Mathieu Gallet : révolution ou épiphénomène

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Mathieu Gallet au siège de l'INA
Mathieu Gallet au siège de l’INA

C’était hier que la presse annonçait le nom de celui choisi par le CSA pour diriger Radio France, ses 4.300 salariés, ses sept antennes nationales, ses deux orchestres, son chœur et sa maîtrise. La surprise fut grande quand on appris que c’était Mathieu Gallet qui avait été choisi, comme une évidence, par les sages de l’audiovisuel français. La surprise semble être de taille pour tous les observateurs. On nous le dit et on nous le répète, le nouveau PDG est très jeune, 37 ans, et très beau. Quand un journaliste vous précise ce qui ne devrait être qu’un détail, à savoir que le garçon est bogosse, il embraye avec plus ou moins de finesse sur l’idée d’un “homme pressé” à la carrière explosive et très (trop) rapide facilitée par un physique de jeune premier auquel Frédéric Mitterrand n’était pas insensible. On nous trace ainsi le portrait d’un jeune homme poussé par son mentor ministre vers les plus haute sphère du pouvoir audiovisuel.

Dans la réalité, Mathieu Gallet a fait toute sa carrière dans le petit monde de la culture et de l’audiovisuel. Dès sa sortie de l’excellente école de Sciences politiques de Bordeaux, en 1999, il intègre la société Erato Disques. Il rejoint un an plus tard le groupe Pathé et enfin en 2001 le groupe Canal+. Une telle évolution démontre deux choses sur Mathieu Gallet : son grand professionnalisme qui lui permet d’évoluer rapidement, ce qui est la moindre des choses dans le secteur privé, et sa capacité à développer des réseaux professionnels et politiques qui est une qualité indispensable depuis la nuit des temps. Proche de plusieurs personnalités de droite, il intègre en  2004 le cabinet de François Loos, ministre délégué à l’industrie, comme conseiller technique chargé justement de l’audiovisuel et des nouvelles technologies et en 2007, il est recruté par la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel comme conseiller technique pour l’audiovisuel et les médias. Ce n’est que deux ans plus tard que le nouveau ministre Frédéric Mitterrand le promeut directeur de cabinet adjoint. Dans son livre “La Récréation”, il aura cette phrase que je juge malheureuse et quelque peu injuste pour l’intéressé “Sitôt vu, sitôt nommé directeur de cabinet adjoint“. Nous l’avons vu, les qualités de Mathieu Gallet n’étaient plus à démontrer au moment de sa nomination.Ce sera également Frédéric Mitterrand qui le hissera à la tête de l’Ina où son travail est reconnu par tous notamment en matière de politique numérique de la vieille maison.

Jusque là, l’évolution de Mathieu Gallet était rapide mais pas étonnante. Avec sa désignation à la tête de Radio France, cette carrière devient révolutionnaire à double titre : pour l’oligarchie française et pour la maison mère du service public radiophonique.

Pensez donc que jusqu’à maintenant le poste de PDG de Radio France était attribué de manière quasi alternative aux membres de deux castes bien connues de notre cher pays : les journalistes et les haut-fonctionnaires. Les journalistes ont la haute main sur l’institution de 1975 à 1989 avec Céline Baudrier, Michèle Cotta, Jean-Noël Jeanneney et Roland Faure. En 1989 voici venu le temps des haut-fonctionnaires avec Jean Maheu (conseiller maître à la cour des comptes), puis Michel Boyon (conseiller d’État). Après la parenthèse journalistique de Jean-Marie Cavada (1998-2001), nous avons droit à un inspecteur général des finances (Jean-Paul Cluzel) puis enfin un journaliste avec Jean-Luc Hess (2009-2014). Mathieu Gallet n’est ni journaliste, ni haut-fonctionnaire. Il n’appartient à aucune de ces deux castes et sa nomination est donc celle d’un manager de l’audiovisuel. Elle est bien là la “grande révolution” : pour la première fois depuis bien longtemps on nomme à un poste public un homme non pas pour ses diplômes, non pas pour son statut, mais pour ses compétences professionnelles, des compétences en adéquation directe avec sa mission : diriger une grande entreprise audiovisuelle.

La deuxième révolution est celle qui a tant marqué nos amis journalistes : le gaillard a 37 ans. Et là je vous éviterai les citations littéraires sur tous les parcours de jeunes hommes ambitieux et pressés qui fleurissent dans certains articles et commentaires … quoi ? autant de responsabilités à 37 ans? Voilà bien notre bonne vielle F-rance qui a si peu confiance en sa jeunesse… en Angleterre David Cameron devient président du Parti conservateur et candidat au poste de Premier ministre à 39 ans, Tony Blair est Premier ministre à 44 ans; aux États-Unis, Bill Clinton est Gouverneur de l’Arkansas à 33 ans et Président à 47 ans… Les exemples sont sans fin et on a tendance à oublier un peu rapidement qu’à 37 ans, Napoléon Bonaparte était déjà empereur des Français depuis quelques années… Confier un poste de responsabilités à un  homme (ou une femme) de 37 ans devrait ne pas faire débat dans notre société et pourtant ce n’est pas un geste anodin. Cette une décision porteuse d’espoirs pour le renouvellement de nos élites politiques et médiatiques et c’est par conséquent une responsabilité immense qui pèse sur les épaules de Mathieu Gallet et qui dépasse largement l’avenir de Radio France : la responsabilité de ne pas se planter !

 

3 thoughts on “Mathieu Gallet : révolution ou épiphénomène

  1. On parle bien de l’institut du CSA (Actionnaire unique est le Groupe BOLLORÉ), qui donc comme on peut le penser joue plus ou moins en sa faveur la majorité des sondages. Ce même institut choisit qui sera à la tête du service public de la radio.. Y’a vraiment un problème pas net chez vous ! Lagardère, dassault ou Bolloré aucuns autres moyens d’informations par les médias traditionnaux !

    VIVE LE FRANCE !

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