La grande illusion du vote blanc

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Reconnaissance-vote-blancLes électeurs ont pu voter blanc dès les élections européennes du 25 mai, le Parlement ayant adopté une proposition de loi centriste le reconnaissant, le vote blanc, à partir du 1er avril 2014 (ca ne s’invente pas). Chouette me direz vous, désormais les français pourront exprimer leur colère autrement qu’en votant pour les extrêmes, ils auront le choix de ne pas choisir, d’exprimer ce non choix et de le voir reconnu ! Pour ce faire il pourront mettre un bulletin blanc dans l’enveloppe ou simplement laisser cette dernière totalement vide … Sauf que ce vote blanc là est une mystification !

Tout d’abord, la réforme ne s’applique pas à toutes les élections et notamment à la plus importe d’entre elles. 

En fait de nombreux scrutins sont exclus pour diverses raisons juridiques, ainsi votre vote blanc ne sera pas décompté lors des élections présidentielles ou des consultations locales (comme le referendum sur la fusion des départements alsaciens) car il aurait fallu un texte de nature organique. La loi organique précise et applique des articles de la Constitution qui y renvoient expressément. Une majorité absolue des membres de l’Assemblée est requise pour leur adoption en cas de désaccord du Sénat et le Conseil constitutionnel est automatiquement saisi des lois organiques ce qui n’est pas le cas des lois dites “ordinaires” telle que celle reconnaissant le vote blanc.  De même, aucune application n’a été prévue pour les référendums nationaux comme celui pour la constitution européenne de 2005. Enfin du fait d’un incroyable loupé juridico parlementaire, la loi n’a pas été étendue aux territoires français du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis et Futuna) où le vote blanc ne sera donc pas reconnu !

Le vote blanc ne changera rien aux résultats des élections

Ceux qui réclamaient la prise en compte du vote blanc pensaient ainsi donner un nouveau moyen de pression aux citoyens qui pourraient refuser de choisir entre deux candidats au 2nd tour d’une élection. Faisons un peu de politique fiction et imaginons que la réforme du vote blanc ait été applicable à l’élection présidentielle de 2012 opposant Nicolas Sarkozy et François Hollande. Voici les résultats tels que nous les avons connus :

ep2012

Si la réforme votée s’était appliquée voici ce que ça donnerait :

ep2012b

Vous le comprenez bien cela ne change absolument rien. En fait cette réforme ne fait que distinguer les votes “blanc” des votes “nuls” mais sans intégrer les votes blancs au total des suffrages exprimés or est élu celui qui obtient la majorité absolue des suffrages exprimés …  Si les votes blancs étaient réellement pris en compte le résultat aurait été le suivant :

ep2012c

Pour traduire en mots ce tableau : François Hollande aurait raté l’élection de 130 369 voix en n’obtenant que 49,6 % du total (suffrages exprimés + votes blancs) et donc personne n’aurait été élu, une nouvelle élection étant nécessaire. Voilà ce qu’aurait du donner une réforme instituant le vote blanc qui aurait alors été probablement associée à l’obligation de vote. Que l’on juge l’instauration du vote blanc comme une bonne ou une mauvaise chose pour la démocratie, il faudrait que nous arrêtions d’être aveugle et d’appeler “réforme” une simple manipulation juridique et arithmétique.

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