Le mariage gay s’invite dans la succession royale britannique : la reine Ubu !

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Charles Ier d'Angleterre par Van Dyck
Charles Ier d’Angleterre par Van Dyck

C’était un matin comme un autre sauf que ce matin là, un petit titre du très rapide “Direct Matin” attira mon regard et me fit sourire pendant quelques minutes délicates coincé entre deux épaules malodorantes de la ligne 9 du métro parisien. Vous le savez, ces derniers mois il est arrivé à votre serviteur de revenir plus ou moins longuement sur l’ouverture du droit au mariage pour les couples de mêmes sexe, sur l’égalité des droits, les discriminations et les atrocités qui se répandent à l’égard des minorités sexuelles. Pour tout vous avouer, ces sujets sérieux et difficiles ont eu la peau de mon moral et non de ma moralité. Tant et si bien que je n’ai pas voulu écrire sur l’ignoble loi ougandaise et les réactions légitimement indignées de quelques pays européens progressistes comme les Pays-Bas. Tant et si bien que je n’ai pas voulu revenir sur ce sondage qui indique qu’une majorité de catholiques français est favorable au fait que les homosexuels puissent se marier. Par contre, je dois le reconnaitre, je n’ai pas pu résister au bonheur de vous parler d’une des conséquences déconcertante de l’adoption du mariage gay au Royaume-Uni.

Vous le savez bien, la perfide Albion dispose à sa tête d’une gracieuse Majesté, grand-mère très digne d’une longue lignée respectable issue de la reine Victoria dont les origines sont pour le coup sujettes à discussions de comptoirs. Quoiqu’il en soit, pour devenir Roi ou Reine d’Angleterre, il faudra descendre de cette chère Victoria d’une manière ou d’une autre mais toujours dans le cadre stricte du mariage parce que voyez vous, on est des honnêtes gens de ce côté là de la Manche.

Oui mais voilà, l’Angleterre n’est pas avare d’homosexualité dans l’histoire et ses rois l’ont probablement été encore moins que d’autres (avares)… Du fameux Richard Coeur de Lion au XIIème siècle aux rumeurs touchant l’oncle d’Élisabeth II le roi Édouard VIII en passant par Edouard II au XIVème siècle ou Charles Ier au XVIIème et même Lord Mountbatten dernier vice-roi des Indes britanniques au XXème, l’histoire de l’Angleterre est marquée par ces souverains appréciés d’Oscar Wilde… Jusque alors, ces braves souverains se mariaient avec une femme, assumaient avec plus ou moins de grâce leur devoir conjugal tout en courant le gueux ou en s’acoquinant avec l’un de leurs proches.

Le gouvernement (conservateur) a désormais fait voter par le Parlement une loi autorisant le mariage gay ce qui a amené la Chambre des Lords à poser de bonnes questions : « Que se passe-t-il si nous avons une reine lesbienne unie par un mariage homosexuel et concevant un enfant avec le sperme d’un donneur ? », s’est ainsi inquiété lord Nicholas True. Lord Wallace of Tankerness lui a alors répondu : «°Les lois de la succession requièrent qu’un hériter soit l’enfant biologique d’un père et d’une mère, il n’y a pas besoin d’amendement »…  C’est alors que s’est portée la vraie interrogation … Quelles sont ces lois dites de la succession ?

Lordre de succession au trône britannique est l’ordre dans lequel sont appelées au trône du Royaume-Uni et des quinze autres royaumes du Commonwealth les personnes éligibles. Il est actuellement fixé par l’Acte d’établissement de 1701 à partir de la descendance de Sophie de Hanovre à l’exclusion des catholiques. En fait, le Bill of Rights de 1689 confirmait l’accession au trône de Guillaume III et de Marie II et assurait la succession à leurs héritiers. Cependant, Marie II meurt sans enfants en 1694 et l’enfant unique de sa sœur Anne (qui suivait dans l’ordre de succession après Guillaume III) meurt en 1700. Devant la possibilité de l’absence d’héritiers protestants après la mort de Guillaume III et de la princesse Anne (future reine Anne), le Parlement adopte, en 1701, l’Act of Settlement, qui transmet la couronne à la princesse Sophie, Électrice de Hanovre (et petite-fille de Jacques Ier) et à ses héritiers protestants à la mort de Guillaume III, de la reine Anne et de leurs héritiers éventuels. La reine Anne succède à Guillaume III après la mort de celui-ci en 1702. À la mort de la reine Anne, le trône passe à George I, fils de la princesse Sophie. C’est ainsi que la princesse  Sophie, gentille grand-mère âgée de 71 ans, devient l’héritière du trône des Stuarts en tant que plus proche parente de confession protestante de la reine Anne . Autant vous dire que les cinquante-sept princes et princesses catholiques lésés ont moyennement apprécié le stratagème. Ils sont ainsi encore un certain nombre à considérer Franz Bonaventura Adalbert Maria, duc de Bavière, né en 1933 comme le seul, unique et légitime roi d’Angleterre. Quoiqu’il en soit après avoir bien lu l’acte en question. Vous en trouverez ici une version française (acte initial) et là, en anglais, la version applicable aujourd’hui.  C’est là que je découvre qu’en fait, les règles de successions du Royaume Uni sont plus complexes qu’il n’y parait.

En fait elles sont issues de la “common law”, du Bill of Rights de 1689 et comme nous l’avons indiqué de l’Act of Settlement de 1701. Ces règles interdisaient au monarque d’être catholique mais également d’épouser un catholique. Elle retirent de l’ordre de succession quiconque épouse un catholique. La succession au trône était aussi assujettie à la « règle de primogéniture de préférence masculine », qui donne préséance aux héritiers sur les héritières sans égard à l’âge, et aux aînés sur les cadets. C’est bien dans ce cadre stricte que les règles constitutionnelles britannique sont impactées par le “mariage” et les règlementations qui s’y affèrent.

En 1936, le Parlement du Royaume-Uni adopte la loi intitulée His Majesty’s Declaration of Abdication Act 1936. Cette loi, adoptée dans le but de donner effet à l’Instrument of Abdication d’Édouard VIII, entraîne la dévolution de la Couronne de même que la transmission du trône à l’héritier suivant selon l’ordre de succession. Ainsi, le frère d’Édouard VIII, le prince Albert, monte sur le trône sous le nom de George VI le 11 décembre 1936. La même loi exclut aussi les descendants éventuels d’Édouard VIII de l’ordre de succession au trône.

Le 28 octobre 2011 à Perth, en Australie, les chefs de gouvernement du Commonwealth, en présence et avec l’assentiment de la Reine Elizabeth II s’accordent pour modifier à nouveau les règles de successions en vue de mettre fin à la règle de primogéniture de préférence masculine et à l’incapacité de régner résultant du mariage avec un catholique. Le gouvernement britannique dépose, le 13 décembre 2012, à la Chambre des communes du Royaume-Uni le projet de loi sur la succession à la Couronne qui supprime la règle de préférence masculine pour tous les héritiers nés après le 28 octobre 2011. Véritable révolution institutionnelle, elle annule l’incapacité de régner résultant du mariage avec un catholique et abroge également la Royal Marriages Act 1772, qui rendait nul et non avenu le mariage d’un membre de la famille royale contracté sans le consentement du monarque régnant. Désormais, ce consentement ne sera nécessaire que pour les six personnes qui suivent dans l’ordre de succession au trône. Ces nouvelles règles forment la loi sur la succession à la Couronne du 25 avril 2013.

Mais alors me direz vous quel est le rapport avec le mariage gay ?

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un mariage gay à Westminster ?

Premier exemple qui n’est pas le moins savoureux de tous : The Treason Act de 1351 (Acte de Trahison) texte par lequel le Parlement britannique à codifier toutes les formes existantes de Trahison à l’égard du souverain et qui est encore en vigueur (sous une forme modernisée) aujourd’hui. En voici le texte traduit “[…] Quand un homme imagine la mort de notre Seigneur le Roi , ou de notre Dame la Reine ou de leur fils aîné et héritier , ou si un homme viole la femme du roi ou la fille aînée du roi célibataire, ou la femme du fils aîné du roi et héritier […] il doit être entendu que les cas ci-dessus prévus, doivent être jugés comme trahison qui s’étend à notre Seigneur le roi , et sa Majesté royale“. Un porte-parole du gouvernement a  indiqué que ces dispositions ne seraient pas modifiées. Ainsi, coucher avec la femme du Roi est un crime de lèse majesté mais coucher avec le mari du Roi ne sera qu’une indécence non condamnée par la loi …

La reine Robert !

La loi prévoit également que toute personne qui épouse le roi d’Angleterre devient automatiquement … la reine d’Angleterre… Ainsi imaginons que le petit George, fils de William soit gay et qu’il épouse plus tard un Robert, en l’état actuel du droit il s’agira de la Reine Robert et non du Prince consort Robert. Si le même George épouse son Robert avant de devenir Roi, il sera Prince de Galles et son Robert, Princesse de Galles. Cette règle s’imposant à tous les titres aristocratiques britanniques, le législateur anglais est entrain d’éradiquer l’application du mariage gay à ces lois pour éviter la démultiplication de princesses, de duchesses et de comtesses aux joues poilues !

 

 

 

1 thought on “Le mariage gay s’invite dans la succession royale britannique : la reine Ubu !

  1. Mais voilà chère Hauteur que vous vous laissez encore aller à des soliloques ubuesques dont vous seule, Dieu si Bon si Grand, avez le secret ! M’enfin quoi ?! Et pourquoi pas un Président de notre République qui annulerait tout si son ex-épouse le textotait ou qui aurait maîtresse dans l’appartement d’un mafieux corse et irait y convoler tel un adolescent en rut convoyé en scooter par son garde du corps ? On nage en plein psychodrame ! Une princesse Robert, vous me les retourner à l’envers, mes roberts, avec de telles supputations diaboliques !
    Que ne dois-je pour autant vous attribuer encore le mérite de m’éduquer par ce billet, de me plaire par votre plume (prenez garde à quelque mauvais mot vous feriez sur ladite plume malveillant scribouillard talentueux !), et également, le mérite aussi de me laisser espérer un jour que Sa Majesté George et Dame Robert régneraient un jour amoureusement sur l’Albion décadente ?! Voilà qui serait pour le moins cocasse et montrerait au monde ô combien deux êtres qui s’aiment n’offrent rien de moins que le partage de leur sagesse heureuse. Allez va, une fois n’est pas coutume, je vous décoche un bon point pour ce truculent billet !
    Vous avez de gros bisous de Lucette qui vous aime tant malgré vous !

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