Mes amis, au secours…

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l'Abbé Pierre
l’Abbé Pierre

Nous étions le 1er février 1954, il y a  60 ans. Henri Grouès, plus connu sous le nom d’abbé Pierre, lançait un appel à la solidarité face à al misère qui envahissait les rues et les pavés gelés de Paris. En 2004 l’Abbé était revenu dans un entretien accordé au Point sur le cri poussé alors sur les ondes: “Je demande à un sénateur, Léo Hamon, de déposer un amendement pour qu’un milliard de francs de l’enveloppe prévue dans le budget de la reconstruction soit affecté aux logements d’urgence. Le texte est repoussé dans la nuit au Parlement à cause de l’ânerie du ministre chargé du dossier. Léo Hamon me téléphone pour me raconter la séance et à ce moment-là entre dans mon bureau un homme en larmes. Nous étions en train de bâtir pour cet homme, sa femme et leur bébé une petite maison et il m’annonce que son enfant est mort de froid dans la nuit… La nuit suivante, je ne dormais pas, je me lève, j’écris au ministre une lettre incendiaire que je porte au Figaro. Le ministre est venu à l’enterrement du bébé, contre l’avis de ses amis, en marchant tête nue, dans le froid, derrière la voiture à cheval portant le corbillard… Quelque temps plus tard, les compagnons me racontent comment la nuit précédente, en passant boulevard de Sébastopol, ils ont trouvé dans un tas de chiffons une vieille femme agonisant tenant dans ses mains l’avis d’expulsion de l’huissier… Et ils me disent : “Cela ne peut plus continuer comme cela !” … J’ai préparé un texte, nous avons téléphoné à la radio d’État, le speaker a d’abord refusé de le lire à l’antenne, puis, devant notre insistance, ému, il a cédé. Mais cet appel a été peu entendu. Nous avons foncé à travers Paris, en brûlant les feux rouges, jusqu’à Radio Luxembourg. Nous sommes arrivés une minute avant la clôture du journal. Et j’ai lu le texte, le même, au micro….

Mes amis, au secours…

Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée…

Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !

Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre Centre Fraternel de Dépannage ces simples mots :

« TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS,
ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME »

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !

Chacun de nous peut venir en aide aux “sans abri”. Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain : 5000 couvertures, 300 grandes tentes américaines, 200 poêles catalytiques. Déposez les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci !”

Paris en 2014
Paris en 2014

Nous sommes le 1er février 2014. 60 ans plus tard et l’association qui porte le nom de l’Abbé vient de rendre public son 19e rapport. L’organisation recense désormais 3,6 millions de personnes non ou très mal logées et estime que plus de 10 millions de Français subissent de plein fouet la crise qui touche actuellement le secteur du logement. Alors bien sur les choses se sont nettement améliorées en l’espace de 60 ans. En 1954, au moment même où l’abbé Pierre lançait son vibrant appel à la solidarité la seconde guerre mondiale était terminée depuis moins de 10 ans et son effrayant cortège de destructions et de ravages laissait encore 54% de la population dans une situation précaire en termes de logement contre moins de 10% aujourd’hui. Mais voilà 10 % c’est absolument énorme.

La vérité c’est qu’aujourd’hui même, en France, alors même que je m’inquiète de mes prochaines vacances ensoleillées, 3,6 millions de personnes sont soit privées de domicile personnel, soit vivent dans des conditions très difficiles (privation de confort ou surpeuplement), soit sont en situation d’occupation précaire (hôtel, caravanes…). Le nombre de sans-abri a augmenté de 50 % depuis 2011 pour atteindre le chiffre de 141 500 personnes, dont 30 000 enfants début 2012…

On peut s’indigner comme je le fais devant vous aujourd’hui mais concrètement que pouvons nous faire pour changer les choses?

Nous pouvons individuellement être plus solidaires en donnant aux fondations et associations, nous pouvons éviter le gâchis en remplissant les bornes à vêtements et en faisant don des meubles que nous ne voulons plus plutôt que de les abandonner sur les trottoirs… nous pouvons et devons surtout défendre une politique volontariste pour le logement, loin de nos petits intérêts personnels. Cela passe par un vaste effort de mise aux normes des logements insalubres qui pullulent dans nos villes et leurs banlieues, par une interdiction des programmes immobiliers spéculatifs entièrement tournés vers les bureaux et par une réaffectation des locaux de centre ville de l’Etat a destination du logement… vaste programme me direz vous mais plus que jamais ce dont nous avons besoin c’est de politiques ambitieuses et volontaristes ! reste à trouver celle ou celui qui pourra porter ces ambitions et là mes amis … on est quand même dans la m****

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