Le rêve fané des souverains Hachémites : Faycal al-Hachimi la conquête de l’indépendance irakienne (2)

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la délégation de Faycal à Versailles
la délégation de Faycal à Versailles

La dynastie Hachémite est probablement l’une des plus importantes du monde arabe. Elle porte les rêves et le désespoir de peuples qui se voudraient « un » mais qui se trahissent eux mêmes quand ils ne sont pas bernés par la communauté internationale et plus particulièrement occidentale. Dans la première partie nous sommes revenus sur le destin hors norme de Hussein Ibn Ali dont les rêves de grandeurs et de pouvoir ont mis fin à la domination de sa famille sur les lieux saints de l’Islam et notamment La Mecque qu’elle dirigeait depuis le Xème siècle.

Le chérif Hussein perd La Mecque en 1924. Un an plus tard son fils ainé, Ali est chassé de Médine et perd de ce fait le titre éphémère inventé pour son père de roi du Hedjaz. Hussein avait quatre fils : outre l’ainé Ali, il y avait Abdallah qui régnait sur la Transjordanie à compter de 1921, Faycal qui règne sur la Syrie puis l’Irak et Zeid qui devait initialement régner sur la Syrie mais qui restera Prince toute sa vie… c’est probablement ce qui lui permit de vivre longtemps et de mourir de sa belle mort à 72 ans en exil à Paris.

L’éphémère roi de Syrie

Dans cette fratrie, Faycal est un prince à part. Né en 1885 à La Mecque, c’est lui qui dirige pour son père de 1916 à 1918, la grande révolte des Arabes contre les Turcs ottomans avec le colonel anglais T.E. Lawrence. Il est le symbole politique et vivant du nationalisme arabe qu’il incarne au congrès de Versailles où il est le seul représentant des futurs pays arabes. Dès 1915 Faycal s’est rendu en Syrie pour rencontrer les sociétés secrètes de Damas qui rêvent d’indépendance. Très rapidement il devient au yeux des militants de la région, l’homme providentiel, qui porte l’espoir d’une liberté à portée de main. Au terme de la guerre, en septembre 1918, convaincu que le soutien qu’il a accordé pendant la guerre aux Anglais sera récompensé par un soutien réciproque pour la création d’un État arabe constitué essentiellement de la Syrie, Faycal fait prendre Damas par son armée et se proclame Émir de Syrie avant de rejoindre la conférence de paix de Versailles où il représente son père.

Isolé et quelque peu méprisé par les autres vainqueurs, Faycal réalise bien vite que les efforts consentis par les arabes ne seront pas récompensés. Georges Clemenceau  ne cache pas au jeune émir sa volonté d’établir une zone d’influence française au Liban et en Syrie. Sachant pertinemment qu’il ne pourra résister à la puissance militaire conjointe de la France et de l’Angleterre, il accepte la mise en place d’une occupation militaire française du Liban et des zones côtières syriennes jusqu’à Alexandrette. A son retour, il est désavoué par les chefs de tribus qui contestent avec force la présence de la France. Le 7 mars 1920, le Congrès national syrien  vote l’indépendance de la Syrie et son unité intégrale avec la Palestine et la Transjordanie, et proclame l’émir Fayçal  « roi constitutionnel » du Royaume arabe de Syrie sous le nom de Fayçal Ier. Privée de ce quelle considérait comme un pion sur son échiquier, la France ne s’en laisse pas compter et débarque son armée qui livre bataille le 24 juillet 1920 dans la vallée de Mayssaloun, près de la frontière actuelle du Liban et de la Syrie à  l’armée arabe menée par Youssef al-Azmeh, ministre de la guerre de Faycal. L’armée syrienne est écrasée et les français prennent Damas que Faycal a fuit pour Bagdad où il se place sous la protection de l’Angleterre.

La conquête de l’indépendance irakienne

Le roi Faycal Ier d'Irak
Le roi Faycal Ier d’Irak

Quelques mois plus tôt, en avril 1920, la Société des Nations avait confié un mandat au Royaume-Uni pour administrer la Mésopotamie qui devait devenir l’Irak. Les anglais estiment alors que Faycal est le compromis idéal pour diriger en leur nom ce nouveau territoire. Il garde l’image et la légitimité du libérateur mais il est suffisamment affaibli par son pitoyable règne syrien pour ne pas causer de trouble à la pax britannica ! Le 23 aout 1921, Faycal, ancien roi de Syrie est proclamé premier roi d’Irak. Sur ce trône, protégé par les soldats britanniques, il pourra enfin développer sa propre stratégie de marche vers l’indépendance. Une stratégie de petits pas et de grandes compromissions qui visait à faire comprendre aux britanniques qui valait mieux avoir un état indépendant serviable et soumis qu’une  colonie éructante et révoltée …  Cette stratégie fonctionna à merveille et alors que la France se débattait avec les révolutions syriennes à répétition, l’Angleterre accompagnait l’Irak vers l’autonomie puis l’indépendance tout en profitant exclusivement de ses richesses.

Dès son avènement, le souverain est placé sous le contrôle d’un Haut-commissaire britannique. Tous les conseillers politiques sont britanniques et l’armée irakienne est sous formation et contrôle direct du Haut-commissaire. Pendant ce temps, le roi Fayçal Ier travaille à l’unité d’un pays divisé entre sunnites, chiites et kurdes. Il s’appuie sur un développement rapide de l’éducation pour assurer une unité nationale face aux traditions féodales. La nouvelle classe dirigeante est composée d’Arabes sunnites, proches du souverain et originaires comme lui du Hedjaz ou de Syrie. Le royaume doit dès sa création affronter des révoltes religieuses et nationales qui résonnent étrangement à nos oreilles en 2014. Les Kurdes se soulèvent au Nord en 1921 suivis par les chiites du Sud en 1924. Faycal et les Britanniques écrasent ces révoltes et assoient l’autorité sunnite sur le pays, une autorité qui ne sera plus remise en cause jusqu’à l’intervention américaine en 2003.

Le 10 octobre 1922, Faycal obtient la fin du mandat britannique sans pour autant que soit reconnue la pleine souveraineté du pays. Les pouvoirs du Haut-commissaire britannique se limitent désormais à la politique étrangère et à “toute affaire concernant les intérêts britanniques”. Le 21 mars 1925, l’Irak adopte sa première Constitution, et institue officiellement une monarchie constitutionnelle, où le souverain, chef de l’État et commandant des armées, conserve de larges pouvoirs et en 1927 Faycal fixe à 1932  la pleine indépendance de son Etat et son adhésion à la SDN. En échange, en 1930, Faycal délègue aux britannique une autorité pleine et entière sur l’Iraq Petroleum Company fondée en 1928. Il nomme par ailleurs Nouri Saïd, soutien indéfectible de Londres premier ministre. Les Britanniques obtiennent enfin le maintien de toutes leurs bases militaires. Le 3 octobre 1932, l’Irak est admis au sein de la SDN et devient pleinement indépendant de droit. Faycal est seul maitre à bord … pour 11 mois.

Faycal se rend à Londres en Juillet 1933 pour discuter avec son incontournable allié des tensions communautaires qui éclatent régulièrement dans son pays et pour protester contre  l’arrivée de juifs en Palestine qui fragilisent le trône de son frère ainé en Transjordanie. Le 8 septembre 1933, alors qu’il fait son check up médical annuel à Bern en Suisse, le souverain de 48 ans, apparemment en bonne santé, s’effondre victime d’une crise cardiaque. Le refus de procéder à une autopsie lance les premières rumeurs de mort suspecte et nourrit la légende noire d’une dynastie en sursis.

à suivre : Ghazi et Faycal, la dynastie ensanglantée (3)

 

2 thoughts on “Le rêve fané des souverains Hachémites : Faycal al-Hachimi la conquête de l’indépendance irakienne (2)

  1. Une pensée me dit que nous payons encore et encore nos choix d’hier.
    En fait, nous ne réglons jamais rien! Les autres articles de ton blog sur la construction des pays au travers de la colonisation Britannique et Française, nous démontre bien cet état de fait.

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