Coming out, ces sportifs qui changent les mentalités à 4 jours des jeux de Sotchi

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Ari-Pekka Liukkonen
Ari-Pekka Liukkonen

Le mouvement est lent et craintif et pourtant, d’une manière assez évidente, les choses changent doucement dans le monde clôt du sport professionnel. Les portes des placards s’entrouvrent et peu à peu on commence à voir en sortir des hommes et des femmes alors mêmes que leur carrière n’est pas encore derrière eux. Cette manière de témoigner de son identité sexuelle maintenant quand on est un sportif professionnel n’est pas anodine.  C’est dans 4 jours  que débuteront en effet les très controversés Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en Russie. La Russie, un Etat dont rêvent les adeptes de la Manif pour tous accompagnés de leur cortège de traditionalisme bon teint cachant une réalité, celle de lois liberticides, de brimades et bastonnades légales, de meurtres non poursuivis et toujours justifiés par l’identité sexuelle des victimes. Un pays ou deux hommes qui se tiennent la main sont coupable de “propagande pédéraste” et où le mot “homosexuel” est légalement synonyme de “pédophile“… C’est dans ce contexte et ce climat de haine que plusieurs sportifs ont décidés de passer outre leur peur et de faire leur coming-out comme le patineur artistique Brian Boitano, Frederick Rosser alias Darren Young, catcheur professionnel de la grande ligue américaine World Wrestling Entertainment (WWE), Jason Collins, 34 ans pivot en NBA,  le plongeur britannique Tom Daley, le footballeur des Los Angeles Galaxy Robbie Roggers et du coach sportif Bob Harper. Tous ont été rejoint hier par le nageur olympique finlandais Ari-Pekka Liukkonen (24 ans) qui a décidé de révéler son homosexualité justement pour apporter son soutien aux futurs compétiteurs gays des JO de Sotchi. Il déclare à la télévision finlandaise : “Je voulais amorcer une vaste discussion en relation avec Sotchi, parce que c’est triste que la législation de ce pays restreigne les droits de l’Homme d’une partie de la population. J’espère qu’en Finlande, on pourra atteindre, le plus vite possible, le moment où on n’aura plus besoin de parler de sa sexualité. (…) L’homosexualité, c’est comme d’avoir les yeux bleus ou marron, ou d’être gaucher ou droitier“.

Les mentalités évoluent mais il y a bien sur des exceptions et certains sports comme le football restent indéniablement des citadelles de l’homophobie où les gays sont encore et toujours les tantouses de la cage aux folles. Celui qui veut lutter contre les préjugés c’est Thomas Hitzlsperger, international allemand désormais retraité à 31 ans. Il explique «Cela a été un processus long et difficile. C’est seulement au cours des dernières années que j’ai réalisé que je préférais vivre avec un homme. Je déclare mon homosexualité, parce que je veux faire avancer la question de l’homosexualité dans le monde du sport professionnel. L’esprit combatif, la passion, la mentalité de vainqueur ne correspondent pas au cliché selon lequel les gays sont doux. Je n’ai jamais eu honte d’être qui je suis, mais ce n’était pas toujours facile de s’asseoir autour d’une table avec 20 jeunes hommes et écouter des blagues sur les homosexuels. Vous laissez passer tant que les blagues sont un peu drôles et pas trop insultantes. Être gay est un sujet qui est ignoré dans le football et non pas un sujet sérieux. L’esprit combatif, la passion, la mentalité de vainqueur ne correspondent pas au cliché selon lequel les gays sont doux.»

Combattre les clichés, témoigner à visage découvert que la différence sexuelle n’est que sexuelle et pas sociale ni même sportive; démontrer par la force de l’exemple que les homosexuels ne se retrouvent pas dans les clichés médiatiques, tel est le combat de ces femmes et hommes qui décident de sortir du placard pour s’assumer tels qu’ils sont dans les vestiaires et sur le terrain. Alors je sais que certains vont encore nous dire que c’est ridicule et sans intérêt. On va nous dire que  les hétérosexuels eux n’éprouvent pas le besoin de faire de longues déclarations publiques pour affirmer leur identité sexuelle… C’est vrai et ils sont bien chanceux !

Le coming out de ces sportifs est important pour ces adolescents qui eux n’ont pas le choix et doivent un jour le dire à leur famille. Il est important pour Antoine, jeune picard de 17 ans qui racontait à France 24 son histoire. Quand sa mère révèle l’homosexualité de son fils à son compagnon après quelques semaines de relation, Antoine a entendu son Beau-père répliqué “Ce sera lui ou moi.”… “Ça faisait à peine trois mois qu’ils se fréquentaient, et moi, j’étais son fils”, raconte-t-il, calmement.  “Mon beau-père ne m’a plus adressé la parole, l’ambiance est devenue très tendue”. Les insultes se sont immiscées partout dans le quotidien, à table, aux pauses cigarettes sur la terrasse…” Un jour, sa mère a fait son choix et Antoine a quitté la maison familiale. “J’étais loin de me douter que ce serait de plus en plus dur”, reconnaît-il. En quelques semaines, son renvoi du domicile familial tourne au calvaire. Son homosexualité devient un fardeau. “J’ai pas pu faire d’études, regrette-t-il. Quand t’as 17 ans et que t’es viré de chez toi, tu ne penses plus aux études mais à trouver une solution pour t’en sortir.” Antoine descend alors à Paris et découvre “un peu plus tôt que les autres” la cohabitation, la débrouille, les loyers à payer… Et puis, au bout de quelques mois, las, il décide d’aller frapper à la porte de son père, en Picardie. “Il m’a accueilli à bras ouvert”, se souvient-il. Antoine pense alors avoir vécu le pire. “Tout allait bien dans le meilleur des mondes.” Sauf que même dans le meilleur des mondes, l’enfer n’est jamais loin. “Un jour, j’étais au téléphone avec mon copain et mon père a surpris notre conversation”, explique-t-il. Après quelques minutes d’explications, la sentence tombe : “Tu as cinq minutes pour rassembler tes affaires et partir !”

Alors oui que des stars du sport, celles qui sont les héros quotidiens de ces pères aveugles, révèlent leur homosexualité est important ne serait ce que pour immiscer, l’espace d’un instant, un doute salutaire dans l’esprit éteint de ceux qui ont l’amour à géométrie variable.

et en cadeau les dernières photos de Tom Daley prisent lors de son premier titre de l’année 2014

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