Le faux scandale des primes mais les vrais faux préfets de la République

Share

téléchargementLe problème avec les réseaux sociaux c’est qu’ils nous imposent les bêtises des amis de nos amis… L’autre jour, au détour d’un passage éclair sur Facebook je vois ainsi apparaître une sorte de diatribe contre ces fainéants de fonctionnaires qui touchent des primes à ne plus savoir quoi en faire. En commentaires on retrouve toute la verve du nouveau Poujadisme matinée de manière talentueuse d’une crasse inculture qui est l’apanage de celles et ceux qui veulent absolument avoir un avis sur tout sans jamais étudier sérieusement les thématiques qu’ils abordent… les poivrots du Balto, charmant bar tabac de ma rue ont ainsi une analyse politique souvent plus fine que les poujadistes de Facebook.

J’oublie bien vite cette publication et même le message qui l’accompagne sur le thème “pays de merde personne ne veut réagir et bien moi la prochaine fois je vote LE PEN”… parfois il y a des gens qu’il vaut mieux oublier à défaut de les ignorer.

C’était sans compter une seconde attaque sur la thématique des primes des ministères reprenant in extenso le message Facebook de mon ancien contact mais que je retrouve cette fois sur le blog Mediapart d’un certains Rachid Barbouch. C’est toujours ce qui me dérange avec les blogs associés à un site officiel de presse, c’est que les lecteurs ont souvent l’impression qu’un blog mediapart propose un contenu validé par Edwy Plenel ce qui n’est évidement pas le cas. M. Barbouch est ainsi libre d’écrire n’importe quelle ignominie sans que cela n’emporte la responsabilité du site d’information qui a eu la peau de l’ancien ministre du budget. Dans le cas présent, l’ensemble de l’article proposé  est une reprise, voire un copier coller, d’un “article” de “France Presse Info, le Gaulois” qui est (je cite) un “Journal patriote d’information et de veille anti-islamique “… Rachid Barbouch explique pour sa part que sa source est un blog (http://normanderic.hautetfort.com) qui publie exactement la même liste mais en 2013 alors que la liste du Gaulois date de 2012.

Quoiqu’il en soit voilà la grande info de M. Barbouch titrée “Plus de 20 millions d’euros de primes de Noël pour le gouvernement” :  “Selon qu’on est riche ou pauvre, on n’a pas les mêmes cadeaux. Si certains au sein de leur entreprise vont devoir se contenter de 20 ou 30 euros, à peine de quoi acheter une bouteille de champagne, pour les sans-emploi l’état va débourser un peu plus de 150 euros par individu. Pas vraiment la lune! Mais pour ceux qui gagnent déjà bien leur vie au sein du gouvernement, c’est une tout autre échelle des valeurs. Et il y a de quoi tomber des nues ! Si pour l’année 2012,  ils étaient environ 2250 personnes travaillant dans les ministères à se voir attribuer plus de 20 millions d’euros (environ 8850 € /personne), qu’en est-il donc pour cette fin d’année 2013 ?

Maintenant parlons des FAITS : ces chiffres et données correspondent en effet à l’année 2012. Ce sont les jaunes budgétaires annexés au projet de loi de finances 2013 qui ont révélés que les cabinets ministériels disposaient, pour les seules primes des collaborateurs, d’environ 26 millions d’euros de moyens propres (Article Atlantico). Avec cette somme, les ministres, chacun sur son enveloppe, peuvent verser des primes aux collaborateurs qui travaillent pour eux, et s’il reste quelque chose, recruter des contrats à durée déterminée. Cette somme est attribuée en année pleine.

Nous retiendrons plusieurs choses : 1/ tout d’abord il ne s’agit pas des primes des ministres comme l’affirme le Gaulois (Primes de Noël des ministres socialistes : 20 MILLIONS D’EUROS) mais des collaborateurs qui sont dans les cabinets ministériels

2/ il ne s’agit pas des primes des fonctionnaires comme l’affirmait l’ami de notre ami facebook mais de celles des collaborateurs qui sont dans les cabinets ministériels … c’est différent : les membres des cabinets ministériels sont pour certains des fonctionnaires pour d’autres des personnes du privé, il y a parfois des étudiants mais aussi des cuisiniers, des chauffeurs des secrétaires et cet ensemble représente un groupe tout a fait particulier dans le droit du travail français : ils peuvent être virés en 1h, comme en Angleterre. Je me souviens tres bien de cette soirée de 2009 où je travaillais tranquillement dans mon bureau. Nous savions qu’un remaniement était en cours mais tout laissait penser que l’insupportable bonhomme qui nous dirigeait depuis 1 an allait rester. Quelle ne fut pas ma surprise quand le conseiller qui 3h plus tôt me donnait des instructions passa la tête par mon bureau pour me demander si par le plus grand des hasards je n’aurais pas des cartons de déménagement à lui donner … Il était 19h et son successeur serait là à 8h le lendemain matin.

3/ il ne s’agit pas de “primes de noël” mais de primes annuelles versées tout au long de l’année et qui représentent une part significative des salaires de ces personnes, pour le coup comme chez les fonctionnaires soit entre 30 et 40 % des rémunérations annuelles qui d’ailleurs ne sont pas prises en compte dans le calcul de la retraite bien qu’elles soient soumises à la même fiscalité.

4/ la liste des ministères telle qu’elle est reproduite est inexacte et incomplète et les nombres de “collaborateurs” sont fantaisistes puisque justement on mélange dans un même pot les 525 membres politiques des cabinets qui ont des niveaux de rémunération de cadres supérieurs et les presque 2.400 assistants, assistantes, policiers et autres cuisiniers qui assurent le fonctionnement des cabinets ministériels et dont le reste du salaire est le plus généralement financé par le ministère lui-même.

On peut s’interroger sur les méthodes et les niveaux de rémunération des membres des cabinets ministériels et plus largement des hauts fonctionnaires de nos ministères mais encore faut il le faire de manière réfléchie, posée et intellectuellement honnête. On peut aussi et de manière plus efficace s’interroger sur les différents statuts de fonctionnaires et les inégalités qui en découlent : pourquoi par exemple les petits fonctionnaires ne peuvent pas cumuler activités, rémunérations et retraites quand les hauts le peuvent ? Quand allons nous enfin réformer les statuts des grands corps de l’Etat où les passes droits sont à la mesure de la gabegie économique et sociale de notre système politique en déshérence ? Que fait ainsi aujourd’hui un ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, ancien préfet de Police de Paris au Conseil d’Etat (1)? Pourquoi et comment ce fait il que nous ayons encore des Préfets fantômes issus du copinage politique et des pratiques les plus honteuses de la courtisanerie moderne. Fin 2011, Yvan Stefanovitch rapportait dans feu France Soir que “Le 28 avril 2011, Michel Delebarre a fait valoir ses droits à la retraite de préfet, à l’âge de 65 ans, tout comme l’avait fait le 15 août 2010 Michel Vauzelle. Cela permet à ces deux caciques du PS de toucher aujourd’hui une pension mensuelle de 4.000 € brut, qui vient s’ajouter à leurs indemnités de parlementaires et d’élus locaux : soit 15.124 € brut (Michel Delebarre) et 9.760 € brut (Michel Vauzelle). Sans compter pour chacun une indemnité (forfaitaire) représentative de frais de mandat de député de 6.000 € net.” Le problème c’est qu’aucun des deux n’a JAMAIS exercé les fonctions de Préfet !

De 1982 à 1995, François Mitterrand a ainsi nommé près d’une soixantaine de préfets en mission de service public. Parmi eux, dix-sept étaient issus des corps de sous-préfets et administrateurs civils. Agés d’au moins soixante ans, ces vieux serviteurs de l’Etat partaient en retraite quelques mois après leur nomination, qui récompensait leurs loyaux services. Ce qui leur permettait de toucher une pension nettement supérieure à celle à laquelle ils avaient droit pour leur carrière de sous-préfet ou dans l’administration de l’Etat. La deuxième partie de ces préfets en mission de service public (une quarantaine) était en quasi-totalité des membres du PS, des élus de ce parti et des amis ou proches de l’ancien président. Parmi cette quarantaine de privilégiés, les élus ont le droit de cumuler aujourd’hui cette retraite de préfet en mission (4.000 € en moyenne) avec toutes leurs autres pensions liées à leurs mandats électoraux et des emplois privés.” Les exemples donnés sont socialistes mais ne vous y trompez pas … Brice Hortefeux a été nommé Préfet en 1995 … et un ancien Sénateur Modem a été nommé Préfet en échange de son siège de sénateur pour un candidat UMP !

Vous vouliez du scandale ?!

1- une erreur s’est glissée concernant le Préfet Gaudin. Contrairement à ce qui est dit sur pas mal de sites internet et notamment dans cet article, il n’a pas été directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. Il a été son directeur général de la police nationale. En revanche, s’il est bien aujourd’hui conseiller d’Etat, il est aussi l’actuel directeur de cabinet du Président Sarkozy.

2 thoughts on “Le faux scandale des primes mais les vrais faux préfets de la République

  1. Mettre les barres sur les “t” et le points sur les “i” s’avère très instructif ! Merci pour ces précisions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *