pour que nous restions amis je vais devoir vous virer de Facebook !

Share
images
l’amour facebookien

Hermann Kallenbach écrivait à à son très cher ami Gandhi “Si le monde entier vous abandonne, je ne vous quitterais jamais, et nous continuerons d’avancer jusqu’aux extrémités de la terre, à la recherche de la vérité.” Quelle autre définition de l’amour peut on donner que celle ci, cette promesse d’éternité que rien ne saurait venir ternir ?

Tous les adolescents du monde ont écrit ou prononcer de tels mots. A une époque pas si lointaine, ne vous en déplaise, on prononçait des vœux d’éternité cachés derrière un rocher en plein soleil estival. On crachait, on saignait et nos substances biologiques donnaient, croyait on, plus de forces aux sentiments et aux promesses … mais qu’est ce que l’éternité quand on a 10 ans ?

Dans son dernier livre, La Nuit de Maritzburg, Gilbert Sinoué conte par le détail les sentiments éternels qui liaient le Mahatma Gandhi à Hermann Kallenbach. Il l’entame ainsi : “Ce livre est dédié à l’amitié. Un homme qui possède un ou deux amis est un homme riche. J’ai le bonheur d’être millionnaire. Ceux qui m’ont soutenu dans mes moments de tempête se reconnaîtront. Je pourrais citer leur nom, mais je ne le ferai pas, non pour offenser leur pudeur, mais de peur qu’on me les vole“. En lisant ces mots j’ai repensé immédiatement à ce projet de post qui tourne dans ma tête depuis quelques semaines déjà. Écrire sur l’amitié sincère, l’amour gratuit, comment il se gagne, se perd et se trahit.

J’ai longtemps cru être millionnaire tel Gilbert Sinoué avant de réaliser que ma richesse était plus dans la qualité de ceux que j’ai la chance de compter comme “amis” que dans le nombre de ces derniers. Il y a en cela un outil terrifiant : Facebook.

Dans l’ancien temps, celui où l’on se visitait et où l’on parlait; celui où l’on ne likait pas mais où l’on se serrait dans les bras pour se féliciter d’un heureux évènement, il m’était déjà arrivé de perdre des amis. Parfois l’on pouvait se fâcher. Souvent l’on se perdait de vue du fait des aléas de la vie, des déménagements, de l’éloignement. J’ai toujours mal vécu ces changements non pas de vie mais de sentiments. Même si ce n’est qu’une fois par an, j’étreins toujours avec un immense bonheur le grand gaillard parti vivre tranquillement au bord de sa piscine dans le Sud de la France et qui partageait du temps de nos études bordelaises chaque jour, chaque joie et chaque peine. Je ne peux me contraindre à être un oublieux malgré les aléas de la vie. Parfois donc il faut se soumettre à la réalité des autres, de cette gamine devenue maman qui partageait chacune de vos heures et qui du jour au lendemain vous reconnait à peine … c’est elle qui vous apprend à dire “adieu” et qui s’en surprend dans un dernier réflexe de souvenirs radieux.

Puis est venu le temps de Facebook, des jolies cases et des annonces publiques. Vous pouvez enfin jeter à la face du monde votre bonheur tout en cherchant à dissimuler sous une tonne d’humour sarcastique vos déconvenues. Les preuves d’amour y sont aisées : je t’ajoute, je te like, je te commente, je te publie … je te partage … La vie est belle et facile comme un clic de souris.

Vos amis deviennent un groupe où chacun se mélange, s’ajoute, se like, se commente, se publie et se partage encore et encore … Au gré d’une soirée, ceux qui ne se connaissaient pas ne partagent plus leur numéros de téléphone mais vont ensuite piocher dans vos contacts celles et ceux qu’ils ont appréciés et peu à peu la toile de l’araignée se tisse et le piège se referme. Mon regard inquisiteur fut alerté pour la première fois il y a quelques années déjà… Vous rencontrez une personne qui n’a aucun lien avec vos amis, vous l’invitez une ou deux fois et vous découvrez au bout de 6 mois qu’elle est désormais amie avec 25 % de vos contacts Facebook incluant les collègues de travail, les potes de soirée ou les amis d’enfance … une véritable opération de vampirisation de votre carnet d’adresse qui vous fait dire que finalement vous devez avoir des amis très sympas !

Alors bien sur les choses se compliquent quand vous vous fâchez avec l’un de ces amis. Ce sont des choses qui arrivent et il n’y a pas de quoi se mettre martèle en tête : vous supprimez son numéro qui ne vous sert plus à rien, vous le supprimez de vos réseaux sociaux et vous l’oubliez … sauf que bien sur … cet ancien ami est devenu l’incontournable pote de votre vampire préféré … et ainsi sans que vous ne puissiez rien faire il va réapparaitre jour après jour sur votre fil avec des photos, des commentaires, des “lol” et des “kikous” difficiles à éviter à moins de purement et simplement se fâcher avec le vampire lui même. Vous supportez donc en silence, c’est ça aussi le cout de l’amitié version facebook !

Tout cela finalement n’est rien tant que n’est pas venu le temps des tempêtes. Quand votre vie un beau matin est renversée comme un plateau de Risk et qu’en un coup de dés vous vous trouvez à devoir compter les soutiens au milieu des regards fuyants. Qui finalement n’a jamais connu son Trafalgar amoureux, familial ou amical ?

Avant, c’est à dire avant Facebook, quand un couple se séparait, les belligérants se partageaient de plus ou moins bonne manière les petites cuillères, l’électro ménager et les amis communs. Chacun était venu avec ses amis et repartait avec alors qu’une sorte d’accord tacite permettaient aux amis découverts “ensemble”  de virevolter entre les deux parties sans jamais faire état de ce genre de relations auprès de l’autre. Le mystère et les silences favorisaient la cicatrisation et permettaient aux pages de se tourner avec délectation. Aujourd’hui, les agents doubles de l’amitié, les fidèles aux deux parties ont la tâche plus rude et se lamentent en silence sur le dur labeur qui est le leur de devoir gérer les couples séparés sans jamais faire de choix. Parce que voyez vous, avec facebook il n’est pas possible de se cacher ou de préserver son intimité. On peut “ne pas dire” mais on empêche rarement les autres d’agir !

Alors bien sur on peut fermer les yeux et se dire que chacun fera avec sa propre sensibilité et que les mécontents ou les blessés iront soigner leur fragilité ailleurs… Il me semble pour ma part que c’est justement dans ces moments là que Facebook démontre son utilité. Le site permet de préserver l’apparence d’une amitié quand il n’y a plus rien. Il révèle le néant de certaines relations et démontre la force, la vigueur des autres, les vraies. Il y a certaines bonnes nouvelles que vous likez entre deux cafés et d’autres qui vous font sourire au point de vouloir serrer contre votre cœur, un vacancier et son invité mystère, un obsessionnel morlaisien, de jeunes parents et leur petit “ange”, de nouveaux mariés qui sont autant mignons à Paris qu’à Paros, des Pacsés aux yeux jubilatoires qui ont intérêt à fêter cela dignement, des diplômés dont l’un me doit une résumé précis du Piketti, des aventuriers de l’autre bout du monde qu’on a hâte de rejoindre pour des vacances de rêves… En fait nous devrions tous avoir deux facebook : celui pour les gens qu’on aime et celui pour ceux qu’on a aimé.

 

4 thoughts on “pour que nous restions amis je vais devoir vous virer de Facebook !

  1. via facebook : bof facebook ne fait que mettre en exergue les travers humains, j’ai connu des vampires bien avant les réseau sociaux, consolé des potes dont les “amis” étaient tous parti consoler l’ex un soir de rupture (avant que, n’ayant rien appris il me fasse le coup quelques années plus tard)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *