Alain Finkielkraut, l’immortel scandaleux médiatique

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Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut

Le fauteuil 21 de l’académie française, constamment occupé depuis 1634, est celui du scandale immortel. C’est sur ce fauteuil que pourra désormais s’asseoir  Alain Finkielkraut, élu le 10 avril à l’Académie française dès le premier tour,  par 16 voix sur 28. L’auteur de L’Identité malheureuse, que l’on présente comme réactionnaire, sioniste, anti-musulman et bête noire de la gauche ainsi que de tous les parisianismes n’en finit plus de provoquer le scandale  et la colère parce que justement l’on voudrait croire ici ou là que la “réaction” en tant qu’idéologie à différencier du conservatisme n’aurait pas sa place dans la plus grande institution culturelle française… C’est naturellement se méprendre sur le rôle de l’académie qui n’est ni au service de la démocratie, ni même à celui d’une vision du monde mais qui sert la langue française ! Les statuts et règlements visés par son fondateur, le cardinal de Richelieu, puis l’enregistrement au Parlement de Paris, en juillet 1637, des Lettres patentes signées par Louis XIII, consacrèrent le caractère officiel d’une institution dont la mission revêtait un caractère expressément national. Si l’ « une des plus glorieuses marques de la félicité d’un État était que les sciences et les arts y fleurissent et que les lettres y fussent en honneur aussi bien que les armes », ce serait le rôle de l’Académie de donner à la langue française les moyens d’y parvenir. (en italique sources : le site de l’Académie).

A ce titre ce sont les meilleurs auteurs et les plus beaux discoureurs qui y trouvent leur place, et Dieu sait que Monsieur Finkielkraut, au delà même du fond de ses propos, est une plume autant qu’une langue de grande qualité. Il prendra place sur le Fauteuil n°21 abandonné par Félicien Marceau dont l’immortalité culturelle à rencontré la mortalité humaine. L’histoire de ces Fauteuils où se succèdent les académiciens n’est pas banale. elle est contée par Charles Pinot Duclos, lui même membre de l’académie : « Il n’y avait anciennement dans l’Académie qu’un fauteuil, qui était la place du directeur. Tous les autres académiciens, de quelque rang qu’ils fussent, n’avaient que des chaises. Le cardinal d’Estrées, étant devenu très infirme, chercha un adoucissement à son état dans l’assiduité à nos assemblées : nous voyons souvent ceux que l’âge, les disgrâces, ou le dégoût des grandeurs forcent à y renoncer, venir parmi nous se consoler ou se désabuser. Le cardinal demanda qu’il lui fût permis de faire apporter un siège plus commode qu’une chaise. On en rendit compte au roi Louis XIV, qui, prévoyant les conséquences d’une telle distinction, ordonna à l’intendant du garde-meubles de faire porter quarante fauteuils à l’Académie, et confirma, par là et pour toujours, l’égalité académique. La compagnie ne pouvait moins attendre d’un roi qui avait voulu s’en déclarer le protecteur. »

Jean-François de La Harpe
Jean-François de La Harpe

Un fauteuil n’est donc jamais laissé sans occupant (ou presque) et celui qui nous intéresse aujourd’hui est le n°21 qui aura eut 16 occupants depuis 1634 et d’abord Marin Le Roy de Gomberville, piètre auteur devenu janséniste. En 1674 il laisse la place au querelleur Pierre-Daniel Huet qui, d’un caractère entier parvenait à se chasser avec la terre entière dans sa lute contre le cartésianisme. En 1721, c’est Jean Boivin qui est élu au fauteuil pour 5 ans à peine. Il est remplacé par le diplomate Paul-Hippolyte de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan en 1726 qui reste solidement accroché à son fauteuil pendant 50 ans. A sa mort en 1776, il cède la place à Charles-Pierre Colardeau qui fut tant adepte des courtisanes qu’il mourut d’une maladie vénérienne à peine 4 mois après son élection. L’Académie choisit alors Jean-François de La Harpe, personnage audacieux, ami de Voltaire tour à tour révolutionnaire, bonapartiste et monarchiste mais toujours le verbe haut et irrévérencieux. Il meurt en proscrit en 1803 laissant la place libre pour Pierre Louis de Lacretelle, avocat centriste et modéré tout heureux de se mettre sou sla protection de Napoléon après son coup d’Etat. En 1824 c’est le triste et relativement peu connu Joseph Droz qui se paye le luxe de battre Lamartine et obtient le fauteuil … Un quatrain court alors les salons parisiens : “Vous avez nommé Droz ? Oui, c’est un beau génie.Son titre, quel est-il ? Le secret d’être heureux. Admirable secret, mais pour l’Académie, Le secret d’être lu ne vaudrait-il pas mieux“…

Le petit Droz a l’idée de disparaitre en 1851 permettant l’élection d’une première star reconnue à son fauteuil : Montalembert, conservateur éclairé, fondateur du Parti catholique rallié à l’Empire par peur des troubles révolutionnaires et sociaux. Pendant 20 ans il siègera à l’Académie en homme politique assumé et actif déclarant « Je suis pour l’autorité contre la révolte, pour la conservation contre la destruction, pour la société contre le socialisme… ». Il imprime sa marque sur le Fauteuil qui deviendra celui du conservatisme militant. A sa mort en 1871, c’est Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils du Roi Louis-Philippe et porteur de nombreux espoirs de restauration monarchique qui lui succède. En 1898, à la veille du basculement de siècle et de civilisation c’est le sculpteur Eugène Guillaume, très éloigné de la chose politique, qui vient s’asseoir sur le siège vacant avant de céder la place en 1905 à Étienne Lamy, député catholique qui s’impose face à … Maurice Barrès. L’Illustration du 10 juin 1905 annonce avec un certain détachement le résultat du scrutin : “Le nouvel académicien est peu connu du grand public, moins, par exemple, que M. Maurice Barrés, qui fut son concurrent le plus redoutable dans cette lutte. Leurs carrières, pourtant, offrent quelque analogie. Tous deux firent un temps de la politique et la quittèrent un jour pour la littérature. M. Étienne Lamy, en effet, de 1871 à 1881, a représenté à l’Assemblée nationale, puis à la Chambre des députés, le Jura, son département d’origine. Mais ses ouvrages, graves études historiques ou traitée politiques, avec les hauts problèmes qu’ils soulèvent, sont peu faits pour séduire les foules, malgré leur forme impeccable, châtiée. Seuls, des sociologues, des historiens ont pu apprécier la sévère tenue du Tiers Parti, de l’Assemblée nationale et la Dissolution, des Études sur le second Empire, de la France du Levant; et, sans doute, celui de ses ouvrages qui eut le succès le plus étendu, ce furent ces savoureux Mémoires d’Aimée de Coigny, la «jeune captive» de Chénier, qu’il édita plus récemment et qui avaient tout l’attrait d’un attachant roman.” … “attachant roman” l’académicien devait apprécié le commentaire journalistique …

Il décède en 1920 permettant l’installation d’André Chevrillon dont le principal talent fut peut être d’être élu à l’Académie française et d’y siéger avec honneur pendant presque 38 ans … En 1959 c’est Marcel Achard, auteur et acteur de pièces à succès qui s’impose de justesse dans cette assemblée rarement ouverte aux personnalités enjouées et populaires. Mais le scandale revient bien vite au Fauteuil 21, cette fois en la personne de Félicien Marceau élu en 1975. Mes amis, quel scandale effroyable que cette élection !

Félicien Marceau
Félicien Marceau

Félicien Marceau, de son vrai nom Louis Carette est un citoyen belge qui s’est illustré par ses activités antisémites et pro-nazies pendant la seconde guerre mondiale. C’est ce qui lui a valu d’être condamné par contumace à 15 ans de travaux forcés en 1946 par le Conseil de guerre de Bruxelles et d’être déchu de sa nationalité. Il fuit alors la Belgique pour l’Italie puis la France où il prendra un nouveau nom et adoptera la nationalité française en 1959. Lauréat du Prix Goncourt en 1969 pour son roman Creezy et du Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco pour l’ensemble de son œuvre en 1974, il est élu à l’Académie française un an plus tard. À l’annonce de son élection, le poète Pierre Emmanuel (élu en 1968 au 4e fauteuil), se déclara démissionnaire pour ne pas siéger aux côtés d’un collaborateur condamné. L’Académie, selon sa coutume, n’entérina pas cette démission et attendit la mort du poète pour le remplacer en 1985.

Avec l’élection d’Alain Finkielkraut au Fauteuil 21 certains s’époumonent à hurler au scandale sans réaliser peut être la subtilité qu’il y a dans le choix d’une académie qui remplace un antisémite notoire par un sioniste assumé…

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