Ces néo Cons à l’assaut de la République

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défendre les droits des femmes
défendre les droits des femmes

J’ai l’impression que c’était il y a un siècle mais une rapide recherche dans l’historique du blog m’a permis de dater précisément l’évènement : c’était le 4 novembre 2012 que je découvrais la contre attaque de l’obscurantisme français. A ce moment précis, le sujet qui accompagnait les tripotages de chapelets, les messes basses dans les nefs de la France éternelle, c’était ce fameux “mariage gay”. Jamais on n’avait entendu depuis l’Affaire Dreyfus l’Eglise française s’investir à ce point dans un débat politique et nous n’oublierons pas ces moments d’intenses rigolades en écoutant des folles furieuses (au sens premier du terme) annoncer à la télévision que la colère divine allait s’abattre sur cette gueuse républicaine qu’est la France peuplée d’êtres malfaisants et diaboliques qui couchent sans pouvoir enfanter… 7 000 mariages entre personnes de même sexe plus tard et la France est toujours là …

Elle “tourne toujours” cette Terre et pourtant il y a bien quelque chose de changer : les langues se sont déliées, la droite réactionnaire, celle qui avait disparu dans les affres de l’Histoire au lendemain de la Seconde guerre mondiale a fait son coming out, elle est sortie des placards dans lesquelles elle faisait contrition pour sa défaite de 1945. Les mots claquent au vent, des mots et des idées qu’ont croyait bêtement appartenir au passé; c’est à coup de blagues racistes, de “loi naturelle”, de prières de rues que cette droite brise l’illusion du consensus républicain dans laquelle le Général de Gaulle avait bercé le peuple français. Entendre un curé en soutane dans la rue hurler “Y a bon banania, y a pas bon Taubira” n’a finalement plus rien de surprenant. Le débat sur le mariage pour tous a ouvert les vannes de l’immonde et a légitimé la droite la plus extrême dans ses combats. A l’occasion de ces marches rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes au son des églises de France sonnant à tout va leurs cloches on a vu pêle-mêle avancer côte à côte le Front national dans sa frange (ou fange) catholique intégriste, la bonne madame Boutin, Jean-François Copé, Henri Guaino, Hervé Mariton et même, quelle tristesse, Simone Veil.

Simone Veil, une femme d'exception au coeur de la tourmente au Parlement en 1975
Simone Veil, une femme d’exception au coeur de la tourmente au Parlement en 1975

A l’époque je provoquais un certain courroux en dénonçant la présence dans cet aréopage réactionnaire  de celle qui porta la loi autorisant l’IVG et qui en paya le prix exorbitant en termes d’insultes et d’agressions. Simone Veil incarne en elle même la résistance aux monstruosités d’un siècle et l’espoir en des lendemains heureux et progressistes. Elle est l’incarnation physique de la droite moderne et républicaine et pourtant, ravage de la vieillesse elle était là avec les héritiers de ceux qui l’ont tant hais et qui incarnent tout ce contre quoi elle s’est battue. J’écrivais alors à celles qui voulaient bien me lire qu’il ne faudrait que peu de temps pour que ceux qui combattaient “le mariage gay” au nom des évidences naturelles ne se retournent contre le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Voilà qui est fait.

Hier à l’Assemblée nationale, 19 députés UMP ont proposé des amendements visant à dérembourser l’interruption volontaire de grossesse, revenant là sur une disposition de la loi Roudy de 1982. Il s’agit, fait du hasard (?!) de ceux qui étaient les plus virulents contre l’ouverture du mariage au couples du même sexe. Voici leurs noms : Jean-Frédéric Poisson (Yvelines),  Véronique Besse (Vendée),  Nicolas Dhuicq (Aube),  Philippe Gosselin (Manche), Isabelle Le Callennec (Ille-et-Vilaine), Marc Le Fur (Côtes-d’Armor), Sauveur Gandolfi-Scheit (Haute-Corse), Lionel Tardy (Haute-Savoie), Frédéric Reiss (Bas-Rhin), Hervé Mariton (Drôme),  Yannick Moreau (Vendée), Patrick Hetzel (Bas-Rhin), Claudine Schmid (Français de l’étranger),  Véronique Louwagie (Orne), Xavier Breton (Ain), Alain Moyne-Bressand (Isère), Jean-Pierre Decool (Nord), Alain Marty (Moselle), Julien Aubert (Vaucluse).

Je n’ai pas encore un âge canonique au point de dire et répéter “de mon temps …” et pourtant ce sont bien là les mots qui me viennent : de mon temps, personne n’aurait pu imaginer qu’une telle proposition puisse être portée par le mouvement politique fondé par Jacques Chirac, l’homme qui dirigeait le Gouvernement qui présenta la loi Veil. De mon temps, le comble du racisme inepte était porté par Jean-Marie Le Pen et lui même n’aurait pu ne serait ce que rêver faire une plaisanterie “banania” avec le nom de la Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ! Et voici donc venu ce temps où des curés intégristes s’attaquent à toutes les avancées sociales et culturelles obtenues au XXème siècle dans une tentative désespérée mais dangereuse d’imposer au travers de l’Europe une vague réactionnaire homophobe, sexiste, antisémite et raciste. Aucune minorité n’est plus à l’abri de leur agressivité et de leurs ambitions dévastatrices et ce danger qui mine les fondations de la République n’est pas un énième fantasme de fin du Monde de votre serviteur mais juste l’appréhension de plus en plus justifiée d’assister à un terrible bégaiement de l’Histoire.

Ils ne s’arrêteront plus
Ils ne s’arrêteront plus

2 thoughts on “Ces néo Cons à l’assaut de la République

    1. heu moi je leur couperais bien… les oreilles à ces 19 connards…. et à la Boutin aussi !

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