70 ans après l’horreur, où en est l’extrême droite en Europe (1ère partie)

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Auschwitz
Auschwitz

Le mardi 27 janvier est la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah. Une journée qui marquera cette année le 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. Auschwitz était le plus grand camp de concentration et d’extermination utilisé par les nazis. Il a fonctionné du 27 avril 1940 au 27 janvier 1945  et c’est ainsi en moins de 5 ans que 1,1 million de personnes y ont été exterminées par les nazis, dont un million de juifs de différents pays d’Europe. Auschwitz-Birkenau est désormais un lieu de pèlerinage et de mémoire pour tous ceux qui refusent d’oublier que des êtres humains ont pu être transformés en bêtes sauvages par une idéologie… Pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas passer physiquement sous le portail surmonté de la devise “Arbeit macht frei”, le mémorial a créé un panorama virtuel. Auschwitz I et ses potences, Auschwitz II-Birkenau et ses baraquements à perte de vue, sa rampe d’arrivée des juifs et son wagon… Quelques clics ramènent le visiteur dans les années de l’Holocauste… dans l’horreur, l’indicible … quelques clics pour ne pas céder à la tentation de l’oubli.

Cette monstruosité a une cause : l’endoctrinement des foules par le fascisme et son extension germanique, le National Socialisme. Le fascisme, ce n’est pas qu’une insulte venant trop facilement à la bouche de tous les militants de gauche, le fascisme, c’est aussi et surtout une idéologie politique née au XX ème siècle comme le pendant de droite au communisme et surtout comme la conséquence directe de la mauvaise paix concluant la Première guerre mondiale. Concrètement, le fascisme est d’abord le nom que le mouvement et le régime de Mussolini se sont donnés « Fasci italiani di combattimento » (« faisceaux italiens de combat ») et qui est à l’origine des termes « fasciste » et « fascisme ». Le mot fasci lui-même est une référence à la Rome antique et aux fasci, mouvements et sociétés secrètes des années 1890, composés de paysans révolutionnaires italiens. Il naît en tant que mouvement décentralisé en mars 1919, sur les frustrations d’une « victoire mutilée », thème agité par les nationalistes en raison de la tournure des négociations lors du Congrès de Versailles, concernant le sort des terres irrédentes de Dalmatie, d’Istrie, de Fiume/Rijeka, mais aussi en réaction au communisme en pleine expansion. (en italique passages repris de Wikipédia)

Ce fascisme a trouvé son aboutissement exacerbé dans le nazisme d’Adolf Hitler et aurait pu disparaître dans les ruines de sa folie dévastatrice. Il a pourtant survécu au delà des aléas de vie politique sous la forme de mouvement réactionnaires prêts à tout moment à se transformer en parti fascistes plus ou moins assumés.

Zeev Sternhell expliquait : « Il n’y a pas de raison méthodologique de considérer que le fascisme soit mort en 1945. Une idéologie de rupture comme le fascisme a besoin d’une marge de manœuvre sociologique pour devenir une force politique. Cette marge de manœuvre n’est produite que par une situation de crise économique, politique et morale. On peut penser que la démocratie d’aujourd’hui est plus forte que celle du passé en raison d’une certaine expérience. Mais est-ce une garantie suffisante pour nous assurer que les institutions démocratiques ne s’écrouleront pas une deuxième fois? De plus, l’économie libérale ne garantit pas l’existence de la démocratie : le fascisme italien était porté par une économie libérale et les Nazis n’ont jamais nationalisé le système économique. Bien que l’Europe ne connaisse pas aujourd’hui les conditions économiques et sociales de l’entre-deux-guerres, le problème de l’émergence de partis d’extrême droite est réel. » Cette citation date de 2000. 15 ans plus tard l’Europe n’a jamais été aussi proche des « conditions économiques et sociales de l’entre-deux-guerres ».

Ainsi, alors que l’Europe traverse la plus grave crise économique et identitaire depuis les années 1920 et alors même que c’est cette même crise qui donna il y a presque un siècle le pouvoir au fascisme d’abord en Italie puis en Allemagne et en Espagne, il ne me parait pas inutile de faire un tour d’horizon de la situation politique des partis issus du fascisme dans les états européens. A ceux qui liront ces lignes, qu’ils s’épargnent la peine d’un commentaire niant le caractère fasciste des partis dont je vais parler … mon ambition est ici d’analyser la situation électorale et pas d’entamer un débat sans fin sur le fascisme lui même…

parade nazi en Allemagne
parade nazi en Allemagne

L’Allemagne : Le pays a été dirigé par le régime Fasciste le plus connu et meurtrier de l’histoire, celui d’Adolf Hitler. En 1932 Hitler obtient 37 % des voix au second tour de l’élection présidentielle allemande. Aux élections législatives de la même année, l’extrême droite arrive en tête avec 38 % des voix. On notera qu’en additionnant extrême droite et extrême gauche, les mouvements anti républicains cumulent 52,5 % des sièges au Parlement marquant la rupture totale du peuple avec la démocratie représentative. Le 30 janvier 1933 Adolf Hitler est nommé chancelier soit Premier ministre. Un mois plus tard il fait signer à Hindenburg un décret présidentiel « pour la protection du peuple et de l’état » abolissant la quasi-totalité des droits constitutionnels et emporte en mars 49,5 % des suffrages aux élections législatives. A la fin de l’année 1933, les syndicats et partis politiques auront été abolis au profit du parti nazi qui devient une “institution constitutionnelle”. La démocratie est abolie.

Aujourd’hui existe Le Parti national-démocrate d’Allemagne (Nationaldemokratische Partei Deutschlands, NPD). Il s’agit d’un parti politique nationaliste et néonazi fondé en 1964 par d’anciens militants d’extrême droite. Il obtient plusieurs bons résultats locaux dans les années 1960 avant de devenir quasiment absent de la vie politique jusqu’à la réunification. Le parti connaît quelques succès électoraux significatifs depuis le milieu des années 2000 allant jusqu’à faire son entrée au Parlement européen en 2014,  alors qu’une large majorité d’Allemands reste favorable à son interdiction. L’actualité de l’extrême droite allemande se situe plutôt dans la rue que dans les urnes avec le mouvement Pegida dont le nom signifie les “Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident” (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes, abréviation PEGIDA). Fondé en 2014 par 2014 par Lutz Bachmann, il organise des manifestations chaque lundi à 18 heures 30 dans un parc de la ville de Dresde réunissant désormais presque 50 000 personnes chaque semaine.

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Jörg Haider

L’Autriche : pays de naissance d’Adolf Hitler, il s’était transformé en petite démocratie au lendemain de la Première guerre mondiale mais subit dès 1933 une pression grandissante de l’Allemagne nazi pour rejoindre le Reich allemand. Bien que farouche indépendantiste, le chancelier autrichien, Kurt von Schuschnigg, tenta d’organiser un référendum pour demander à la population  si elle souhaitait rester indépendante ou être incorporée à l’Allemagne. Alors qu’il espérait un résultat favorable au maintien de l’indépendance de l’Autriche, le parti nazi autrichien organisa un coup d’État le 11 mars 1938, peu avant le référendum, qui fut annulé. Le pouvoir ayant été transféré à l’Allemagne, les troupes de la Wehrmacht entrèrent en Autriche pour soutenir l’annexion, sans rencontrer la moindre opposition. Au cours du mois suivant, les nazis organisèrent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l’Autriche au Reich, qui, de facto, avait déjà eu lieu : 99 % des votes furent favorables à l’annexion et l’Autriche bascula dans le nazisme jusqu’à sa libération en 1945.

Aujourd’hui l’extrême droite est représentée par le FPO, Le Parti de la liberté d’Autriche qui a été fondé en 1955, et était à ses débuts un parti aux visions relativement libérales. en 1986 Jörg Haider (décédé en 2008), soutenu par les tendances nationales allemande et autrichienne prend la direction du FPÖ. Jusqu’en 2001, Haider va imposer sa marque sur le parti qu’il va positionner de plus en plus vers la droite nationaliste et populiste, n’hésitant pas à relativiser ou à réinterpréter le passé nazi de son pays. En 1989, Haider devient gouverneur de Carinthie avec l’aide des sociaux-démocrates mais il doit démissionner dès 1991, après ses premières déclarations controversées sur le Troisième Reich, lequel aurait été plus efficace que le gouvernement de Vienne dans la politique de l’emploi. Le parti obtient ses meilleurs scores aux élections législatives de 1999 avec 52 sièges sur 183 et 27 % des suffrages. En 2013 il obtenait 21 % des voix et 40 sièges. Lors de l’élection présidentielle de 2010, la candidate du parti, Barbara Rosenkranz, a rassemblé 15,24 % des voix. En octobre de la même année, lors des élections municipales à Vienne, le FPÖ obtient un score historique avec 27 % des voix, ce qui priva la gauche de la majorité absolue. Le parti est donc la deuxième force politique à Vienne. Aux élections législatives en septembre 2013, le FPÖ améliore son score de 2008 de plus de 4 points en obtenant 21,9 % des voix.

Bart de Wever - présidentd e la N VA
Bart de Wever – présidentd e la N VA

La Belgique : le petit Etat né d’un accord entre grande puissances au XIXème siècle n’a jamais porté au pouvoir de gouvernements fascistes. Aujourd’hui il est la victime d’une forme de fascisme très spécifique qui touche exclusivement la Flandre du fait de la naissance d’un sentiment séparatiste chez ses habitants. Ainsi, le 11 octobre 2014 Charles Michel, nouveau Premier ministre belge a présenté son gouvernement de centre droit mais formé sur la base d’une fragile alliance politique et régionale. Tous les postes clés (Intérieur; Défense; Finances; Fonction Publique; Asile et Migration) y ont été confiés au parti nationaliste flamand : la NVA, La Nieuw-Vlaamse Alliantie. Le mouvement séparatiste et franchement nationaliste ne se revendique pas “fasciste” et est une sorte de juste milieu entre la partie la plus réactionnaire de l’UMP et le Front national en France. Pour autant il s’est largement constitué grâce au ralliement de très nombreux cadres et électeurs du Vlaams Belang (Intérêt flamand), qui s’appelait Vlaams Blok (Bloc flamand) jusqu’en 2004. Clairement raciste, xénophobe et fasciste le mouvement a perdu de l’influence au bénéfice de la NVA issue du même parti la Volksunie : le Vlaams Nationale Partij (« Parti national flamand »). Depuis les années 2000, ces mouvements d’extrême droite obtiennent régulièrement des scores de plus de 20 % des voix exclusivement grâce aux électeurs flamands.

La Bulgarie : Etat sous domination Ottomane, la Bulgarie conquiert peu à peu son indépendance à la fin du 19ème siècle en instaurant une monarchie parlementaire modérée où le pouvoir est partagé entre un prince et un Parlement. En 1887, Ferdinand 1er devient Prince de Bulgarie. Ce prince franco-allemand né à Vienne obtient la reconnaissance internationale définitive de l’indépendance de son pays en 1908 profitant de la prise du pouvoir du parti Jeunes-Turcs à Constantinople. Il s’octroie alors le titre de tsar. Si je vous raconte tout ça c’est parce que tant en 1914 qu’en 1940, la Bulgarie choisira toujours le camp des perdants. Le roi mène une politique opportuniste, s’appuyant alternativement sur les partisans d’une alliance avec la Russie et les partisans d’une alliance avec l’Autriche. En 1913 il perd la seconde guerre

Tsar Boris III
Tsar Boris III

balkanique et transforme son royaume en Etat ruiné et isolé condamné à se soumettre à l’influence germanique. Le désastre de 1918 le pousse à l’abdication au profit de son fils Boris.  Le coup d’État du 9 juin 1923 met un terme aux espoirs démocratiques et installe un régime pro-fasciste. Prenant exemple sur l’Allemagne nazie, le tsar Boris III soumet la Bulgarie à un régime fortement autoritaire et en 1935 il installe une dictature personnelle. Le 1er mars 1941 Boris III signa le pacte tripartite et entre en guerre aux côtés de l’Allemagne contre la Yougoslavie et la Grèce.  Le trsar meurt en 1943 laissant son royaume à son fils de 6 ans Siméon II qui perdra définitivement la couronne au profit d’un régime communiste en 1946. Pour la petite histoire, une fois le régime communiste tombé le roi déchu reviendra dans son pays. En 2001, il prend la présidence du Mouvement national Siméon II (NDSV), une formation centriste et libérale et aux élections législatives du 17 juin 2001, le parti remporte 42,7 % des voix et 120 députés sur 240 à l’Assemblée nationale. Ayant trouvé un accord de coalition avec le Mouvement des droits et libertés (DPS), Simeon II est nommé Premier ministre. Il quitte la vie politique en 2009 sans avoir jamais été proche des idées fasciste de son père.

Aujourd’hui l’extrême droite bulgare est représentée par le mouvement Ataka créé en avril 2005 par le journaliste Volen Nikolov Siderov. Aux élections législatives du 25 juin 2005, il obtient 9 % des voix (21 députés sur 240 suite aux alliances, puis 12 après une scission) ; aux élections présidentielles de 2006  le national-populiste Volen Siderov, confronté au président socialiste sortant, Gueorgui Parvanov, n’obtient que 25 % des voix au second tour tout comme Jean Marie Le Pen en France en 2002. D’ailleurs, la même année, Ataka a envoyé une délégation à la fête des Bleu-blanc-rouge, fête annuelle du Front national, en vue d’une coalition au Parlement européen réunissant d’autres formations nationalistes ou populistes en Europe. Le parti est ouvertement anti-américain et antisioniste et opposé aux communautés minoritaires (en particulier les Turcs et les Tziganes, mais aussi les juifs) et à l’OTAN. Il propose d’instaurer le christianisme orthodoxe comme religion officielle du pays. En 2012, Dimitar Stoyanov fonde le Parti national-démocrate, une scission d’Ataka ce qui explique en grande partie le recul du mouvement aux élections européennes de 2014 où il n’obtient que 66 210 voix (2,96 %) et perd ses deux députés européens.

 à suivre

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