Dans la ligne de mire : le syndrome GPA

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Voyage en absurdie
Voyage en absurdie

Alors que la France plonge chaque jour davantage dans le pessimisme et la bile institutionnelle, on pouvait espérer de nos hommes et femmes politiques un tantinet de hauteur, un soupçon de conscience et un filet d’intérêt général. On pouvait croire, parce que nous sommes d’insupportables optimistes, que certains parmi eux seraient capables de se mettre à gérer les questions cruciales qui se posent à notre pays : la recherche de la croissance, la lutte contre le chômage, contre la pauvreté endémique, contre les injustices, la chasse aux gaspillages budgétaires, la modernisation de l’économie, la reconstruction de notre système éducatif ou la préservation de notre environnement et j’en passe parce que faire de la politique, au sens propre du terme c’est à dire, se plonger dans la gestion des affaires publiques, ressemble plus de nos jours aux 12 travaux d’Hercule qu’à autre chose.

Nous pouvions avoir cet espoir tout en sachant au fond de notre cœur que faire de la politique aujourd’hui c’est justement fouler aux pieds ce genre d’espérances.

Alors que les factieux de la droite réactionnaire s’apprêtent à nous ressortir leurs fanions ridicules pour remonter une fois de plus les belles avenues parisiennes, de la porte Dauphine (haut lieu de la prostitution pour bourgeois en mal de sensations fortes) à la Gare Montparnasse (pour faciliter le retour dans leurs propriétés provinciales de ces manifestants d’un nouveau genre) on se dit que décidément ce pays est entrain de péter un plomb. Alors même que tout le pays est en crise et que Marine se frotte les mains, la classe politique dite républicaine n’a plus qu’une obsession en deux acronymes : PMA, GPA… Je ne reviendrai pas sur le fond de ces sujets déjà maintes et maintes fois évoqués ici même mais plutôt sur l’usage politique qui en est fait encore et encore et encore et encore jusqu’à la nausée !

La GPA ou Gestation Pour Autrui, à l’exception notable d’une partie des Verts, toute la classe politique s’accorde à expliquer qu’elle ne doit pas s’appliquer en France, du Parti communiste au FN en passant par le PS, l’UMP, l’UDI, le Modem ou le Parti radical de Gauche … la GPA est donc un NON SUJET politique, personne n’en veut mais tout le monde en parle même le Premier ministre qui va dans La Croix nous expliquer que “la GPA est et sera interdite en France” … C’est presque du Verlaine  ce savant mélange de présent et de futur comme pour marquer sa détermination à ne rien faire car faire ce qui est déjà réalisé c’est bien … ne rien faire … et qu’il se rassure, nous ne doutions pas des compétences de son Gouvernement en la matière.

La vérité c’est que le sujet n’est pas et n’a jamais été (ca fait deux ans que je le répète) d’autoriser la GPA en France et pour cause tout le monde est contre ! Par contre, et c’est le fond du problème, la question posée est : que faire des enfants nés sous GPA à l’étranger et notamment aux Etats-Unis ? C’est bien ça la vraie question qui se pose pour des milliers d’enfants privés, dans notre pays, de nationalité, d’autorité parentale, de droit à hériter ou plus prosaïquement de sécurité sociale ou de droit à l’éducation… que faire de ces enfants qui sont des sans papiers alors que au moins l’un de leurs parents biologiques est de nationalité française. Que faire de ces enfants qui sont factuellement nés français mais qui sont transformés en apatrides par le droit de la République et qui ont finalement en France moins de droit qu’un étranger… C’est l’objet de la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui a estimé que le refus des autorités de transcrire des actes de filiation réalisés aux États-Unis à la suite de naissances par mère porteuse portait atteinte à l’identité des enfants. Elle a en outre estimé qu'”interdire totalement l’établissement d’un lien de filiation entre un père et ses enfants biologiques” était “contraire” à la convention européenne des droits de l’Homme. Là encore elle s’est bien gardée de se prononcer sur l’usage de la GPA en France considérant que rien n’empêchait la France d’interdire cette pratique sur son territoire.

Face à cela Manuel Valls, Premier ministre de “Gauche” et donc héritier de Jaurès, Mitterrand et Mendès France a encore eu une idée qu’il juge brillante : on va rien faire chez nous mais on va changer la législation des autres pays … de la part d’un homme incapable de faire voter ses réformes par sa propre majorité ce pourrait être risible s’il ne s’agissait du chef du gouvernement français !

L’idée c’est de promouvoir “une initiative internationale qui pourrait aboutir, par exemple, à ce que les pays qui autorisent la GPA n’accordent pas le bénéfice de ce mode de procréation aux ressortissants des pays qui l’interdisent“. En d’autres termes c’est d’obtenir de chacun des Etats autorisant la GPA aux Etats-Unis qu’il modifie sa loi pour interdire son application au bénéfice de citoyens français … Concrètement chacun comprend bien que c’est irréalisable voire même complètement stupide. Par exemple qu’en est il des citoyens disposant de la double nationalité franco américaine ? Ils y ont droit parce qu’ils sont américains ou il n’y ont pas droit parce qu’ils sont français ? Sur le fond maintenant, l’établissement de liens de filiation est il à ce point dangereux et mortel pour notre société qu’on lui applique des règles qui n’ont aucun équivalent en droit? Personne n’a jamais demandé à la ville d’Amsterdam d’interdire l’accès aux citoyens français des coffee shops où l’on consomme légalement de la drogue ou aux bars à putes où l’on a des pratiques sexuelles tarifées tout à fait légalement … Personne n’a jamais imaginé un système où s’appliquerait  à un étranger en France la loi de son pays d’origine … Va t’on ainsi interdire l’accès aux bars aux saoudiens ou obliger leurs femmes à porter le voile dans les rues de Paris ? Va t’on bloquer l’accès à Facebook aux chinois en visite à Paris parce que c’est interdit à Pékin?

Quand un Premier ministre est capable de sortir de telles âneries 48h avant le retour de la Manif Pour Tous afin de donner des gages de bonne conduite à ce que la droite compte de plus réactionnaire, je me demande ce que ce sera quand le gouvernement ne sera plus “socialiste”…

Pour mémoire et se marrer un coup voici le texte de l’entretien que Manuel Valls alors candidat aux primaires socialistes accordait en 2011 au magazine Tetu : “Aujourd’hui, les nouvelles techniques permettent cette gestation pour autrui, et il y a des possibilités d’y recourir légalement dans des pays voisins. De ce point de vue, je considère que cela doit concerner toute forme de couples, mais il faut qu’il y ait des règles précises qui encadrent la GPA, car elle soulève de nombreuses interrogations. Le droit à l’enfant ne peut ni remplacer ni primer sur l’intérêt de l’enfant. Je considère que le débat intellectuel, philosophique concernant la famille n’est pas un débat anodin, et qu’on a intérêt à le mener jusqu’au bout. Car la GPA repousse les barrières qui encadrent la procréation assistée, et il y a le problème de la transaction financière avec des femmes souvent pauvres. Je comprends que certains au PS aient peur d’une dérive vers une marchandisation du corps des femmes qui pourrait se révéler immaîtrisable. Mais au-delà de ces précautions, c’est une évolution qui est incontournable, à condition qu’elle soit encadrée. Contrairement à ce que disent ceux qui sont par principe hostiles à la GPA, je crois que si celle-ci est maîtrisée, elle est acceptable, et j’y suis donc favorable. À terme, je suis favorable à une évolution législative, mais contrairement au mariage, ce n’est pas la position du PS.

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