Le petit fils de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz intervient dans la campagne électorale européenne

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Rainer Höss tenant une photo de la famille Höss au temps de la guerre ... a Auchwitz
Rainer Höss tenant une photo de la famille Höss au temps de la guerre … a Auchwitz

Ce n’est pas un hasard et ne nous le cachons pas, ce n’est pas non plus un bon signe. Rainer Höss, petit-fils de l’officier SS et commandant des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz Rudolf Höss s’est invité dans la campagne électorale pour les européennes à la demande du Parti social-démocrate suédois des travailleurs (SSU), équivalent de notre Parti socialiste. En quelques mots il donne le ton, frémissant, de l’Europe à venir :

“Nous ne devons jamais oublier notre passé, peu importe combien ça fait mal. Car lorsqu’on oublie, l’histoire se répète. Je crains que ceci soit en train de se produire en ce moment même.

(…) Et si nous ne faisons rien, nous n’avons rien appris de l’histoire.”

L’Histoire est pour cet homme comme une faute originelle dont il ne porte pas la responsabilité mais dont la marque est indélébile, elle se résume en un mot, son nom : Höss !  Rudolf Höss était son grand père. Né en 1900 dans la région de Baden Baden, celui qui deviendra l’un des tortionnaires les plus aveugles de l’histoire du monde occidental était issu d’une famille catholique et aisée de l’Empire Allemand. Son père, soldat, enseigna à son fils les valeurs habituelles de tout allemand de bonne famille : la piété, la retenue et le respect de la hiérarchie. Dans le cas précis du petit Rudolf, le problème réside peut être qu’au fil du temps il ne développera aucune autre valeur que ces trois là. C’est en tout cas la thèse développée par Robert Merle dans ses mémoires du tortionnaire publiées au début des années 50 “La mort est mon métier“. Dans ce livre, Merle s’appuie sur les entretiens que Hoss eut pendant sa détention avec un psychologue. Dans la préface de 1972, il résume en quelques lignes le sentiment de malaise que provoque la lecture :  “Ce qui est affreux et nous donne de l’espèce humaine une opinion désolée, c’est que pour mener à bien ses desseins, une société de ce type trouve invariablement les instruments zélés de ses crimes […] Il y a eu sous le nazisme des centaines, des milliers de Rudolf Lang, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs mérites portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’État. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux”.

Rudolf Höss est au centre entre dr. Josef Mengele (à gauche) et Joseph Kramer Kommandant du camp de Birkenau.
Rudolf Höss est au centre entre dr. Josef Mengele (à gauche) et Joseph Kramer Kommandant du camp de Birkenau.

Le père de Hoss décède en 1914. En 1916, Rudolph rejoint le régiment dans lequel avaient servi son père et son grand-père ; après une courte période de formation, il est envoyé au front en Turquie, en Palestine, puis en Irak. Un an plus tard, à 17 ans, il devient l’un des plus jeunes sous-officiers de l’armée allemande et est décoré de la Croix de fer de 1ère classe. Sa mère décède en 1917, à trente-neuf ans, alors qu’il est au front. (merci wikipédia)

Ardent nationaliste et partisan de l’ordre germanique, le jeune Rudolph Höss adhère au parti Nazi dès 1922 soit un an avant la tentative de putsch à Munich. Véritable activiste nazi, il est tout de suite l’homme des basses œuvres participant à l’assassinat du communiste Walter Kadow. Condamné à dix ans de prison en 1924 mais libéré 4 ans plus tard il rejoint les Artamans de Willibald Hentschel, qui se voulaient ” une communauté chevaleresque de combattants allemands sur la terre allemande” défendant une vision pastorale idéalisée du peuple allemand. C’est là que Rudolf Höss rencontre sa future épouse ainsi que Heinrich Himmler. En juin 1934, il intègre les SS et cinq mois plus tard il arrive au camps de Dachau. « Membre modèle de la SS », Höss est promu Rapportführer, premier adjoint du commandant du camp, puis il est nommé lieutenant et transféré à Sachsenhausen, en tant que chef de la garde.

Auschwitz
Auschwitz

Le 27 avril 1940 Himmler donne son accord à l’ouverture d’un camp à Auschwitz dont la création et le commandement sont confiés à Rudolf Höss. Les méthodes du nouveau commandant se résument à une stratégie en deux temps : le travail forcé et la brutalité. Si les évadés, le plus souvent des Polonais, ne sont pas repris, Höss fait interner leur famille ou fait sélectionner dix détenus du bloc dont provient l’évadé pour les laisser mourir de faim dans les caves du bloc 11, la prison du camp. On estime aujourd’hui le nombre de personnes assassinées à Auschwitz par Rudolph Höss à  1 100 000 dont 1 000 000 de juifs le plus souvent par gazage. Les corps furent ensuite incinérés. Höss, fonctionnaire dévoué et volontaire a tout fait pour faire croire à sa hiérarchie, puis à ses juges, que son taux de réussite était supérieur… Au procès de Nuremberg il affirmait, fier comme artaban, que c’étaient 2 500 000 personnes dont il avait consciencieusement organisé l’extermination…  Arthur Seyss-Inquart, estimera que ce témoignage démontrait que s’ “il existe une limite au nombre de gens que l’on peut tuer par haine ou par goût du massacre, […] il n’y a pas de limite au nombre de gens que l’on peut tuer, de manière froide et systématique, au nom de l’impératif catégorique militaire“… ou administratif !

Hoss pendu
Hoss pendu

La suite de l’histoire pourrait presque relever du rocambolesque.  Höss est à Flensburg au moment de la capitulation. Déguisé en marin, il est arrêté et interrogé par des soldats britanniques qui le relâchent. Ce n’est qu’après la libération du camp de Bergen-Belsen et l’interrogatoire de survivants, que les Britanniques prennent conscience de l’importance de Höss . Hedwig, son épouse, est arrêtée le et menacée d’une déportation en Sibérie avec ses enfants : elle révèle alors la cachette de Höss qui est capturé le . Cité à comparaitre au procès de Nuremberg comme témoin, il est remis au autorités polonaises qui le condamnent à mort. Il est exécuté par pendaison le , près du crématorium du camp d’Auschwitz.

Aujourd’hui, Rainer Höss reste un homme traumatisé par le passé de sa famille. Il s’interroge depuis son adolescence sur la manière de vivre quand on est le petit fils de l’un des plus grands meurtriers de masse de l’histoire. Un bourreau qui a, jusqu’au bout, a assumé ses actes et sa folie provoquant même l’effarement de Goering et Donitz pendant le procès de Nuremberg. La tante de Rainer, fille du bourreau a trouvé sa part d’apaisement. Sortie du silence en 2013 à l’âge de 80 ans, elle a survécu dans le déni le plus aveugle. Élevée dans le cadre cossu d’une résidence bourgeoise et confortable à quelques pas du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz, elle en garde le souvenir d’une vie familiale et d’une enfance … heureuses…

De l’âge de 7 ans à 11 ans elle vivait donc à Auschwitz avec du personnel, les prisonniers du camp, et une jolie maison décorée avec gout grâce aux meubles et objets d’art volés aux prisonniers sélectionnés par la SS. Depuis une des fenêtres de leur villa, ils pouvaient même voir le bloc des prisonniers et le crématorium.  Ce dont cette femme se souvient essentiellement (avec tendresse) ce sont les visites qu’elle rendait aux chevaux et aux bergers du camp. De son père, elle garde le souvenir de « l’homme le plus merveilleux au monde … forcé » de faire des choses affreuses car sa famille était menacée. Nous étions menacés s’il ne le faisait pas. Et il était un parmi des milliers de SS. Il y avait les autres qui l’auraient fait à sa place s’il refusait de le faire. »

Elle conclu son dernier entretien par une question laissée sans réponse à ses yeux …  « Comment peut-il y avoir tant de survivants si tant d’autres ont été tués ? »

Rainer Hoss a probablement raison “Nous ne devons jamais oublier notre passé, peu importe combien ça fait mal. Car lorsqu’on oublie, l’histoire se répète.”

 

 

 

 

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