à la rencontre du Métro Berlinois pendant la guerre froide

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The Wall
The Wall

C’est au détour d’une page du second tome de Ligne de Mire du regretté Tom Clancy que mon esprit a vagabondé vers une question que je m’étais posé lors de ma visite de la capitale allemande : comment a t’on gérer le métro et ses lignes couvrant toute la ville de Berlin alors qu’elle était coupée en deux parties séparées par le fameux Mur ?

Une rapide recherche sur le net m’a permis d’apporter quelques éléments de réponse au mystère des tunnels de cette grande histoire. L’excellent blog d’Anne Ledoux nous apprend ainsi que les deux types de métro existant à Berlin sont déjà en place au moment où s’achève la Seconde guerre mondiale. Il s’agit du U-Bahn (en gros notre métro) dont la première ligne est ouverte en 1902 entre Warschauer Brucke et Knie, avec une branche à Potsdamer Platz. En 1914 on compte déjà presque 38 kilomètres de lignes traversant la capitale du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Elles sont complétées par le S-Bahn pendant l’entre deux guerres, qui d’une certaine manière peut être comparé à notre RER. La seconde guerre mondiale et notamment les bombardements incessants de l’artillerie soviétique lors de la bataille de Berlin endommagèrent de nombreux tronçons du réseau et provoquèrent d’importantes inondations suite à la destruction partielle du tunnel Nord-Sud du S-Bahn qui passait sous le canal Landwehr. Pour autant, le métro berlinois est remis en état de fonctionnement total en à peine quelques mois après la disparition de l’Etat nazi.

Alors je ne vais pas vous faire l’historique détaillée de la montée de la tension entre les deux blocs Est Ouest mais une chose est certaine c’est qu’au début l’entente est suffisante pour que les liaisons souterraines soient pleinement maintenues entre les différentes zones d’occupation de Berlin. Ce n’est qu’avec la construction du mur de Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961 que les autorités de la République Démocratique Allemande sont amenées à s’interroger sur l’avenir du réseau de métropolitain. En effet à quoi pourrait il donc servir de bloquer totalement la circulation en surface si des trains circulent librement sous la nouvelle frontière intra urbaine voulue infranchissable ?

Ligne U6
Ligne U6

Il faut donc scinder en deux le réseau ce qui est par exemple fait pour la ligne U2 qui démarre à l’Ouest et se termine à l’Est. Dès le mois d’aout 1961 la ligne est scindée en deux mais le problème réside dans le fait que certaines lignes partent de l’Ouest, traversent l’Est et reviennent à l’Ouest. C’est par exemple le cas des lignes U6 et U8. La solution qui fut trouvée était finalement moins extremiste que le Mur lui même. Plutôt que de couper le réseau et d’obliger Berlin Ouest à construire de nouvelles liaisons, le gouvernement communiste décida de transformer les stations dans sa zone en stations “fantômes”. Par exemple, de 1961 à 1990, sur la ligne U6 inaugurée en 1923, les stations de la section traversant Berlin-Est comprises entre Reinickendorfer Straße et Kochstraße furent fermées. Ainsi, les rames circulaient sans arrêt dans ces stations dites « fantômes ». A leur approche, les rames ralentissaient et longeaient sans s’arrêter: des quais baignés dans une pénombre, qui ne laissait entrevoir que quelques gardes-frontières armés patrouillant pour dissuader tout occidental de descendre en cas d’arrêt de la rame, et pour empêcher tout Berlinois de l’Est d’essayer de monter. Tout passage dans la partie Est du réseau de transports publics était précédé de l‘annonce: «dernier arrêt à Berlin-Ouest!».  Seule la station de Friedrichstraße qui possédait un poste de contrôle, restait ouverte de 7 h à minuit (1).

Si la vision de ces stations fantômes était quotidienne pour les usagers de l’Ouest, ceux de Berlin Est ont peu à peu perdu conscience de l’existence même de ces lignes.  Les accès aux gares et stations furent condamnés, jusqu’à disparaître complètement pour certaines d’entre elles. Elles furent également effacées des cartes et plans de Berlin. Face aux aspirations des habitants de l’Est, le gouvernement de RDA ne ménagea pas ses efforts afin de rendre le réseau de voies de circulation sous-terraines infranchissable. Le SED (2) déploya un dispositif complexe de murs, de barrages et d’éléments de signalisation, dont la vocation était de rendre toute tentative de passage à Berlin-Ouest vaine.

Les tentatives d’évasion ont donc été nombreuses. On estime à 5 043 le nombre de personnes à avoir réussi à franchir le Mur et à 239, le nombre d’allemands de l’est à avoir été tués. L’évasion collective la plus spectaculaire reste celle des 57 personnes qui creusèrent un tunnel sous les fortifications de la frontière et pourtant on sait peu de choses des tentatives d’évasion via le Métro de Berlin.

(1) sources wikipédia et Mémorial du Mur de Berlin

(2) Parti socialiste unifié d’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands)

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