Les 1 000 coups de fouet de Raif Badawi au nom de la liberté d’expression

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@raif_badawi
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Que sait on du jeune blogueur saoudien Raïf Badawi condamné à 10 ans de prison, 225 000 euros d’amende et 1 000 coups de fouet pour avoir créé un site “critiquant” le gouvernement d’Arabie saoudite et l’islam ?

Emprisonné depuis juin 2012, il a reçu le 9 janvier dernier ses 50 premiers coups de fouet. Il devrait en être de même pendant vingt semaines d’affilée, jusqu’à ce qu’il reçoive les 1 000 coups prévus. Son crime c’est d’avoir, selon ses juges insulter l’islam, désobéit à son père et d’être un apostat. Il aurait ainsi renié sa religion, l’Islam, qui est en Arabie Saoudite la religion d’Etat, source du droit et de la légitimité institutionnelle dans l’Etat de la Mecque et de Médine. Selon RFI, Raif et son père ne se sont jamais entendus. M. Badawi père n’aurait d’ailleurs rien entrepris pour libérer son fils  lorsque les autorités ont accusé Raïf d’insultes à l’islam. Au contraire il a clairement condamné ce fils moderniste, porteur d’espoirs pour les uns, d’ennuis et de scandales pour les autres.

Depuis 2006, je jeune blogueur animait des débats politiques sur un forum de discussion en ligne où il faisait l’apologie de toutes les religions affirmant la nécessité de reconnaitre toutes les croyances en les écartant du pouvoir temporel par le biais d’une société fondée sur la laïcité… c’est le petit père Combes dans le désert de la dynastie saoudienne …  Alors bien sur, dans cette période de mobilisation internationale en faveur de la liberté d’expression on ne peut que défendre le droit à la libre parole pour les blogueurs du monde entier. On ne cessera néanmoins jamais de rappeler que l’Internet, bien que virtuel, est soumis aux lois du pays où chacun s’exprime. Il ne s’agit pas d’une terre vierge de toute source normative où s’appliqueraient les lois du pays le plus libre dans un domaine ou dans un autre. Quand on s’exprime depuis l’Arabie Saoudite sur le net, on est soumis aux lois qui s’appliquent en Arabie Saoudite tout comme quand on s’exprime depuis la France, les lois de la République ont vocation à s’appliquer.

Alors oui on peut faire pression sur le gouvernement saoudien pour que les choses changent. On peut aussi demander au souverain de faire preuve de retenue dans la punition qu’il entend faire subir au contrevenant mais n’oublions jamais que les saoudiens sont chez eux en Arabie Saoudite, un pays indépendant. On ne peut à la fois expliquer aux pays musulmans scandalisés par les publications de Charlie Hebdo que la France est un pays où s’applique la liberté d’expression et de caricaturer et donc que leurs protestations sont vaines et malvenues et dans le même temps leur faire des remontrances sur l’application de leurs propres lois sur leur propre territoire. L’universalisme des valeurs est bizarrement toujours à sens unique…

Raïf Badawi, courageux activiste politique de 31 ans a pris des risques dont il était pleinement conscient. Son combat est courageux et doit être salué. L’occident a pour devoir, au nom de ses valeurs, de défendre sa femme et ses trois enfants – Enjoua 11 ans, Terad 10 ans et Meriem 7 ans – qui sont réfugiés au Québec depuis un an. Ensaf, son épouse, a expliqué à RFI dans un français approximatif qu’elle était très inquiète qu’elle craignait que son mari ne puisse supporter physiquement une deuxième série de coups de fouet. En effet, la justice a annulé vendredi 16 janvier la deuxième séance pour raisons médicales. Toujours, selon RFI, le médecin de la prison a jugé que les blessures provoquées par les premiers coups de fouet ne sont pas suffisamment cicatrisées. Le même jour, le cabinet du roi a fait savoir que le dossier de Raïf Badawi serait réexaminé par la Cour suprême dans les prochains jours… Selon les informations du Journal de Montréal, les autorités saoudiennes auraient l’intention de soumettre Raïf Bada­wi à une deuxième séance de 50 coups de fouet, et ce, malgré la mobilisation internationale pour sa libération. Pour autant, il pourrait échapper une nouvelle fois à sa deuxième séance de flagellation, prévue vendredi 23 janvier, pour raisons de santé selon Amnesty International. L’organisation s’appuie sur les préconisations d’une commission médicale, composée de huit médecins, qui a examiné le blogueur de 31 ans, jeudi, dans un hôpital de Jeddah.

Mise à jour du 19/02/2015 via la règle du jeu.org: plusieurs députés européens UMP ont voté au Parlement européen contre la résolution demandant la libération du blogueur libéral saoudien. Jeudi 12 février, un communiqué de presse du Parlement européen annonçait que, parmi trois résolutions relatives aux droits de l’homme, les députés avaient adopté un texte en faveur de ce jeune père de famille Parmi les initiatives en faveur d’une annulation de la condamnation, il y a ainsi la résolution du Parlement européen. Condamnant vigoureusement la flagellation de Raïf Badawi et y voyant « un acte de cruauté révoltant », les députés demandent aux autorités saoudiennes de le libérer immédiatement et sans condition, et que la condamnation et les peines qui ont été prononcées contre lui, dont l’interdiction de quitter le territoire, soient annulées. Les élus estiment en outre que le cas du blogueur est « symptomatique des atteintes à la liberté d’expression et d’opposition pacifique dans le pays, et, plus largement, de la doctrine d’intolérance et d’interprétation extrémiste du droit islamique prônée par le royaume ». 153 députés européens ont néanmoins voté contre cette résolution. On trouve notamment Angélique Delahaye , Françoise Grossetête, Brice Hortefeux, Alain Lamassoure, Nadine Morano, Renaud Muselier , Maurice Ponga et Franck Proust, tous élus UMP …

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