Que le spectacle de la droite commence 1ère partie : un autre maire de Bordeaux

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ca va saigner
ça va saigner

Il y a de ces combats fratricides qui nous enchantent et qui font de la politique les derniers vrais jeux du cirque, bien loin de la télé-réalité aseptisée où plus une goutte de sang n’est versée ni la moindre parcelle de quéquette affichée … diable que le peuple s’ennuie alors heureusement IL est de retour. Nicolas Sarkozy. IL est de retour et “il a changé” … encore une fois, comme en 2005 (Sarko apaisé), comme en 2007 (Sarko sous Prozac) et comme en 2012 (Sarko il est candidat mais il s’en fout de gagner ou de perdre)… voici venu le temps de la saison 2014 : Sarko, le don de sa personne à la France … les militants UMP ne s’en lassent pas tout comme ils regardaient avec délectation Derrick sur le service public pendant des années !

La droite je ne m’en lasse jamais… Au travers de petits arrangements et autres meurtres familiaux, on s’égorge sans vergogne ni retenue. C’est pas comme la gauche et son moralisme de façade, ses non dits et son angélisme pathétique qui interdisent à un homme ou une femme politique de dire franchement ses ambitions personnelles. Point de chichi de l’autre côté de l’échiquier politique : je veux le pouvoir et je vais te déglinguer la gueule au bazooka pour l’obtenir ! C’est Sarkozy  (celui qui a changé…) qui dit à Juppé “je vais te tuer” … l’autre lui répondant “tu sais où me trouver” … Vous aviez aimé Giscard-Chaban en 1974 puis Giscard-Chirac en 1981 avant de vous délecter de Chirac-Barre en 1988 puis surtout de Chirac-Balladur en 1995 ? Vous aussi vous avez été un peu déçus de la saison Sarkozy-De Villepin malgré l’épisode du croc de boucher … Vous allez adorer la nouvelle saison Sarkozy-Juppé qui devrait s’étaler sur 3 ans !

Putain 3 ans dirait la marionnette en latex de Jacques Chirac … dont le double humain doit vivre avec Bernadette, vieille caricature d’elle même ou comme le dit Joseph Macé-Scaron “condensé de méchanceté affublé d’un sac à main” qui aime tant Sarkozy qu’elle ne peut s’empêcher d’être la première à vomir le chouchou de son époux Alain Juppé qu’elle trouve ” très très froid,  très très froid … il n’attire pas les gens” et c’est une spécialiste qui parle ! Face à cette première attaque, le maire de Bordeaux a répondu avec un sourire carnassier soulignant qu’il avait la semaine dernière rendu visite à Jacques Chirac à son bureau parisien de la rue de Lille … «Il m’a confirmé son jugement, que j’étais le meilleur d’entre nous. Il persiste…Vous savez, Jacques Chirac est un fidèle, il ne change pas d’avis … Moi, je ne veux pas m’immiscer dans les problèmes matrimoniaux de quelque couple que ce soit.» Ça commence fort !

Avant de découvrir avec vous les nouveaux épisodes de notre Game of Thrones made in La droite je vous propose un rappel dans évènements incontournables des saisons précédentes…

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George Pompidou et Jacques Chaban-Delmas

Nous sommes le 2 avril 1974. George Pompidou, Président de la République depuis presque 5 ans vient de s’éteindre des suites d’une longue maladie. Le maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas qui fut son Premier ministre de 1969 à 1972 trépigne d’impatience : voici venue son heure, celle qu’il attend depuis 15 ans, celle de fonder sa nouvelle société rêvée et accessoirement de succéder au Général de Gaulle au sommet de l’Etat. Chaban et Pompidou se détestaient viscéralement. Sur son Premier ministre qu’il a congédié avec délectation Pompidou écrira des lignes cruelles :

Jacques Chaban-Delmas se veut jeune, beau, séduisant et sportif. Il refuse de vieillir, se livre pour cela à son sport favori, le tennis, et assure la relève en se mettant au golf.Il aime les femmes, toujours passionné, seul changeant l’objet de sa passion.Il travaille peu, ne lit pas de papiers, en écrit moins encore, préférant discuter avec ses collaborateurs, et s’en remet essentiellement à eux, qu’il choisit bien, pour ce qui est des affaires publiques s’entend.Politiquement, il meurt de peur d’être classé à droite, il veut néanmoins plaire à tout le monde et être aimé.

Comme Premier ministre, il se méfiait de moi et ne prenait pas d’initiative hasardeuse, sauf, et en demi-secret, dans quelques domaines où il avait des attaches.Il me laissait pratiquement le soin de tout décider, plus que je n’aurais voulu, se contentant de soigner son “image de marque” par quelques beaux discours que lui écrivaient Cannac et Delors et par une cour permanente faite aux journalistes de tout bord. Préparant la suite, il s’attachait, avec sa nouvelle jeune femme, à donner l’impression du couple parfait, où les enfants de plusieurs lits étaient mis à égalité. Pourquoi m’en suis-je séparé ? J’en ai donné publiquement des raisons valables et parfaitement exactes, mais il y en avait d’autres. Si je n’avais pas voulu l’humilier en l’empêchant de demander un vote de confiance à l’Assemblée nationale, j’étais bien décidé à changer de Premier ministre aussitôt après la fin de la session, pour les motifs que j’ai dits et pour d’autres, d’ordre privé.[…] Je ne sais pas et n’ai pas voulu savoir jusqu’où tout cela pouvait mener. Il y avait suffisamment d’ombres pour que je saisisse l’occasion de me séparer de J. Chaban-Delmas comme Premier ministre sans porter, pour autant, un jugement définitif sur lui.

La vérité c’est que Pompidou est gravement malade et que beaucoup parient sur son décès ou une démission. Dès l’année 1971 les candidats à la succession s’observent, se jaugent et bien vite le plus tordu attaque et blesse mortellement le Premier ministre d’alors. Une série de scandales vise indirectement Chaban. Cette campagne semble orchestrée par les services du ministère des finances, dirigés par Valéry Giscard d’Estaing et touche des proches du premier ministre. Mais en janvier 1972, Jacques Chaban-Delmas lui-même est mis en cause : le Canard Enchaîné, qui a forcément bénéficié d’une fuite du ministère des finances, révèle qu’il n’a pas payé d’impôts entre 1966 et 1969 en publiant la fiche de paie du premier ministre. Bien que ces exonérations fiscales soient légales, l’image de Jacques Chaban-Delmas est ternie. Même si Giscard, en tant que membre du gouvernement, ne peut que se montrer solidaire, ces proches n’hésitent pas à exploiter ces scandales pour dénoncer la dérive du pouvoir gaulliste.

Le 16 mars 1972, le Président annonce un référendum sur un sujet qui pourtant ne fait pas débat : l’entrée de 4 nouveaux pays dans le marché commun européen. Il espère une large victoire du oui et effacer ainsi les difficultés qui s’accumulent pour son gouvernement. Les socialistes ne tombent pas dans le piège et appellent les électeurs à s’abstenir pour éviter de donner une large victoire du oui que le président présenterait comme une victoire personnelle. Le oui l’emporte avec 68% des voix mais l’abstention n’a jamais été aussi élevée. Près de 40% des inscrits ne se sont pas déplacés, et 7% ont voté blancs ou nuls. Avec ce demi-échec au référendum, la tension monte un peu plus entre le Président de la République et le chef du gouvernement. Se sentant affaibli, le premier ministre cherche à relégitimer son action en demandant un vote de confiance au parlement en mai 1972 sans l’accord du Président qui considère cela comme une manière de lui retirer sa prérogative quant au choix de son Premier ministre.  Jacques Chaban-Delmas obtient bien une majorité de voix au parlement mais le président de la République le démissionne le 5 juillet 1972.

Avril 1974 : Se faire chabaniser

se faire chabaniser
se faire chabaniser

Pendant presque deux ans, Chaban se prépare. Il obtient le soutien de tous les vieux barons chevrotants du gaullisme moribond et dédaigne  les incertitudes du destin grâce à des sondages mirobolants. Lorsque Pompidou s’éteint le 2 avril 1974, Chaban prend ses plus beaux habits de deuils pendant que Marie France Garaud et Pierre Juillet, ses ennemis les plus farouches, tentent de convaincre le Premier ministre Pierre Messmer de se présenter contre l’odieux Chaban gauchisant.  Marie France Garaud classée comme « La femme la plus puissante de France » par Newsweek en novembre 1973 a une idée lumineuse et machiavélique. Dès le 3 juillet elle fait glisser à l’oreille de Chaban qu’un autre candidat de la majorité (Messmer) pourrait le prendre de vitesse et se déclarer à sa place, s’imposant grâce à sa légitimité de Premier ministre et d’ancien ministre de la défense du Général… Coup de sang de notre Chaban qui officialise sa candidature dès le lendemain soit 2 jours après la mort du Président et alors même que l’hommage de l’Assemblée nationale au président défunt n’est même pas terminé. Voilà comment un homme se colle lui même sur le front l’étiquette “ambitieux sans valeur ni respect”  !

Giscard qui se déclare au nom des centristes lance sa campagne éclair en laissant revenir sur le devant de la scène l’histoire de la fraude fiscale agrémentée d’un soupçon de corruption chez un proche de Chaban. A cela, et c’est la cerise sur le gâteau, on ajoute une bonne dose de rumeurs privées scandaleuses et scabreuses comme on les aimait déjà beaucoup à l’époque … En effet, Chaban aime les femmes, de préférence jeunes et jolies. Ayant divorcé une première fois (de la fille de son premier patron) pour ce remarier avec Marie-Antoinette Îon, il se trouve que cette dernière se tue lors d’un accident de voiture le 12 août 1970 alors que son mari est Premier ministre. Chaban qui a décidément un problème avec les périodes de deuil ne trouve rien de mieux que de se remarier  avec Micheline Chavelet, que son ami François Mitterrand lui a présentée, juste un an après, le 24 septembre 1971. Pendant toute la campagne présidentielle la rumeur se propage sur les causes exactes de l’accident… C’est la période idéale pour que le jeune loup du gaullisme, jeune ministre de l’intérieur et proche de Marie France Garaud, Jacques Chirac donne le coup fatal au maire de Bordeaux. Avec 43 parlementaires gaullistes il annonce  son soutien au candidat du centre : Valéry Giscard d’Estaing.

Chaban s’effondre dans les sondages et sa campagne n’est plus victime que de plaisanteries et surtout source de deux expressions qui resteront à la postérité : “se faire chabaniser” et bien sur celle de Françoise Giroud pour expliquer pourquoi la gauche n’attaque pas Chaban  « On ne tire pas sur une ambulance ». Au soir du premier tour avec 15,1 % de suffrages, il est en troisième position, largement distancé par Valéry Giscard d’Estaing et ses 32,6 %.  Il apporte à ce dernier un « soutien conditionnel » et aura probablement voté pour son ami de toujours François Mitterrand.

à suivre : 1981, tout sauf Giscard

 

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