J’ai rencontré Michel, première dame de Corrèze

Share
IMG_20141101_210556
Oui il m’a aimé

Certaines soirées sont marquées par des moments de grâce, de volupté, quand les nectars fuyant délicatement le cristal nourrissent le verbe et la prose. Il y a ces soirées de poésie et il y a les autres … celles où au détour d’une table, l’inconnu d’hier se livre, s’abandonne… il y a des secrets trop lourds à dire, à regarder en face et puis on laisse les fantômes parler, la douleur s’abandonner au rythme du Mouton Cadet et des regards interloqués de ces âmes trop belles et si peu familières …. Samedi, au cœur de la campagne normande j’ai croisé une de ces âmes en peine, un cœur brisé qui ne survit plus qu’au travers de ces souvenirs, de ses vêtements froissés sur de la paille fraiche pour une nuit d’amour et des caresses viriles qui finissent par hanter sa pauvre existence brisée…

Le Président aussi, il aime UN entrepreneur !

Nous l’appellerons Michel pour préserver son anonymat alors que la tempête médiatique ne saurait tarder à abattre sur sa vie et sa famille sa fureur intransigeante. Michel était là, en bout de table, l’œil attristé et la langue rapeuse, le regard perdu au cœur d’une conversation où il ne se retrouvait pas. Michel, la cinquantaine fringante, la barbe poivre et sel et la main légèrement tremblante sur son verre de vin rouge boit comme un esthète mais sans abus… Votre serviteur toujours à l’affut de conversations houleuses et savoureuses se délectait avec perversion des retours amères des contribuables présents sur la réforme des allocations familiales et en remettait en couche en expliquant qu’il est toujours bon d’avoir un Premier ministre qui aiment les entreprises. Piqué au vif, à l’autre bout de la table, Michel est comme réveillé par un moustique particulièrement pervers et s’écrit “Le Président aussi il aime UN entrepreneur !” silence autour de la table … Son épouse le reprend gentiment “Michel tu veux dire LES entrepreneurs” mais il insiste les yeux embués par l’émotion et d’une voix brisée “non il m’aime … enfin il m’a aimé … il ne peut avoir oublié...” le silence est désormais attentif, assoiffé mais gêné parce que nous sommes bien élevés …

Oui il m’a aimé ça vous pose un problème ?

Michel relève la tête et on imagine aisément une mèche rebelle mais fantasmagorique venir pendouiller le long de son front luisant … “Oui il m’a aimé ça vous pose un problème ?” Face à lui, posant délicatement son menton sur la main à la manière de Natacha Polony un ancien pourvoyeur de parfum de luxe lui sourit et avec tendresse et lui répond “pas du tout Michel, on a tous connu ça dans nos jeunes années d’ailleurs tu sais au bout du 27ème bar de Cluny…” ses mots de perdaient dans un torrent d’injures conséquence plus ou moins direct du coup de pied talonné reçu de son épouse  sous la table qui lui lançait avec des yeux pleins d’amour un regard en deux mots “ferme la “!

90444894_p
Everythings you do, make me crazy about you

Michel n’avait rien entendu mais il était prêt à laisser les fantômes du passé lui dicter les mots : C’était en 2008, au début de la crise. Je participais à une conférence internationale parrainée par le FMI sur le développement possible de l’activité des transports. J’animais alors la table ronde sur la création des maisons closes en megatrucks. L’idée était simple, il s’agissait de transformer  des camions de 18 à 25 m de long en lupanars sur les routes d’Europe … brillant et particulièrement plus rentable que mes activités actuelles qui ne me permettent même pas de creuser une cave… bref je cherchais des solutions à la crise et c’est à cette occasion que mon ami Dominique me présenta celui qui n’était alors que conseiller général de la Corrèze. Il était drôle, le regard caressant et les rondeurs affolantes. Moi, l’homme à femmes, à la virilité désincarnée j’étais comme un adolescent pétrifié quand son regard se posait sur moi. Sa main ne me lâchait plus, ses yeux avaient harponné mon cœur et j’avais envie de chanter : “Everythings you do, make me crazy about you” …. A 2h00 du matin je tenais à peine debout mais je parvins à rejoindre les toilettes et là, triomphant et impérial, François occupait la moitié des pissotières avec un sourire espiègle dont le charme aurait pu conquérir n’importe quel coeur. Nous sommes sortis par la porte de secours et nous avons couru au travers des champs jusqu’au club hippique  de mon enfance. L’intensité de cette nuit d’amour me hante encore aujourd’hui…un moment fugitif, une parenthèse de bonheur… “Mon rêve était trop beau … Comment oublier son sourire et tellement de souvenirs… nos corps brûlés, enlacés…”

Michel était face à nous tremblotant, gêné mais soulagé de pouvoir enfin se libérer de ce terrible secret. Pendant quelques heures il avait été la première dame de Corrèze ou presque …

Ce témoignage est une libre interprétation de propos réels et de faits totalement imaginaires

 


Helene Roch Voisine par culturemp3

1 thought on “J’ai rencontré Michel, première dame de Corrèze

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *