout de même 700% d’augmentation !), mais sans compter remporter la ville et devoir ainsi participer à une majorité avec l’UMP. Il est vrai que la victoire n’est pas en vue à ce stade, malgré l’alliance, et même peu probable si, comme l’auteur de ce blog l’a bien expliqué, on observe d’un peu près la situation électorale à Paris. Mais peut-on peser sur l’avenir de Paris avec 7 ou 8 conseillers sur 163 ? Même avec 18 ou 20 en considérant un groupe l’alternative ? A fortiori lorsqu’on leur rappellera à chaque parole discordante, comme les EELV au niveau national avec le PS, qu’ils sont là grâce aux voix de l’UMP.

Certains disent que la raison de cette alliance est un deal avec l’UMP pour qu’ils retirent leur candidat à Pau et soutiennent François Bayrou. Le cas échéant, je vois deux hypothèses. Soit François Bayrou veut seulement être maire de Pau quel qu’en soit le coût politique pour son parti et dans ce cas j’aurais l’impression d’avoir été trompé par ses discours. Soit il le fait pour être en mesure de faire passer les idées humanistes et réformistes du MoDem au niveau national, mais dans ce cas il faudra m’expliquer en quoi la mairie de Pau va tellement l’y aider que la fusion avec l’UMP dans notre capitale devient envisageable.

Le Mouvement (peu) Démocrate

Je ne peux pas également m’empêcher d’exprimer ma stupéfaction et ma consternation sur la démocratie interne au MoDem. Malgré le nom du mouvement, elle est en effet bien faible. C’est pourtant François Bayrou qui écrivait dans 2012. Etat d’urgence : « Tout allait bien, sauf à partir du moment où j’ai vu la part de tromperie que recelait le pouvoir, à partir du moment où j’ai dû découvrir, à mon corps défendant, que toutes les décisions cruciales se prenaient de manière opaque, dans des cercles mystérieux, et que les benêts de citoyens n’en étaient jamais avertis. »…

democratieAinsi la charte a été approuvée par le Bureau exécutif du parti et doit être soumise au Conseil National qui aura lieu en janvier… Un peu comme si le gouvernement faisait appliquer une loi avant qu’elle ne soit votée par le Parlement. Quant à la candidature de Marielle de Sarnez à Paris, puis la fusion des listes avec l’UMP à Paris, elles n’ont été approuvées… par personne ! Pis, le sujet n’a même jamais été discuté avec les militants ! Ainsi par exemple, le 21 novembre dernier, lors du dernier Conseil département élargi, Yann Wehrling, membre de l’équipe de Marielle de Sarnez pour les élections municipales à Paris, expliquait que la fusion des listes avec l’UMP n’était pas d’actualité et que nous devions travailler sur notre programme, être présents dans les rues et sur les marchés pour être vus, reconnus et donc plus forts. Le 26, la direction du MoDem Paris demandait à ses militants de faire part de leur souhait d’être candidat aux municipales avant le 4 décembre (pour défendre quoi ?). Le 5, la fusion des listes MoDem, UDI et UMP à Paris dès le premier tour était annoncée à la presse un peu avant 21h (et les militants prévenus par email un peu avant 23h…). Hasard du calendrier ? Ou preuve que du point de vue de certains cadres du parti, les militants sont là pour distribuer des tracts et sûrement pas pour penser et s’occuper de stratégie ?

Alors qu’à Paris les communistes ont eu à s’exprimer sur leur stratégie d’alliance et que même l’UMP a voté pour choisir son candidat, le Mouvement qui se dit démocrate s’est révélé autocrate.

 Et maintenant ?

 Si nous avions choisi de ne pas rejoindre l’UDI l’an passé, c’est parce que nous voulions plus que tout être libres de nos valeurs, de nos positionnements, de nos alliances et ne pas être soumis à l’UMP. En un mot INDEPENDANTS. Même si le prix à payer était une plus grande difficulté à obtenir des élus. Car, je crois, nous voyions et visions plus loin que les partis politiques traditionnels, de plus en plus dépassés.

 Alors que des mouvements citoyens émergent en réponse à la grave crise de la Politique que nous traversons, le MoDem fait le choix de sacrifier ce qui le rendait différent des autres partis pour obtenir quelques élus municipaux. Il s’abaisse à faire de la politique politicienne.

 Si le constat est sombre et les mots durs c’est à cause d’un espoir déçu. L’espoir que m’avaient inspiré François Bayrou et le MoDem lorsque, dans le concert des hypocrisies, des mensonges et des promesses intenables de la dernière présidentielle, un candidat osait tenir le discours de la vérité. Celui de la réforme indispensable, courageuse, mais juste. L’espoir qui m’avait poussé à coller des affiches la nuit et à distribuer des tracts le matin. Parce que je voulais soutenir cette démarche et avoir ainsi le sentiment d’agir pour l’intérêt général. Comme toutes ces personnes de valeur et de valeurs que j’y ai rencontrées dont l’engagement est aussi grand qu’il est désintéressé.

 Cet espoir, je l’ai perdu. Car, comme en économie ou dans une relation amoureuse, sans confiance rien ne peut fonctionner. Et les derniers événements ont cassé cette confiance. Peut-elle revenir ? Je le souhaite. Sincèrement.

Jean Joseph Tessier

8 thoughts on “L’alternative… au centre indépendant ? par J-J Tessier

  1. Des erreurs,une analyse partielle et partiale,pas de proposition constructive et beaucoup d’aigreur. Un peu triste….

    1. ah denis tu as parfaitement qualifié ton commentaire partiel, partial, aigris et triste 🙂

  2. c est exactement ce que je ressent – j ai vécu l autocratie avec un député PS il y a des années ” je veus ” c est moi qui !!!!

  3. Je découvre avec retard cet article que j'approuve en tous points. En ce qui concerne les alliances avec le PS voici ma constatation. En fait, il ne semble pas que les alliances avec le Ps soient si difficiles. Dés lors qu’elles se font entre personnes respectant des valeurs partagées. Mais elles gênent les méthodes de faire de la politique par cooptation ou par reniements intéressés. On met, ici, des valeurs en avant, comme justificatif d’une alliance, et on n’hésite pas à les trahir, là, pour arriver, à une alliance basée sur un retour d’ascenseur coupable.
    La direction nationale du Modem est donc en effet confrontée avec ce reniement des principes fondateurs du Mouvement.
    Mais de nombreux militants entrent en résistance. Ils sont comme ces militants communistes de 1940 qui entraient dans la résistance malgré l’accord entre Hitler et
    l’URSS. L’histoire leur a donné raison. On les a retrouvés dans le CNR. Ils ont participé à la rédaction de programme qui a servi de base au renouvellement de la France.
    Je pense qu’on retrouvera ces militants du Modem, non démissionnaires, car il faut se battre de l’intérieur, dans les groupes hors partis qui vont se constituer autour de jean Lasalle.
    Il vient de lancer son appel hier 14 décembre, comme un autre avait lancé le sien un 18 juin. L’espoir n’est pas mort.

  4. Petite erreur, la charte a été soumise au Conseil National de novembre, en janvier c'est un congrès, ou on ne demandera pas l'avis des congressistes sur la Charte, qui est considérée comme adoptée.
    Je comprends ceux qui penseront que cela va à l'encontre des règlement intérieurs, mais si vous relisez bien, les dit règlements imposeraient l'éviction immédiate de la moitié du Bureau exécutif.

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