Que le spectacle de la droite commence (3) : 1988 – 1993 Chirac face aux ambitions de la jeune garde

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En 1974, Valéry Giscard d’Estaing qui aimait à s’auto-proclamer le « meilleur d’entre nous » avait réussi à « chabaniser » le maire de Bordeaux et à s’imposer à l’élection présidentielle grâce au soutien efficace d’un jeune loup du gaullisme moribond, Jacques Chirac... Le même Chirac qui 7 ans plus tard fera élire le premier président socialiste de la Vème République avec un seul mot d’ordre : Tout sauf Giscard !

En 1988, après deux années de cohabitation harassante contre François Mitterrand, Jacques Chirac est non pas battu mais explosé par le président sortant au terme d’un second tour sans suspense où le centre incarné par Raymond Barre ne l’a soutenu que du bout des lèvres quand le FN de Le Pen le vomissait.

S’ouvre alors une période particulièrement difficile pour le maire de Paris au sein même de son parti où nombreux sont ceux qui partagent le jugement tranchant de Bernadette Chirac : « Les français n’aiment pas mon mari »… Les couteaux sont aiguisés dès 1988 pour une longue période de divisions et de déchirements qui ne s’achèvera réellement qu’avec le retrait de la vie publique de Chirac en 2007.

La convention des rénovateurs en 1989
La convention des rénovateurs en 1989

Ces 20 ans de guerres intestines sont lancées par le courant des « rénovateurs » de la droite dont les acteurs sont issus du RPR chiraquien et de l’UDF giscardienne. Il s’agit du député-maire d’Épinal et ancien ministre des Affaires sociales Philippe Séguin, des députés maires de Lyon Michel Noir et de Grenoble Alain Carignon mais aussi d’Etienne Pinte, de Michel Barnier, de François Fillon, Charles Millon, Philippe de Villiers, François d’Aubert, Bernard Bosson, François Bayrou et Dominique Baudis tous appelés à un moment ou à un autre à un destin national ou du moins à l’espoir d’un destin national. Ils ont bien un point commun : la volonté de virer les trois « vieux » issus des années 70 : Valéry Giscard d’Estaing et ses deux anciens Premiers ministres Raymond Barre et Jacques Chirac, dont la haine commune est à leurs yeux devenue le ressort de la « machine à perdre » de la droite. C’était en quelque sorte une bande de jeunes loups agressifs qui voulaient réaliser la perestroïka de l’opposition de droite exclue du pouvoir à cause de ses vieux chefs usés et fatigués…

L’idée première des rénovateurs est de constituer une liste commune aux élections européennes de 1989 en imposant un changement à la tête de la droite. Finalement, une liste commune sera bien créée unissant UDF et RPR mais avec pour tête de liste … Valéry Giscard d’Estaing qui marque là son grand retour dans la vie électorale… avec le soutien total de Jacques Chirac. Le dernier carré de rénovateurs s’unira derrière Simone Veil pour une liste CDS (ancêtre du Modem) qui obtiendra 8,43 % bien loin des 29 % des VGE/Chirac.

Pour Chirac la victoire sera de courte durée. Au sein du RPR les rénovateurs s’organisent en vue des assises du mouvement prévues pour 1990 et où pour la première fois, les instances dirigeantes seront élues à la proportionnelle. Philippe Séguin et ses amis font alliance avec Charles Pasqua pour « régénérer le RPR » en s’inspirant « du message du général de Gaulle ». La jeune garde s’adjoint donc ce qui reste de vieux grognards eurosceptiques du Gaullisme à la sauce Cochin.

juppé et chirac 1990
Juppé et Chirac 1990

Jacques Chirac est entrain de perdre le contrôle des fédérations les plus importantes du mouvement gaulliste avec l’alliance de la gauche et de la droite du RPR contre sa direction. Il s’engage alors dans ce que de nombreux observateurs peu éclairés appelleront sa « dernière bataille » et les autres « un combat à mort » avec pour seul allié un jeune parlementaire élu parisien Alain Juppé. La violence des affrontements sera inouïe avec par exemple le cas de Michèle Barzach. Obscure médecin humanitaire et féministe, militante de base, qui avait été sortie de son anonymat provincial par Jacques Chirac constituant son gouvernement de cohabitation en 1986 pour occuper le poste de ministre de la Santé qu’un prédécesseur illustre, Simone Veil, aurait refusé, si on le lui avait proposé. Michèle Barzach n’avait pas mal réussi mais avait flirté avec les rénovateurs dès 1989. C’est à la tribune, en direct à la télévision que Michèle Barzach, ex-secrétaire nationale du RPR en larmes, apprend qu’elle est purement et simplement exclue de la nouvelle équipe dirigeante.

En effet, à une époque où on ne recompte pas les bulletins, c’est bien le duo Chirac-Juppé qui s’impose mais avec un genou à terre. Le 11 février 1990, la motion Juppé obtient 68,6 % des voix devant la motion Pasqua-Séguin (31,4 %). Jacques Chirac est réélu président du parti et fait la paix avec Charles Pasqua et Philippe Séguin qui rentrent dans le rang laissant les jeunes loups orphelins et tout à leurs rancœurs.

Michèle Barzach
Michèle Barzach

Ces « rénovateurs » se transforment alors en « néo-rénovateurs » et créent « Force Unie » une mouvance rassemblant la nouvelle génération de l’UDF et du RPR. Il s’agit de François Léotard (UDF), Michèle Barzach (RPR), Michel Noir (RPR), Gérard Longuet (UDF), Alain Carignon (RPR), Pierre-André Wiltzer (UDF), Claude Malhuret (UDF), Jean-Louis Bourlanges (RPR) et Patrick Devedjian (RPR).

Au mois de décembre de la même année Michel Noir veut tenter le sort et provoque un coup d’éclat avec la même Michèle Barzach et Jean-Michel Dubernard : ils démissionnent du RPR et de l’Assemblée nationale pour provoquer des élections partielles. Seulement voilà, seuls Michel Noir et Jean-Michel Dubernard seront réélus en janvier 1991 alors que Chirac fait abattre (politiquement parlant) Michèle Barzach dans le XVème arrondissement, une défaite dont elle ne se remettra jamais. Le soir même elle quitte la vie politique et n’y reviendra pas.

Philippe Seguin
Philippe Seguin

Un an plus tard, à l’occasion du référendum de Maastricht et alors que les révoltes internes ont été écrasées, les deux grognards anti européens Charles Pasqua et Philippe Seguin prennent la tête du combat en faveur du « NON » alors que Chirac et ses deux adjoints Juppé et Balladur tentent de faire voter « OUI » par la droite. Des mois de déchirements internes et polis fragilisent à nouveau les positions de la droite et se soldent par une victoire du OUI mais un nouveau statut national pour un Seguin que décidément Chirac exècre. Le maire de Paris est convaincu que celui d’Epinal veut tenter de s’imposer comme candidat aux élections présidentielles de 1995 et va tout faire pour l’isoler au sein du mouvement et le bloquer dans son essor.

Au lendemain des élections législatives de 1993, raz de marée pour le RPR et l’UDF, Chirac impose le fidèle et fade Balladur à Matignon pour lui chauffer la place alors que Seguin refuse d’entrer au Gouvernement comme ministre et s’installe à la présidence de l’Assemblée nationale où il est très largement élu. En l’espace de 2 ans, de 1993 à 1995 toutes les alliances traditionnelles au sein de la droite vont explosées en une violente et inédite recomposition politique dont les stigmates se feront encore ressentir dans les salons de l’Élysée au soir du 2nd tour de l’élection présidentielle de … 2012. (à suivre)

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