Le 5 décembre, premier jour de l’épopée du Franc

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Le Franc à Cheval
Le Franc à Cheval

Le Franc, une monnaie inventée par un roi, réhabilitée par la Révolution et transformée en étalon international par Napoléon III, encore lui. Ce n’est plus une histoire, c’est une épopée !

C’était le 5 décembre 1360. C’était à Compiègne, sous le règne Jean II, le Bon. C’était la naissance d’une monnaie que les Français de moins de 10 ans ne peuvent pas connaitre. Constitué à l’origine de 3,88 grammes d’or fin, le Franc n’eut pas un grand succès bien qu’il ait marqué une période de redressement économique et politique pour le pays. Il apparu la première fois pour payer une rançon royale et restera ainsi comme la dernière arme des politiques pour renverser une situation dramatique.

Le Franc est en fait souvent la première victime des aléas politique et de l’habitude détestable que les dirigeants ont de croire que le changement de monnaie est en soi une politique économique. Le franc disparaît sous Charles VI, le fils de Jean et est remplacé par l’écu d’or à la couronne. En pleine guerre de Cent ans, la France a quatre « souverains », quatre monnaies et quatre autorités les  frappant concurremment : le roi de France, le roi d’Angleterre, le duc de Bourgogne, et le Dauphin… Il faut attendre Jeanne d’Arc pour que Charles VII reprenne plus ou moins les choses en main et frappe en 1423 un nouveau “franc à cheval”. Il disparait néanmoins très vite au profit de l’Ecu. 150 ans plus tard, en pleine guerre des religions et là aussi faisant face à un trésor exsangue, Henri III tente la création d’un franc d’argent appelé “franc blanc” mais là encore cela ne durera pas et trois ans avant sa mort, Henri III interdira que l’on frappe à nouveau cette monnaie. Ne subsistent du franc que ses divisions : les demis et quarts de franc, qui disparaissent après la grande réforme monétaire de Richelieu qui crée le louis d’or.

source : http://sceco.univ-poitiers.fr/hfranc/assignats.htm
source : http://sceco.univ-poitiers.fr/hfranc/assignats.htm

Dès le début des années 1780 et alors que Louis XV n’est pas encore totalement mort, la situation financière du Royaume de France est à nouveau catastrophique. En 1789 les dettes de la monarchie s’élèvent à 5 milliards de Livres. Pour bien comprendre ce que cela pouvait représenter, le premier propriétaire foncier du royaume à l’époque était l’Eglise qui par exemple détenait plus de la moitié des immeubles parisiens. L’ensemble de ces biens qui ont été confisqués par la République ne représentait que 2 milliards de Livres … il en manquait encore 3 milliards auxquels s’ajoutent des intérêts, fixés à des taux particulièrement élevés !

Johan Rivalland raconte dans contre-point qu’en 1789, Necker, se trouva confronté à des demandes pressantes, de toutes parts, de recourir à l’émission de monnaie papier. Parmi eux Marat, qui accusait Necker, dans son journal L’ami du peuple, d’être « un misérable cherchant uniquement à s’enrichir en puisant dans les deniers publics ». Connaissant bien les effets pervers de ce type d’émissions, le Ministre tenta au mieux de résister, mais l’Assemblée Nationale, fin 1789 – début 1790, trouva un compromis en prônant l’émission de billets reposant sur la confiscation des biens de l’Église.

En 1720, John Law, sous le règne de Louis XV, avait été l’inventeur de la planche à billets et, indirectement, des banqueroutes qui s’ensuivent… Même si, cette fois, il y avait des contreparties officielles, avec les gages sur les propriétés de l’Église, nul n’ignorait que les grandes émissions de monnaie précédentes s’étaient soldées par la ruine. Fi, donc, des multiples effets connus de ce que presque tout le monde considérait bel et bien comme « la plus effroyable catastrophe que la France ait jamais connue ». Les assignats, générateurs qui plus est d’un intérêt de 3%, furent donc émis en avril 1790 pour la somme, colossale, de 400 millions de livres.

Le problème c’est qu’il n’y a rien qui puisse être utilisé comme petite monnaie pour la vie quotidienne car pour faire des pièces, il faut des réserves métalliques qui sont quasiment inexistantes. Le Gouvernement fait appel à la solidarité des Français leur demandant de rendre la vaisselle précieuse mais aussi le cuivre de l’armée et de la marine. Les cloches des églises et les statues d’Ancien régime sont fondues mais rien n’y fait, les francais ont si peu confiance en l’avenir qu’ils planquent leur or en termes scientifiques … ils thésaurisent. Le Gouvernement est alors contraint d’émettre des assignats pour des petits montants ce qui fait explosé l’inflation. En 1793, le gouvernement franchit une nouvelle étape avec un emprunt forcé et la confiscation de tout le métal précieux sous peine de guillotine. La terreur est monétaire, politique et sociale.

Le Franc germinal
Le Franc germinal

En 1795, le temps est venu d’assainir la situation financière de la jeune république et comme à chaque fois on s’en remet à un big bang monétaire. Le Gouvernement redéfinit la monnaie de la République en termes d’or et d’argent à 9/10 de métal fin. Tout cela reste théorique car aucune pièce n’est frappée mais cela a pour effet de fixer arbitrairement la valeur de l’assignat et d’éviter l’inflation. La nouvelle pièce d’argent est dénommée la “Républicaine”, celle d’or le “franc d’or”. La loi du 15 août 1795 définit le franc, divisé en 10 décimes de 10 centimes chacun, comme étant l’unité monétaire officielle de la République. Le change s’établit comme suit entre l’ancienne et la nouvelle monnaie : 5 livres, 1 sou et 3 deniers pour 5 francs afin de rétablir une circulation plus intense des espèces métalliques.

En 1803, Napoléon Bonaparte fait du franc d’argent dit “franc germinal” la base du système monétaire français. Une pièce en or de 20 francs, le fameux “napoléon”, et une de 40 francs viennent compléter les monnaies d’argent de 5, 2 et 1 franc. En 1865 puis en 1867, Napoléon III convoque deux conférences monétaires réunissant une vingtaine d’États. Elle fixe le principe de l’étalon or avec comme référence la pièce de 5 francs or. Désormais, le franc est l’unité de base pour l’établissement des comptes internationaux. Ce franc germinal est de fait devenu la monnaie commune de l’Europe ! Mais cela ne dura pas ….

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