L’Arabie Saoudite s’offre un nouveau roi … vers la fin d’une génération

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La fondation 

Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud
Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud

Nous sommes le 3 mars 1924, Mustapha Kemal, nouvel homme fort à Istanbul décide d’abolir le Califat jugeant l’institution dénuée de sens au XXème siècle et responsable de la dégradation des valeurs de l’Islam. La volonté de réunir l’ensemble des musulmans sous un même pouvoir n’est plus et le monde sunnite se retrouve alors sans chef spirituel. Dans son royaume du Hedjaz, le chérif de la Mecque Hussein, chef de la famille hachémite se dit que c’est l’occasion en or, celle qu’il attend depuis qu’il s’est fait berné par les britanniques et se proclame immédiatement Calife. Son voisin immédiat, Sultan du Nedj et arrière-arrière-arrière-petit-fils de Mohammad Ibn Saoud que nous avons déjà croisé lorsqu’il avait envahi La Mecque un siècle plus tôt, sauta sur l’occasion pour enfin se débarrasser de ce royaume qui lui barrait la route de la mer et l’empêchait, lui, Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud, de rêver ce grand royaume arabe en mode « Saoud ».

Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud dénie toute légitimité à Hussein et lance une attaque sur La Mecque dont il chasse le Roi. Hussein, lâché par les Britanniques, est contraint d’abdiquer le 3 octobre en faveur de son fils ainé Ali et doit se réfugier à Amman où son fils Abdallah est devenu émir de Transjordanie. Pour autant, Abdelaziz  n’étant pas descendant de Mahomet, il ne peut prétendre au titre de chérif de La Mecque : c’est habillé en simple pèlerin qu’il entre à La Mecque le 13 octobre 1924 se proclamant simple gardien des deux saintes mosquées. En 1925, il prend Médine chassant définitivement le Chérif Ali de son royaume qui se réfugie à Bagdad où règne son frère Faycal. Ce jour là Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud abolit le titre de Chérif de la Mecque et fonde le royaume d’Arabie Saoudite.Il faut attendre encore presque une décennie pour qu’Abdel Aziz, proclamé en 1926 roi du Hedjaz et de ses deux villes saintes, La Mecque et de Médine, puis roi du Nejd en 1927, établisse officiellement le royaume d’Arabie saoudite en 1932.

Un mode de succession original

Le roi Abdallah 2005 - 2015
Le roi Abdallah 2005 – 2015

Chez les Saoud on ne se succède pas sur le trône de père en fils mais de génération en génération. Ainsi depuis la mort du fondateur Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud  qui aura régné de 1925 à 1953, ce sont 5 de ses 53 fils qui se sont succédés à la tête du royaume : Saoud ben Abdelaziz Al-Saoud, roi de 1953 à 1964, Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud, roi de 1964 à 1975, Khaled ben Abdel Aziz Al-Saoud, roi de 1975 à 1982, Fahd ben Abdelaziz Al Saoud, roi de 1982 à 2005 et Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, roi depuis 2005. Ce royaume est peu à peu devenu une gérontocratie religieuse.

Ce dernier avait assumé la régence de 1995 à 2005 suite à un infarctus de son frère Fahd puis a régné 10 autres années jusqu’à son décès annoncé dans la nuit du 22 janvier 2015 à l’âge de 91 ans. Né en 1923,  Abdallah voit le jour dans un royaume aux contours encore assez éloignés de ceux d’aujourd’hui. Elevé à la Cour, dans des conditions matérielles encore très sommaires (la découverte du pétrole intervient en 1937), Abdallah est le dixième fils du souverain. Il est apparenté de par sa mère, Fahda bint Asi, à la grande tribu des Chammar, présente dans le Nejd, au centre de la péninsule arabique, jusqu’en Syrie, mais il est le seul héritier mâle de cette union, contrairement à certains de ses demi-frères liés par leurs mères, les Jilououis et surtout les Soudeyris.

Un prince libre (en italique source le Monde)

Abdallah est séduit par le nationalisme panarabe, il est selon certaines sources à deux doigts de rejoindre ses aînés les « princes libres » qui quittent Riyad pour le Caire et le nassérisme en 1961. Il faut attendre la lutte d’influence entre le premier héritier, Saoud, devenu roi en 1953, et Fayçal, le troisième fils d’Abdel Aziz, pour le voir apparaître au premier plan aux côtés du prince contestataire. Lorsque Saoud quitte le royaume officiellement pour raisons de santé, en 1961, Fayçal propulse Abdallah à la tête de la Garde nationale, l’un des instruments chargés de garantir la pérennité de la dynastie, avec la Garde royale et l’armée, après avoir évincé le propre fils de Saoud, Saad. Abdallah, qui dispose de la confiance des tribus qui la composent en fera le bras armé le plus fiable de la dynastie même si elle sera prise en défaut lors de l’attaque contre le sanctuaire de La Mecque par Jouhayman Al-Otaibi, en 1979.

Chaque fois que ses demi-frères tenteront de l’écarter de la succession, ils s’efforceront, en vain, de priver Abdallah de la direction de la Garde nationale qui assure notamment la protection des champs pétroliers. Cette position stratégique ainsi que la nécessaire collégialité qu’implique le mode de succession complexe qui prévaut pour les héritiers d’Abdel Aziz (l’épuisement des candidats de la première génération de prince avant le passage à la suivante) explique la promotion d’Abdallah au poste de second vice-premier ministre au lendemain de l’assassinat de son mentor politique, Fayçal, et de l’accession de Khaled au trône, en 1975. 

Héritier en second après Fahd, Abdallah parvient à maintenir ses positions pendant le règne de Khaled en dépit de l’étau du clan des Soudeyris dont les membres les plus éminents (outre Fahd) trustent les postes de responsabilités, Sultan à la défense, Nayef à l’intérieur et Salman au gouvernorat de Riyad. Lorsque Fahd accède au trône après la mort de Khaled, il devient premier vice-premier ministre, et de ce fait prince héritier. En dépit de certaines nuances, les deux hommes cohabitent assez bien. Leur partage du pouvoir (Fahd se charge des contacts avec l’Occident alors qu’Abdallah maintient les liens avec les pays arabes) a tôt fait de classer le prince héritier parmi les conservateurs hostiles à l’Occident. Une impression que la suite de son parcours va dissiper.

Salman, le nouveau roi de 78 ans

le nouveau roi Salman
le nouveau roi Salman

Le prince Salman Ben Abdel Aziz, 79 ans, qui devient roi d’Arabie saoudite après la mort d’Abdallah, bénéficie d’une réputation de probité et est considéré comme un arbitre respecté au sein de la famille royale. Il était premier vice-Premier ministre et ministre de la Défense, numéro deux du royaume qui a assumé pendant 50 ans les responsabilités de gouverneur de Ryadh, la capitale.

Né à Ryad le 31 décembre 1935, le prince Salman est le 25ème  fils du roi Abdel Aziz et fait partie du clan des Soudaïri, les sept fils d’une même mère, Hassa bint Ahmad al-Soudaïri, favorite du roi. Parmi ses frères figuraient le roi Fahd et les princes Nayef et Sultan, tous trois décédés.

Salman souffre de problèmes de santé et a notamment été opéré en 2010 d’une hernie discale. Il souffrirait également de démence, selon NPR et The Atlantic. C’est pourquoi tous les regards sont tournés vers le dernier fils du fondateur encore en vie déjà désigné prince héritier, le prince Muqrin. En le désignant,  Salman coupe court à toutes les spéculations sur son accession à la tête du premier pays exportateur de pétrole.

Le vrai maître de l’Arabie Saoudite?

Le prince Muqrin
Le prince Muqrin

En octobre 2005, Muqrin a été chargé de diriger les services du renseignement. Près de sept ans plus tard, en juillet 2012, il devient le conseiller et émissaire personnel du roi Abdallah. En février 2013, il a été désigné deuxième vice-président du conseil des ministres, ouvrant la voie à sa nomination future au statut de prince héritier.

Cette position avait été confirmée par un décret royal fin mars 2014, lorsque le souverain lui a donné le statut de « prince héritier du prince héritier ». Il est ainsi prévu qu’il accède au trône « en cas de vacance simultanée des postes de prince héritier et de roi ». Le texte diffusé alors stipulait par ailleurs que cette nomination, décidée par « plus des trois quarts » des 34 membres du Conseil d’allégeance et avec la caution de Salman, le prince héritier devenu nouveau roi, était irrévocable.

Mais une source politique saoudienne a affirmé que « sept princes membres du Conseil d’allégeance [avaie]nt émis des réserves », une allusion aux divisions au sein de la famille régnante sur cette nomination inédite. Contrairement à Salman, Muqrin ne fait pas partie du clan des Soudeyris, les sept fils nés d’une des épouses d’Abdel Aziz, Hassa. Lui, a une mère yéménite, ce qui fait que son éventuelle accession au trône créerait un précédent dans le pays : le roi a toujours été issu d’une mère saoudienne de souche.

Muqrin est par ailleurs connu pour son hostilité déclarée à l’Iran, le voisin chiite qu’une rivalité historique oppose à l’Arabie saoudite et qui a été exacerbée par les ambitions régionales de la République islamique. Dans un télégramme diplomatique américain de 2009, révélé par WikiLeaks, le prince s’inquiétait que « le croissant chiite fut en passe de devenir une pleine lune », en référence à l’influence croissante de Téhéran au Moyen-Orient.

Réputé modeste et sensible aux préoccupations de ses concitoyens, Muqrin représente la frange libérale dans un pays ultraconservateur. Cette réputation le présente ainsi comme le garant d’une continuité des réformes économiques et sociales entamées par le roi Abdallah. Il préside, à l’instar d’autres membres de la famille régnante, plusieurs organisations sociales. Marié deux fois, ce père de 15 enfants, dont six garçons, s’intéresse par ailleurs aux questions agricoles et astronomiques.

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