En Espagne, le roi rend les armes et tourne une page de l’Histoire monarchique

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Le nouveau roi d'Espagne Philippe VI
Le nouveau roi d’Espagne Philippe VI

C’était il y a un peu moins d’un an, en juillet 2013, alors que s’annonçait l’abdication du Roi des belges, Albert II, j’écrivais ces quelques lignes  : “Les souverains européens du XXIème siècle sont à l’image de leurs peuples, vieillissants.  Pour faire face à cette situation qui allonge sans cesse les règnes et coupe les souverains de la jeunesse, les rois et reines d’Europe ont trouvé la parade : l’abdication !

Il est vrai que les sept monarchies constitutionnelles européennes sont frappées l’une après l’autre par cette décision de souverains souvent vieillissants et parfois contestés. En 2000 le Grand Duc Jean du Luxembourg âgé de 79 ans abdiquait en faveur de son fils, le Grand Duc Henri, aujourd’hui âgé de 59 ans.  Aux Pays Bas, c’est le 30 avril 2013 que la reine Beatrix (75 ans) a abdiqué en faveur de son fils Willem-Alexander (46 ans). Le roi Albert II à cédé le pouvoir à son fils, le désormais roi Philippe le 21 juillet dernier. D’autres monarques semblent s’accrochent un peu plus à leurs trônes et cela notamment au Royaume-Uni où Elisabeth II (88 ans)  fête aujourd’hui même, la couronne bien vissée sur sa tête et ce au grand désespoir du Prince Charles, jeune héritier de 66 ans, le 61ème anniversaire de son couronnement…

A Madrid, c’est Juan Carlos Ier,  76 ans, qui règne depuis un peu moins de 38 ans .L’homme autrefois adulé par son peuple, champion de la démocratie et de la justice est aujourd’hui regardé comme un vieil homme à la tête d’une famille et d’un système gangrenés par la corruption et la médiocrité. Le restaurateur de la monarchie se muait peu à peu en fossoyeur de l’institution et de la dernière couronne portée par un Bourbon. C’est donc ce matin, jour anniversaire du couronnement de la reine anglaise et prenant de cour tous les médias espagnols que le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a convoqué de toute urgence les médias du pays pour faire devant eux une « déclaration institutionnelle ». L’abdication du roi d’Espagne Juan Carlos Ier en faveur de son fils Felipe a été annoncée à cette occasion.

Le prince Juan Carlos avec Francisco Franco à Madrid le 10 juin 1971. (Photo AFP)
Le prince Juan Carlos avec Francisco Franco à Madrid le 10 juin 1971. (Photo AFP)

Dans la journée, le souverain Juan Carlos a pris la parole à la télévision et à la radio pour une dernière déclaration empreinte d’émotions qui viendra clore 38 ans de règne. Selon la presse la décision de cette abdication aurait été prise en janvier pour des “raisons politiques” a-t-on appris d’une source proche de la famille royale. “Il abdique du fait des nouveaux défis en Espagne parce qu’il pense qu’il est nécessaire de laisser la place à la nouvelle génération”, explique cette source. Le chef du gouvernement Mariano Rajoy et le leader de l’opposition Alfredo Perez Rubalcaba auraient été informés de cette décision en avril, mais la révélation de l’information aurait été différée pour ne pas troubler les élections européennes du 25 mai dernier.

On sait que le Roi personnifiait désormais le désamour du peuple espagnol pour cette monarchie constitutionnelle qui est son œuvre personnelle. Souvenez vous, après la guerre civile espagnole, le dictateur Franco a réuni Jacques et Jean, les deux fils survivants du dernier roi d’Espagne Alphonse XIII et leur expliqua qu’aucun des deux ne monterait jamais sur le trône d’Espagne car il avait choisi comme successeur le fils de Jean (le cadet) qui prendra le nom de Juan Carlos Ier. Ce destin qui nait sous la férule du dictateur, Juan Carlos saura le tordre pour ne pas céder aux tentations suicidaires du pouvoir personnel. Le Monde raconte “Si à la mort de Francisco Franco, le 20 novembre 1975, Juan Carlos est au pied du trône par la volonté du caudillo, en réalité, pour lui, à ce moment là, rien n’est écrit. Tout le monde ou presque le tient pour une marionnette. Le vieux dictateur croyait avoir laissé le pays « attaché, et bien attaché ». L’illusion ne tiendra pas plus de quelques mois. Car pendant les six années de la transition démocratique, Juan Carlos jouera un rôle décisif. Il exercera véritablement le pouvoir, tendant la main à l’opposition, endormant les piliers du régime par de bonnes paroles, cajolant les militaires… et s’inventant un règne. Dans ce pays de républicains et de caudillistes, d’espagnolistes et de nationalistes catalans et basques, de catholiques et d’anticléricaux, où les royalistes sont finalement depuis longtemps la catégorie politique la moins active et la plus divisée, il réussit le tour de force non seulement de réinstaller la monarchie, mais en plus de la rendre populaire.” (pour lire l’excellent article du Monde suivez le lien).

en 1981 Juan Carlos intervient à la télévision pour condamner une tentative de coup d'état militaire
en 1981 Juan Carlos intervient à la télévision pour condamner une tentative de coup d’état militaire

Aujourd’hui la monarchie est contesté d’abord à cause du scandale judiciaire qui frappe sa fille cadette, Cristina, 48 ans, mise en examen pour fraude fiscale et blanchiment d’argent, et son époux, Iñaki Urdangarin, soupçonné de corruption mais aussi à cause de la luxueuse partie de chasse à l’éléphant du printemps 2012 au Botswana, qui serait restée secrète si le roi n’avait pas été rapatrié d’urgence après une chute et qui avait choqué les Espagnols plongés dans la crise brisant l’image de simplicité de la famille royale. Juan Carlos ne voulait pas quitter le pouvoir mais il s’y résout et s’est probablement un déchirement comme celui qu’avait connu son propre père Don Juan, renonçant à ses propres droits pour garantir le trône des Bourbons.

Depuis le XIVème siècle, les rois d’Espagne ne sont plus sacrés mais proclamés. C’est ainsi que le Prince des Asturies sera proclamé roi devant les Cortès générales après avoir prêté serment de remplir fidèlement ses fonctions, d’observer et de faire observer la Constitution et la loi et de respecter les droits des citoyens et des communautés autonomes. C’est alors que débutera le règne de Philippe VI, Roi d’Espagne, roi de Castille, de León, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Séville, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaén, de l’Algarve, d’Algésiras, de Gibraltar, des îles Canaries, des Indes orientales, des Indes occidentales, des îles et continent de l’Océan ; archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, du Milan, d’Athènes et de Néopatras ; comte de Habsbourg, des Flandres, du Tyrol, du Roussillon, et de Barcelone ; seigneur de Biscaye et de Molina….

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