#ONPC : bienvenue à 6 millions de connards dans les salons parisiens

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Laurent Ruquier
Laurent Ruquier

Abandonné par ma moitié pour un long weekend de changement d’heure, il est 23h30 ce samedi 25 octobre quand je m’installe confortablement dans mon canapé avec entre mes mains un exemplaire rare et goûteux de pâtisserie parisienne : un Saint Honoré. Fallait il y voir alors un signe ?  Mon boulanger voulait il ainsi me prédestiner à une soirée de causeries aimables entre politique, culture et surtout entre nous, parisiens bon teint ?

Dans la Revue des deux mondes (tome 141, 1897) dont il deviendra plus tard le directeur, l’excellent René Doumic s’exprime ainsi : “On imagine volontiers qu’il y a du mystère dans la façon dont se font les réputations et que la disproportion qu’on observe entre le mérite des gens et leur célébrité doit tenir à de certaines causes enveloppées et obscures. C’est se mettre en frais d’imagination. Les choses se passent beaucoup plus simplement, grâce à la docilité merveilleuse de ce qu’on appelle : l’opinion. Le public, celui de la postérité comme celui des contemporains, est de complexion paresseuse et d’humeur confiante. Il croit sur leur parole tous ceux qui ont trouvé le moyen de se faire entendre de lui. Panégyristes ou calomniateurs, nous ne leur demandons que d’avoir un peu d’adresse avec un ton d’assurance, et d’enfler la voix. Le XVIIIe siècle est tout plein de ces réputations fabriquées par les intéressés. Celle de Mme Geoffrin est du nombre. Les encyclopédistes ont prodigué l’encens à leur bienfaitrice : ils l’ont payée de ses libéralités par leurs flagorneries. Et nous ne songeons guère à les blâmer de n’avoir pas été des ingrats. Mais il se trouve que leur témoignage a été reçu sans contrôle. On a répété d’après eux que le salon de la rue Saint-Honoré, éclipsant tous les autres, aurait, par un mélange unique du raffinement avec la hardiesse et des élégances mondaines avec la profondeur philosophique, offert pendant vingt-cinq années l’expression la plus achevée de l’esprit français…

Autre siècle, même lieu, même salon mais cette fois ci peuplé de millions de téléspectateurs ébahis d’assister pendant toute une soirée à une aimable conversation dont les acteurs sont rémunérés sur des fonds publics. On n’est pas couché, l’émission phare du service public prend chaque semaine l’antenne de France 2 pendant plusieurs heures partagées entre humour, culture, politique et esprit. Cette semaine, une fois n’est pas coutume, l’antenne de Laurent Ruquier est offerte aux copains, Audrey Pulvar ancienne de l’émission et Gérard Miller qui a accompagné Ruquier pendant des années à la radio et à la télévision. Les autres invités font la plupart du temps tapisserie, il s’agit de Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Éducation nationale et bête noire des crétins de la Manif pour tous, les actrices Valérie Karsenti et Pascale Arbillot ainsi que le jeune et talentueux chanteur Charles Pasi.

L’amitié se mesure au degré de méchanceté 

Audrey Pulvar et Natacha Polony
Audrey Pulvar et Natacha Polony

Dès les premières minutes, on a bien compris que ce soir là, l’émission était plus une rencontre entre amis, entre gens bien pensant qu’autre chose. Vous savez comment ça se passe, le samedi soir, une bière ou un cocktail à la main vous êtes avec vos potes et à un moment ou à un autre vous commencez à parler de ces amis qui eux ne sont pas là… Ça balance deux trois vannes, ça se moque, ça grésille de méchanceté gratuite  dans l’estomac … c’est sans importance car sans témoin et ça fait du bien de dire tout haut tout le mal que l’on pense des gens qu’on aime. Et bien croyez moi, Ruquier, Caron et Pulvar ils doivent l’adorer Natacha Polony, elle qui travaillait jusqu’à l’été dernier justement dans l’un de ces fauteuils aux coté, à un moment ou à un autre des trois mêmes garnements. Natacha Polony qui de manière de plus en plus voyante et évidente ne supportait plus son “compère” Aymeric Caron,  ses certitudes, ses détestables manières et son humour pitoyable. Hier soir, la belle Natacha qui a toujours refusé de commenter les vraies raisons de son départ d’ONPC a du avoir les oreilles qui sifflaient après des plaisanteries sur son physique, sur son ego et ses capacités relationnelles qui ont même réussies à mettre mal à l’aise Léa Salamé qui la remplace dans la bande à Ruquier et qui elle aussi s’est faite comparé à un “salamis” … Avec l’âge, décidément l’humour de la star du PAF ne s’améliore pas…

Mais s’il ne s’agissait que de l’humour et de méchanceté gracile ma foi, rien n’empêche d’aller se coucher en relisant le portrait de l’Abbé Dubois de Saint-Simon : “L´abbé Dubois était un petit homme maigre, effilé, chafouin, à perruque blonde, à mine de fouine, à physionomie d´esprit, qui était en plein ce qu´un mauvais français appelle un sacre, mais qui ne se peut guère exprimer autrement. Tous les vices combattaient en lui à qui en demeurerait le maître. Ils y faisaient un bruit et un combat continuel entre eux. L´avarice, la débauche, l´ambition étaient ses dieux; la perfidie, la flatterie, les servages, ses moyens; l´impiété parfaite, son repos; et l´opinion que la probité et l´honnêteté sont des chimères dont on se pare, et qui n´ont de réalité dans personne, son principe, en conséquence duquel tous moyens lui étaient bons.”… Hélas j’ai préféré rester devant mon écran écouter Aymeric Caron s’esclaffer en comparant la veste de Léa Salamé à du jambon …

Les peanuts de Monsieur Caron

Léa Salamé et Aymeric Caron
Léa Salamé et Aymeric Caron

Quand arrive la ministre de l’éducation nationale je veux croire un instant que l’émission commence enfin. Najat Vallaud-Belkacem est celle qui, a 37 ans, est devenue la première femme ministre de l’éducation nationale. Elle dirige une administration de 1,1 millions d’agents et un budget de plus de 60 milliards d’euros. Elle sera néanmoins à l’image de ses interlocuteurs : mauvaise. Léa Salamé lance deux questions à “effets” qui n’en font aucun à propos d’enfants de 4 ans qu’on forme à la sécurité routière et se retrouve contrainte à ramer pour ne pas se noyer devant une ministre interloquée par un tel manque de préparation qui se révélera réciproque. Vient alors le tour de inénarrable Aymeric Caron qui me semble, je l’avoue, plus aimable et sympathique depuis le changement de comparse. Les thématiques : le niveau des profs avec dans certaines académies des candidats reçus au CAPES avec une moyenne de 5/20 … la ministre ne semble pas au courant et est sauvée par Caron lui même qui change illico de sujet pour parler des salaires des profs et notamment des professeurs des écoles … et là il faudra bien 5 minutes pour que la Ministre se souvienne des éléments de langages préparés par son cabinet à savoir : oui les profs sont sous payés et oui le Gouvernement souhaite aligner les rémunérations et d’ailleurs il a commencé à le faire mais vous savez c’est la crise, on a un gros déficit bla bla bla bla … A ce sujet d’ailleurs Caron cite des chiffres et parle d’une prime de 150 € par mois accordée aux enseignants qui acceptent d’aller dans les zones prioritaires … “150 € c’est peanuts” s’exclame le gauchiste de la bande … Comment dire Aymeric … oui 150€ c’est une cacahuète pour toi mais pour nous ça fait 14 % d’un smic …

Ruquier et les 6 millions de connards

La ministre est mauvaise mais ses éclats de rire font oublier rapidement sa non maîtrise des dossiers techniques et elle peut toujours compter sur les blagounettes de l’ami Ruquier pour la tirer d’un mauvais pas. Surtout, elle va assister muette à une conversation digne du meilleur bar 5 étoiles du 8ème arrondissement entre Salamé, Ruquier, Caron, Pulvar et Miller. Oubliant probablement qu’ils avaient une émission à faire et qu’il étaient censés mener une interview d’une ministre présente, voici donc nos petits camarades se lançant dans de grandes explications sur la montée de la pensée réactionnaire dans le pays avec entre autres saillies marquantes on pourra retenir une phrase qui restera culte, celle de Ruquier (le présentateur) qui prend la parole et explique “il y a 6 millions de français qui passent pour majoritaires alors qu’ils ne le sont pas et il y en a 40 millions qui ont des idées convenables et ce sont simplement les 6 millions qui emmerdent les 40 millions d’autres grâce aux réseaux sociaux” … La voix offusquée de Léa Salamé essayant de répondre “mais c’est quoi des idées convenables?” ne parviendra pas à s’imposer et elle assistera alors avec le même effarement que nous au spectacle effrayant d’un dialogue aveugle dans un salon aristocratique du Faubourg Saint Honoré le 13 juillet 1789.

Réfléchissant rapidement à la manière dont je vote et aux idées que je défend, je respire un grand coup et me rassure, je ne suis pas l’un des 6 millions de connards de Monsieur Laurent Ruquier mais je n’ose imaginer ce qu’il doivent ressentir en entendant ces mots et à quel point cela doit les conforter dans leurs certitudes zeymouriennes.

C’est effaré que je me suis glissé sous la couette repensant un instant à Diderot “Il y a bien de la différence entre un raisonneur et un homme raisonnable : l’homme raisonnable se tait souvent, le raisonneur ne déparle pas” moi aussi il faudra que j’apprenne à me taire.

1 thought on “#ONPC : bienvenue à 6 millions de connards dans les salons parisiens

  1. Voilà pourquoi je ne déguste pas mon #SaintHonoré tard devant la télé, encore moins devant #ONPC
    twitter via @itsgoodtobeback

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