Dominique Baudis, plus qu’un héritier

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Dominique Baudis Maire de Toulouse de 1983 à 2000
Dominique Baudis Maire de Toulouse de 1983 à 2000

Dominique Baudis s’est donc éteint à 66 ans des suites d’un cancer généralisé qui le rongeait depuis plusieurs années. Comme tous les hommes publics de premier plan, selon la génération à laquelle nous appartenons, il nous reste en mémoire comme journaliste à la télévision, comme maire de Toulouse, Président du CSA,  de l’Institut du monde arabe ou comme défenseur des droits. Une carrière  exemplaire qui se nourrissait de la politique et de l’action publique au sens noble du terme.

Pour autant, rien de cela n’aurait été possible sans “l’héritage” qu’il a assumé toute sa vie, celui de Toulouse. La ville rose, au cœur si brillamment à gauche s’était donnée ou même abandonnée aux mains de Pierre Baudis en 1971. Ce centriste, député de la Haute-Garonne, proche de Jean Lecanuet puis de Valéry Giscard d’Estaing était l’adjoint au maire socialiste de Toulouse Louis Bazerque depuis 1959. En 1971, il se présente contre le maire sortant et s’impose au second tour avec 58 % des voix. Réélu maire en 1977, en pleine déroute nationale de la droite, il est battu aux législatives suivantes par un jeune candidat socialiste, Gérard Bapt. Voulant éviter de faire “le mandat de trop”, en mars 1983, il cède la tête de liste à son fils Dominique assez largement élu.

Il faut dire que “Dominique” n’est pas un inconnu pour le public toulousain.

La première apparition à la télévision en 1969
La première apparition à la télévision en 1969

Correspondant de guerre pour la radio et la télévision de 1965 à 1975, il devient grand reporter sur TF1 avant de présenter la grand messe du 20 h de TF1 de 1977 à 1980 puis le Soir 3 de 1980 à 1982. Personnage public, apprécié et reconnu, quand il re-débarque dans la ville de son père, c’est pour le présentateur du journal que l’on vote plus que pour le “fils de” ou pour la tête de liste de centre-droit. Dominique Baudis plonge alors avec une délectation non feinte dans la politique. Il pratique sans vergogne le cumul de mandats : Maire de Toulouse en 1983, député européen en 1984, conseiller général de Haute Garonne en 1985, Président du conseil régional de Midi-Pyrénées en 1986. Elu député la même anné, il pratique le renvoi d’ascenseur puisqu’il démissionne de l’Assemblée laissant sa place à son suivant de liste qui n’est autre que Pierre Baudis, son papa … Il sera sans discontinuer réélu à l’assemblée nationale en 1988, 1993 et 1997. En 1994 il s’impose comme tête de liste UDF- RPR aux élections européennes.

Le défenseur des droits depuis 2011
Le défenseur des droits depuis 2011

Cet accroc à la politique, aux élections et aux mandats abandonnera néanmoins toutes ses responsabilités pour prendre, en 2000, la tête du CSA dont il est nommé Président par Jacques Chirac. Sa présidence de début 2001 à janvier 2007 au CSA est notamment marquée par le lancement de la TNT (télévision numérique terrestre) en 2005 et la lutte contre la pornographie. Elle sera néanmoins fragilisée par des accusations mensongères portées à l’encontre de Dominique Baudis qui en sortira particulièrement meurtri. Alors qu’il se relance en politique en étant élu député européen en 2009, le président Nicolas Sarkozy le nomme le 22 juin 2011 pour un mandat de six ans non renouvelable au poste de Défenseur des droits. Ce poste regroupe les missions jusqu’alors dévolues au Médiateur de la République, au Défenseur des enfants, à la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité et à la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité.

Il occupe cette fonction, nouvelle, en mettant l’accent sur les mineurs isolés en détresse, les citoyens en butte à l’administration, les détenus maltraités, les délicates questions de laïcité. Le Défenseur des droits a reçu quelque 100.000 sollicitations en 2012.

La disparition prématurée de ce gros fumeur, stressé éternel et homme pressé du pouvoir vient vers nous comme un rappel violent : chaque bouffée de tabac rapproche, même les meilleurs d’entre nous, de la tombe …

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