Non Google + n’est ni un désert ni une pierre tombale sociale

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Attention il bouge encore
Attention il bouge encore

Depuis quelques jours des rédacteurs d’articles en tous genres s’époumonent à annoncer la mort clinique prochaine du réseau social Google +. Tous les journaux en lignes  s’appuient sur deux indices de taille : l’habitude qu’a Google de ne pas s’acharner à développer ce qui ne marche pas et la démission (un peu surprise) de Vic Gundotra, vice-président chargé des « activités sociales » du groupe,  fondateur et directeur de G+ depuis 2011.

Trois ans plus tard il existe deux lectures des résultats de la plateforme sociale. Celle des observateurs intéressés mais lointain du type de la journaliste du Monde Audrey Fournier : “ce réseau […] n’a jamais vraiment rencontré son public. Selon les derniers chiffres communiqués, en octobre, Google+ revendiquait 300 millions d’utilisateurs actifs mensuels, contre plus d’un milliard pour Facebook”. Pour rappel Facebook a été lancé en 2004 soit 7 ans avant G+ et reste un succès inégalé en termes d’utilisateurs actifs … L’autre lecture est celle des spécialistes des réseaux comme Frédéric L. de “Kulture Geek” qui rappelle : “Google+ n’a certes pas l’énorme succès de Facebook, mais tous les chiffres indiquent que le réseaux social de Google se porte plutôt bien. Avec  300 millions d’utilisateurs actifs et une communauté enthousiaste, Google+ ne semble pas, à priori, faire parti de la liste assez longue d’échecs de type Wave”.

Je vois certains facebookiens et autres twitteux s’étouffer doucement sur leur strapontin de métro : “une communauté enthousiaste”?! vraiment ? et bien oui chers amis et nous allons y revenir mais commençons plutôt par les choses qui fâchent car, c’est vrai, tout n’est pas rose dans le monde G+ et la firme n’a probablement pas atteint les objectifs (extrêmement ambitieux) qu’elle s’était fixée. Dans les faits, le temps de présence utilisateur sur le réseau social se situerait très en deçà des objectifs, un point sensible quand on sait que Google vit essentiellement de ses subsides publicitaires et donc non seulement du temps de présence mais aussi des interactions avec les liens présents sur le réseau.

Vic Gundotra
Vic Gundotra

Le drame de G+ réside principalement dans le fait que conçu comme un outil familial, professionnel et amical il s’est transformé en un réseau de Geek et d’accrocs à l’info. En d’autres termes, si Facebook continue à s’imposer comme le réseau généraliste où l’on fait des blagues entres potes et où l’on partage ses photos de vacance, G+ lui est un réseau de niches sociales. Ce n’est pas ce que Google souhaitait mais l’Internet est ainsi fait et force est de constater que cela fonctionne à merveille dans ce cadre spécifique. Cela fonctionne même bien mieux que l’insupportable Twitter, devenu le réseau du communiqué officiel et du commentaire drolesque de type télé Z. A titre d’exemple (limité et modeste) les lecteurs de ce blog depuis le mois de janvier viennent pour un peu plus de 9 % de G+ soit un niveau raisonnablement comparable à Facebook (un peu plus de 11 % dont la moitié sur l’application mobile). A contrario ils ne sont que 1,53 % à venir de twitter. Si nous les en remercions, cela tend à démontrer que ce dernier réseau n’est pas le plus efficace pour partager et propager du contenu. Si l’on compare les 9 % de G+ aux 11 % de Facebook, on devra les mettre en rapport avec les utilisateurs actifs des deux réseaux. Ils sont plus que 3 fois plus nombreux sur Facebook que G+. En d’autres termes, pour ce qui est de ce blog on pourra dire que les liens publiés sur G+ sont nettement plus efficaces que ceux publiés sur Facebook ! La raison de cette efficacité s’explique en deux mots : cercles et communautés.

Contrairement à Facebook où nous disposons d’un mur unique disponible à tous nos contacts, Google + permet de cibler un certain nombre d’utilisateurs. Ainsi, quand je partage un article sur la mode je peux ne le partager qu’avec les gens que j’ai ajouté au cercle “mode” en évitant de remplir inutilement l’écran de mes contacts dont le centre d’intérêt est “la politique”. En ciblant les destinataires des messages de partage, G+ nous permet d’être plus efficaces et de nous adresser à des lecteurs qui sont a priori intéressés par le sujet traité. Le deuxième succès important de G+ sont ses “communautés” qui vont bien au delà des “groupes” Facebook qui n’ont jamais vraiment fonctionner. Les communautés sont, comme leur nom l’indique, des pages de partage et de discussions qui peuvent être ouvertes en accès libre ou fermées sur inscription. Les sujets traités y sont particulièrement nombreux et divers avec 4 grandes catégories :

Le succès de Hang out
Le succès de Hang out

1/ les geeks (communauté d’adeptes d’Android, de fans de Game of Thrones,  forum d’entraide sous WordPress et j’en passe)… Ces communautés fonctionnent souvent comme des forums d’entraide de partage de bon plans ou de trucs pour s’en sortir avec son téléphone, son ordi, son site, sa console ou son jeu …

2/ les accrocs à l’information : il existe de très nombreuses communautés d’info souvent affiliées à des groupes de presse comme Médiapart ou le Nouvel Obs. Malheureusement ces communautés ont souvent été laissées à l’abandon après leur création et n’ont survécu que grace à l’implication des blogueurs comme votre serviteurs qui ont fait vivre ces communautés et notamment celle du Nouvel Obs qui compte aujourd’hui 15804 abonnés actifs. Les gestionnaires ont attendus que la communauté prenne de l’ampleur avant d’en reprendre le contrôle en vidant tout simplement les blogueurs actifs. Désormais je travaille principalement sur une nouvelle communauté d’info : Actualité en France et dans le Monde.

3/ les communautaires : nationale, religieuse, culturelle et beaucoup sexuelle (et oui c’est Internet) G+ s’est peu à peu peuplé de communautés à connotation sexuelle avec notamment une évolution amusante, des petites annonces coquines des journaux des années 70 au minitel rose des années 80, au MSN messenger et autres Yahoo tchat des années 90, 2000 : voici venu le “hangout” coquin international …

4/ les autres, du tout et du rien, du ptit chat rigolo à l’histoire religieuse du Calvados au Moyen-Âge…

Avec ces cercles, ses communautés et son Hang out, Google + est une mine d’or du partage et de l’interaction et pourtant, force est de le reconnaitre, il y a quelque chose qui ne prend pas et cela tient principalement à la manière dont Google a “vendu” son réseau social, l’imposant à tous ses clients comme centralisateur de l’ensemble des services. Par exemple, tout utilisateur de Gmail dispose automatiquement d’un compte Google+. Ce dernier est également nécessaire depuis peu pour publier un commentaire sur YouTube, la plateforme de vidéos rachetée par Google en 2006. Ainsi Google a voulu rendre G+ incontournable mais l’effet a été inverse, il a rendu l’internaute méfiant. Ainsi, si depuis 2013, Google+ propose un outil permettant d’utiliser son compte Google+ pour se connecter à un service en ligne ou une application mobile,  il n’est utilisé que par 26% des utilisateurs qui se connectent sur une app mobile via un compte sur un réseau social, contre 62% pour Facebook… D’après TechCrunch Google devrait donc changer de stratégie et limiter l’impact de G+ sur les autres services. Ainsi la messagerie instantanée «Hangouts», et le service de sauvegarde et de partage des photos devraient être séparés de G+ pour confirmer leur statut d’applications mobiles à part entière. Par ailleurs le site  TheVerge affirme que sur la page d’accueil du moteur de recherche, l’accès direct à Google+ sera remplacé par une simple demande de connexion avec un compte utilisateur Google classique.

Comme l’explique Kulture Geek  : Après avoir poussé Google+ en donnant parfois l’impression qu’il devenait un nouveau passage obligé  (et parfois non-désiré) des autres services de l’entreprise, Google ferait donc marche arrière et préfèrerait mettre en avant sa marque originelle, une façon aussi de recréer une relation de confiance avec des utilisateurs de plus en plus méfiants sur la question de l’utilisation « discrète » (euphémisme) de leurs informations personnelles et leur récupération automatisée dans un réseau social public.

Google + va donc changer au même titre que sa maison mère en constante évolution. Pour autant G+ ne va pas mourir contrairement aux allégations de deux journalistes qui ont écrit le désormais célèbre article  Google+ is a walking dead publié par TechCrunch. Les deux auteurs, Alexia Tsotsis et Matthew Panzarino, y estiment que la démission du patron de Google+, annoncée le 24 avril 2014, sonne la mort de la plateforme. Pour ce faire, ils s’appuient sur des sources non mentionnées et ont été repris par la presse partout dans le monde sans même vérifier les faits ! Olivier Duffez publie en réponse un article dans TechCrunch pour rétablir quelques vérités. Il rappelle notamment qu’Alexia Tsotsis est actionnaire de Twitter et Facebook, mais pas de Google. Elle avait d’ailleurs déjà annoncé la mort imminente de G+ en 2012… alors rendez vous en 2016 pour le troisième enterrement de Google + !

Utilisateurs actifs des réseaux sociaux © Infographie réalisée par Tiz, agence web digitale à Strasbourg :

mars2014

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