Le rêve fané des souverains Hachémites : Abdallah de Jordanie (4)

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Fayçal, fils de l’ambitieux et malchanceux Hussein Ibn Ali (1), avait perdu le trône de Syrie mais conquis la très glorieuse couronne mésopotamienne en devenant roi d’Irak, pays qu’il sut conduire avec patience jusqu’à l’indépendance (2). Mort d’une crise cardiaque à 48 ans, il laissait le trône à son fils Ghazi, jeune prince autoritaire et ambitieux de 21 ans qui mourra de manière inattendue et opportune d’un point de vue britannique 6 ans plus tard quand éclate la seconde guerre mondiale. Son fils, Faycal verra ses rêves et sa vie s’éteindre dans une rafale de pistolet automatique qui emporte toute la famille royale le 14 juillet 1958 (3).

Le coup d’état irakien extermine les lignées d’Ali et de Fayçal, les deux fils préférés d’Hussein Ibn Ali. Du rêve d’hégémonie pan arabique des Hachémites ne subsiste que le royaume de Jordanie dont a hérité le second fils dans l’ordre chronologique, Abdallah.

Abdallah Ier proclamant l'indépendance de la Jordanie
Abdallah Ier proclamant l’indépendance de la Jordanie

En 1921, alors que son père, devenu roi du Hedjaz, rêve du titre de Calife et que son jeune frère Fayçal a été chassé de Damas par les Français mais accueilli à Bagdad par les Anglais, le Prince Abdallah devient émir de Transjordanie, soit des terres jordaniennes se situant à l’Est du Jourdain. Toutes celles à l’Ouest (Cisjordanie) relèvent du mandat britannique sur la Palestine et donc sur le Foyer national Juif. En 1925, alors que Hussein et son fils ainé Ali sont chassés du Hedjaz par la dynastie Saoudienne, ils parviennent à préserver deux territoires : le district de Maan et Aqaba qu’ils offrent à l’Emir Abdallah pour qu’ils soient intégrés à son royaume … lui garantissant ce faisant son seul accès à la mer ! Abdallah a déjà 39 ans quand il prend le titre d’Emir. Il applique pendant toutes ces années une stratégie de fidélité absolue au grand frère britannique transformant sa cour en refuge pour tous les membres de sa famille chassés de leurs propres capitales.L’armée britannique constitue en 1920 une armée arabe organisée au sein de l’émirat arabe de Transjordanie, « la Légion arabe », dont le contrôle est progressivement transféré à l’émirat. Elle participe à la répression d’une tentative de coup d’état dans l’Irak Hachémite et à toutes les batailles de la seconde guerre mondiale aux côtés des troupes britanniques. Le 25 mai 1946, la patience et la loyauté de l’Emir sont enfin récompensées. L’Angleterre reconnait l’indépendance de la Transjordanie qui devient le Royaume hachémite de Jordanie avec à sa tête non plus l’Emir, mais le Roi Abdallah Ier.

Abdallah a une vision politique très différente du reste de sa famille. Il ne croit pas un instant en la volonté des peuples arabes à s’unir et se méfie profondément de ses voisins quand ils ne sont pas membres de sa famille. Il sait et comprend que son royaume n’a pas grand-chose à craindre de l’Israël qui nait mais plutôt de la Syrie et de l’Arabie Saoudite. Secrètement il rêve comme son père d’une grande nation, non pas arabe ou musulmane mais hachémite. Il souhaite à terme unir sous sa couronne les deux Jordanies, la Syrie et le Liban. Modéré à l’égard de l’Occident et des juifs, Abdallah soutient la Commission Peel de 1937, qui proposait que la Palestine soit divisée en un petit État juif et que le reste des terres soit intégré à la Transjordanie. On comprend bien que toute la politique d’Abdallah est tournée vers l’expansionnisme de son royaume et pas du tout vers un pan arabisme identitaire et nationaliste.

 En 1947, lorsque l’ONU décide la partition de la Palestine en un État juif et un État arabe, Abdallah est le seul dirigeant de la région à appuyer la résolution car il sait pertinemment que cette partition non négociée et non acceptée mènera à la guerre et lui offrira l’opportunité de se saisir de cet Etat arabe inventé de toutes pièces : la Palestine. De 1946 à 1948, le Roi de Transjordanie négocie secrètement avec les représentants de l’Agence juive. Il propose dans un premier temps d’intégrer tout le foyer juif au royaume Hachémite avec une autonomie avancée et une représentation spécifique à son Parlement. Devant le refus de ses interlocuteurs il propose de faire mine de s’allier avec les autres puissances arabes pour exterminer Israël mais limite ses conquêtes à la Cisjordanie pour réunifier son royaume. Tout en préparant la guerre, il scelle donc un pacte secret avec Israël qui dispose que la
« Légion arabe » ne livrerait aucun combat delà des frontières occidentales de la Cisjordanie. En échange, Israël ne contesterait pas l’annexion du territoire cisjordanien à son royaume. Abdallah préfère de loin avoir pour voisin un Etat Juif à un Etat palestinien dirigé par le mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini

Le 25 mai 1951, moins de deux mois avant son assassinat, le roi Abdallah passe en revue La légion arabe, à sa gauche se trouve le Prince Hussein bin Talal, son petit fils.
Le 25 mai 1951, moins de deux mois avant son assassinat, le roi Abdallah passe en revue La légion arabe, à sa gauche se trouve le Prince Hussein bin Talal, son petit fils.

C’est exactement ce qui arriva. Les forces de la Légion arabe écrasèrent les résistances israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem Est puis se contentèrent de maintenir leurs positions. Le 24 janvier 1949, le roi Abdallah annexe la Cisjordanie et Jérusalem-Est et signe le 3 avril un accord d’armistice avec Israël. Le royaume de Transjordanie devient le Royaume Hachémite de Jordanie. Quoi qu’on puisse penser de cette politique, au terme de ce conflit, la Palestine telle que nous la connaissons aujourd’hui était inclue dans un royaume arabe, musulman qui avait autorité sur les lieux saints de Jérusalem et envisageait sereinement une paix raisonnable avec Israël. Elle eut néanmoins deux conséquences extrêmement fâcheuses du moins pour le roi Abdallah. La première est d’avoir entrainé un afflux massif de réfugiés palestiniens dans le territoire jordanien ce qui va déséquilibrer durablement la situation politique interne du royaume. La seconde est d’avoir créé un fort ressentiment contre le roi lui-même et sa famille que les nationalistes arabes qualifient souvent de « ramassis de traitres » ou de « vendus aux anglais »…

La vengeance palestinienne

Le 16 juillet 1951, Riad Bey Al Solh, un ancien premier ministre libanais est assassiné à Amman alors qu’il négocie avec les représentants du Roi Abdallah une paix séparée avec Israël.  4 jours plus tard, le Roi se rend à Jérusalem pour prononcer son éloge funèbre et afin de poursuivre les discussions avec Reuven Shiloah and Moshe Sasson. Nous sommes le vendredi 20 juillet. Le roi prie dans la mosquée Al-Aqsa avec son petit fils Hussein. Alors qu’il sort du lieu saint un jeune palestinien de 21 ans tire sur les deux hommes à bout portant. Hussein est sauvé grâce à une médaille militaire délivrée le matin même par son grand père qui dévie la balle de pistolet. Le roi lui est touché à deux reprises au torse alors qu’une troisième balle l’atteint en pleine tête. L’assassin est abattu par les forces de sécurité et le procès démontrera qu’il a été dirigé par le même Mohammed Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem,  défenseur passionné et exacerbé de la cause palestinienne et plus grand pourfendeur des juifs après Hitler. Là encore le sang accompagne le parcours des Hachémites.

Suite et fin dans un prochain article de Talal à Hussein le dernier espoir de la dynastie Hachémite

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