les Garcons, Guillaume et mon gros malaise

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Guillaume à la piscine
Guillaume à la piscine

Avec plus de 700.000 entrées dès sa première semaine d’exploitation, c’est assurément le gros carton du cinéma français de cette fin d’année : Les garçons et Guillaume à table, adaptation cinématographique de la pièce de guillaume Gallienne, de la Comédie française, excusez du peu… Le film tourne tout entier autour de l’œdipe de l’acteur et se résume en une phrase, la première : « Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant: «Les garçons et Guillaume, à table!» et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant: «Je t’embrasse ma chérie»; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.»

Je ne vous gâcherai pas le plaisir en vous racontant cette formidable épopée psychologique : Guillaume est le troisième fils de la fratrie. Toute sa famille est convaincue, dès son plus jeune âge, qu’il est homosexuel et lui pense qu’il est une fille. Un jour il découvre non seulement qu’il est tombé amoureux d’un garçon mais qu’en plus, il a un pénis… il est donc homosexuel… Pour autant, à la fin de l’histoire Guillaume rencontre une jeune femme plus douce et plus belle que toutes les autres, elle l’aime et lui aussi … l’honneur est sauf, le voici hétérosexuel. Le film se conclue par une déclaration d’amour à sa mère castratrice, responsable de tous les maux psychologiques de son fils qui malgré tout l’aime très tendrement. D’un coup d’un seul l’amour d’une femme efface les anciennes amours masculines et rend “hétéro”.

Comme ceux de mes amis qui ont vu le film j’ai ri aux éclats, j’ai été conquis par le jeu exquis de Guillaume Gallienne. Son interprétation de l’archiduchesse Sophie, marâtre de Sissi impératrice est juste divine et ses aventures dans le monde très masculin du sport et des pensions tant françaises que britanniques n’en finissent pas de me faire marrer tant les fantasmes sur ces mondes clôts sont bien représentés.

Pour autant c’est bien de fantasmes dont il s’agit et c’est là que mon rire s’est figé en une grimace, peu à peu au fil des séquences toutes plus caricaturales les unes que les autres; des séquences qui fleurent bon une vision de l’homosexualité qui me glace le sang. J’appartiens à ces gens qui trouvaient certes la cage aux folles “drôle” mais aussi stigmatisante et issue d’une vision hétérosexuelle de l’homosexualité; enfermant les gays dans des rôles d’artistes folles à lier. Ici la vision de l’homosexualité est plus pernicieuse encore tant l’auteur et acteur du rôle de sa propre vie semble se défaire de sa sexualité comme une peau socialement imposée par les autres et qui nie sa nature profonde.

J’ai pensé aux jeunes qui ont du mal à assumer leur homosexualité, j’ai pensé aux parents de gays ayant du mal à assumer l’identité de leurs enfants; j’ai pensé à leur regard sur une histoire qui nous explique que finalement l’homosexualité de Guillaume Gallienne était un rôle imposé par une mère castratrice, un rôle dont on peut se défaire. un rôle … j’ai eu envie d’écrire une maladie psychologique que l’on peut traiter et soigner. Quelle plongée dans les eaux troubles du passé face à ce que défini avec justesse comme le récit d’un coming out hétérosexuel qui se résume à un triomphe contre l’adversité – l’adversité étant dans ce cas précis l’hypothèse de l’homosexualité. C’est là tout l’objet du film : un combat contre l’homosexualité que Guillaume Gallienne défini clairement comme acquise socialement et non innée et se positionnant tout aussi clairement dans le débat sur l’égalité des droits. Les homosexuels n’apparaissent dans le film qu’au travers de 3 arabes communautaristes et adeptes du sexe dominateur et collectif, d’un jeune homme, étalon obsédé par l’hygiène et sa propre image musculeuse et d’une boite fantasmée où un type avec la tête de Guillaume Gallienne pourrait “choper” en 5 minutes de présence. A l’opposé, tous les hétérosexuels sont mignons et mignonnes, en couple et de manière assez impertinente autant caucasiens que bourgeois.

Guillaume Gallienne n’est pas homophobe et il n’a pas un discours homophobe, simplement une vision passéiste et dérangeante de sa non homosexualité. Imaginez un instant un film racontant l’histoire d’un jeune homme blanc à qui toute sa famille fait croire pendant des années qu’il est noir. A la fin du film il pousse un ouf de soulagement … en fait il était blanc, tout va bien…

Et bien sur il y a le rôle de la mère, omniprésente et merveilleusement interprétée par Gallienne lui même; une mère castratrice porteuse de tout le malêtre de son enfant. Quel règlement de comptes permanent avec sa propre mère, dragon familial, qu’il accuse de tous les maux; une femme qui l’aurait enfermé dans une apparence d’homosexualité parce qu’elle aurait eut peur de le voir aimer une autre femme davantage qu’il ne l’aimait elle. Nous voici plongés dans une psychologie de bazar qui met à bas le combat quotidien de très nombreux homosexuels qui cherchent à mettre un terme définitif à la légende urbaine de la responsabilité maternelle dans l’orientation sexuelle des enfants. Ce sont tous ces efforts, toutes ces discussions, toutes ces difficultés soulevées et souvent réglées que Gallienne vient briser en réglant des comptes personnels. Gallienne fait non seulement abstraction de la bisexualité latente de son histoire, elle n’est pas un instant envisagée mais plus encore il nie l’existence même du désir sexuel qui n’est qu’animal. Il réfute enfin l’idée qu’un homosexuel puisse tomber amoureux d’une femme, puisqu’alors il devient à ses yeux Hétéro !

Guillaume Gallienne raconte son histoire avec probablement une grande honnêteté intellectuelle sans réaliser comme cette histoire, cette vision des choses font reculer la cause de l’acceptation de l’homosexualité. Ce n’est pas une découverte de son identité sexuelle qui est contée mais la révélation que l’homosexualité de Gallienne n’est pas une identité sexuelle mais une erreur initiatique. Le film est tout sauf gay friendly, tant il révèle une vision très “années 80” de l’homosexualité, une vision où le bonheur vient avec la fin des interrogations et le retour au bercail hétérosexuel.

 

6 thoughts on “les Garcons, Guillaume et mon gros malaise

  1. Bonjour,

    Je viens de voir le film. Je comprends la réaction de l’auteur de ce billet, mais ma vision du film est un peu différente. J’ai vu quelqu’un qui racontait son histoire personnelle. La généralisation à TOUS les homosexuels est une facilité intellectuelle, même si beaucoup de gens et d’hétéros en particulier s’y complairont. Cependant, il faut arrêter de s’imaginer ce que les gens vont penser de ceci ou de cela. Nous ne maîtriserons jamais ce qui se passe dans la tête des gens et tant mieux ! Vive la liberté de pensée et d’expression.

    Cet homme n’a raconté que son histoire personnelle qui a consisté à se découvrir un peu mieux derrière les voiles de l’illusion. C’est l’histoire d’un homme qui s’identifie à une image, poussé en cela par sa mère et qui finit par découvrir qu’il n’est pas cette image fantasmée. Au fond, à bien y réfléchir, l’homosexualité est secondaire dans ce film…

  2. Le film autobiographique de guillaume gallienne né en 1972 dans une famille de la haute bourgeoisie rappelle aussi l'incroyable violence qui s'exerce sur certains jeunes homosexuels : haine des frères, mépris du père, harcèlement physique et moral des pairs. Malgré toute cette violence il a survécu et si aujourd'hui il se définit comme hétérosexuel il peut mieux se connaitre et se déclarer bi ou homo dans quelques années.

  3. 1/Gallienne fait non seulement abstraction de la bisexualité latente de son histoire : bah s’il la réfute, que veux tu y faire, on est pas à sa place
    2/ une vision très « années 80″ de l’homosexualité : c’est normal, il doit avoir notre âge, c’est sa vision d’enfant de l’homosexualité “à l’époque
    3/une vision où le bonheur vient avec la fin des interrogations et le retour au bercail hétérosexuel : pour qu’il y ait retour, il faut un départ..; or il le nie… bon…
    4/ j’étais certaine que t’allait adorer le remake de Sissi

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