La belle histoire du boulanger qui nous prend pour des cons

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Je n’avais prêté qu’une oreille fatiguée et inattentive à cet événement qui semble ravir nos gazettes plus ou moins libérales. Or à l’heure de mon premier café j’entends à la radio : « François Fillon s’est entretenu ce matin avec Stéphane Cazenave (…) Il lui a exprimé tout son soutien dans sa volonté d’être libre. » Alors non, Stéphane Cazenave n’est pas otage d’un groupe terroriste quelque part entre la Syrie et l’Irak. Il est boulanger à Saint-Paul-les-Dax, dans les Landes.

Stéphane Cazenave
Stéphane Cazenave

Pour être plus exact, Stéphane Cazenave est un boulanger landais pas du tout content !

Le Figaro d’hier rapportait l’histoire :  Un arrêté préfectoral datant du 25 mars 1999 impose en effet aux boulangeries du département des Landes de fermer au public au moins un jour par semaine: «Dans l’ensemble des communes du département des Landes, tous les établissements, parties d’établissements, dépôts, fabricants artisanaux ou industriels, fixes et ambulants, employant ou non des salariés, dans lesquels s’effectue à titre principal ou accessoire la fabrication ou la vente au détail ou la distribution de pain, emballé ou non, et en règle générale tous les points de vente de pain, seront fermés au public et cesseront toute activité de cette nature un jour par semaine choisi librement par le chef d’entreprise. Cette fermeture doit s’entendre par journée complète de vingt-quatre consécutives de 0 heure à 24 heures». En plein débat sur le travail du dimanche, deux inspections du travail sont donc venues lui rappeler cette obligation. Il est désormais obligé de fermer le lundi pour se conformer à la loi. «Cela représente une perte sèche de 250 000 euros de chiffre d’affaire par an, je vais devoir licencier un ou deux salariés», affirme le boulanger.

On comprend donc qu’un stupide arrêté préfectoral empêche notre bon boulanger bien de chez nous d’ouvrir 7 jours sur 7 pour nourrir toutes les jolies têtes blondes des Landes. C’est pourquoi il reçoit le soutien d’un ancien Premier ministre de droite dans son combat juste contre une mauvaise loi …afin de ne pas perdre 250 000 € de chiffre d’affaire dans l’année et de devoir supprimer presque 10 % de sa masse salariale.

Bref on nous prend pour des cons !

Commençons par François Fillon qui est scandalisé par la situation du pauvre boulanger et qui ne comprend pas qu’on vienne l’emmerder maintenant pour qu’il ferme un jour par semaine … Fillon semble ainsi penser que cette loi est conne, qu’il aurait fallu la modifier et qu’il est légitime, en attendant, de ne pas la respecter… car bien sur, l’arrêté est basé sur la loi. La question que je me pose est naturellement de savoir si l’ancien Premier ministre UMP aurait la même attitude si le boulanger avait 25 ans, s’appelait Ahmed et travaillait dans une banlieue chaude de Paris… Parce qu’en général à Bobigny, Saint Denis ou Stains, quand tu n’es pas d’accord avec la loi qu’on veut t’imposer, il n’y a pas d’ancien Premier ministre de droite pour venir te féliciter ou t’exprimer son soutien …

Et puis sérieusement, cette loi, elle existe depuis des années et a fait l’objet de nombreuses circulaires des ministres concernés notamment en 1995 et 2000 alors si vraiment François Fillon avait trouvé ça scandaleux je crois qu’il aurait pu trouver un moyen d’y remédier notamment en tant que Ministre des affaires sociales, du Travail et de la Solidarité entre 2002 et 2004, époque où il avait donc l’entière responsabilité de ces sujets … et vous voyez je suis sympa je ne parle pas de l’époque où il était tout simplement le chef du Gouvernement et donc de toute l’administration de ce pays entre 2007 et 2012 !

Ensuite les libéraux de tous poils et notamment les journalistes économiques qui semblent s’être tripotés toute la nuit sur ce sujet en rédigeant leurs chroniques matinales sur une idée simple : la technocratie crypto communiste qui trouve jouissif de brimer un pauvre entrepreneur qui ne demande qu’à travailler plus pour employer plus … Un beau panorama du sujet qui ne dit pas que ces dispositions réglementaires ont été réclamées à corps et à cri par les professionnels de la boulangerie eux même ! Cette réglementation vise à protéger les petits artisans boulangers, menacés par la prolifération des points chauds qui vendent du pain industriel et des points de vente de pain dans les grandes surfaces…. C’est justement ce que dit Jean-René Labat, artisan soustonnais qui préside la Fédération départementale des boulangers et pâtissiers des Landes, farouchement favorable au fameux arrêté de 1999 du préfet des Landes…

Le boulanger qui nous prend pour des cons ou qui mérite un contrôle fiscal !

Les études menées en 2011 nous montrent que les pâtissiers boulangers ont vu leur chiffre d’affaires progresser de 1,6% sur l’année grâce notamment à une bonne maîtrise des charges de personnel, qui représentent 27% de leur chiffre d’affaires, selon la FCGA. En moyenne, toujours selon la même fédération, un boulanger-pâtissier a un chiffre d’affaires moyen de 237 000 euros par an.

Pour autant, selon Stéphane Cazenave, la fermeture un jour par semaine de sa boulangerie « Cela représente une perte sèche de 250 000 euros de chiffre d’affaire par an, je vais devoir licencier un ou deux salariés». Ça voudrait dire que ce boulanger a un chiffre d’affaires de 1 750 000 € par an qui représenterait un CA presque 8 fois supérieur au CA moyen constaté en France dans son métier !

Enfin la première réaction de notre artisan à l’énorme chiffre d’affaires, dès qu’il a une difficulté financière, est de licencier 1 ou 2 de sa vingtaine de salariés …  20 salariés pour 1 artisan boulanger … nonobstant le côté scandaleux chez un artisan patron de toujours mettre en cause l’emploi comme première variable d’ajustement  financière, on aimerait savoir ce qui se cache derrière les comptes d’un artisan boulanger landais qui a 20 employés et un chiffre d’affaires 8 fois supérieur à la moyenne nationale … un petit contrôle fiscal?

Bref le boulanger nous prend pour des cons et bizarrement Fillon et Bayrou accourent pour répondre à l’appel …

3 thoughts on “La belle histoire du boulanger qui nous prend pour des cons

  1. facebook

    Avec ce que le ministère du travail a fait comme dégraissage au niveau des contrôleurs de travail sous Fillon, il doit pas comprendre comment ceux-ci arrivent encore à dégoter des affaires pareilles …

  2. Je trouve quand même hallucinant qu’une boulangerie n’aie pas le droit d’ouvrir 7 jours sur 7. Que chaque salarié aie le droit à un repos minimal hebdomadaire me semble être un droit imprescriptible, mais on n’est pas dans ce cas là.
    En revanche, on pourrait aisément imaginer une surtaxe pour le 7e jour travaillé d’une entreprise dans certains secteurs d’activité, en compensation de ceux ne pouvant se le permettre, dans les secteurs d’activités où ce 7e jour ne doit pas nécessairement être un dimanche (commerces alimentaires, notamment).
    Ce qui permettrait, en outre, de + taxer les fast-foods et les + gros groupes qui peuvent se le permettre, au bénéfice d’une équité envers les petits.

    Ca m’a toujours semblé + intelligent de dissuader plutôt que d’interdire.

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