Quand Juppé pousse Sarkozy à la faute …

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pousse toi de là
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On a beau croire que l’UMP a perdu une élection dimanche dernier dans le Doubs et pourtant ce n’est qu’une vaguelette pitoyable en comparaison du naufrage possible que la maison Sarkozy pourrait connaitre dans cette même circonscription du Doubs dimanche prochain sans même y présenter le moindre candidat…

Le piège politique en vue du second tour de 2017

Au lendemain du 1er tour qui a été marqué par l’élimination du candidat de droite au bénéfice des candidats du PS et du FN, les chefs de file de l’UMP ne semblaient disposer que de deux réponses envisageables : le front républicain ou la politique du « ni … ni ». Dans le premier cas il s’agissait d’appeler à voter pour le socialiste et donc de se fâcher avec l’aile droite du parti et dans l’autre de fermer les yeux sur les reports de voix prévisibles en renvoyant dos à dos le PS et le FN … quitte à se fâcher avec les centristes mais surtout à fragiliser sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 pour laquelle les deux candidats potentiels de l’UMP s’estiment assurés de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen… Quel candidat de l’UMP pourrait ne serait ce que demander aux socialistes de voter pour lui en 2017 quand il aura refusé de condamner le FN dans une circonscription législative du Doubs en février 2015 ?

Nicolas Sarkozy n’a pas senti le piège se refermer sur lui et commence juste à comprendre qu’Alain Juppé est bien décidé à lui faire la peau ne ratant aucune occasion de le faire trébucher… Dès lundi Alain Juppé sait qu’il a un truc à jouer et qui en plus ne va rien lui couter. Depuis que le FN est apparu dans le ciel de la droite, Juppé fait parti de ceux qui n’ont jamais varié dans leur discours avec comme leitmotiv : « tout sauf le front national ». A chaque fois que la question s’est posée, le maire de Bordeaux suivant le modèle de son mentor Jacques Chirac a toujours répondu de la même manière et il n’y avait aucune raison que cela change… entre un candidat socialiste et un candidat FN il choisit le candidat socialiste.

Le piège idéologique

Cette idée de base, c’est même l’ADN de l’UMP, la raison de son existence… La création de l’UMP est la conséquence directe du 21 avril 2002, c’est en fait la réponse de Chirac et Juppé à la présence de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle et au ralliement temporaire de l’immense majorité des électeurs de gauche au sein d’un front républicain…

Pour la première fois depuis 2012, le Front national et le Parti socialiste s’affronteront lors d’un second tour d’élection législative partielle. C’est l’heure du choix et Juppé sait que Sarkozy, créateur de la théorie du « ni …ni » est complètement bloqué. Non seulement le président de l’UMP a été le pourfendeur du front républicain pendant des années mais en plus, c’est lui qui a orchestré depuis 2005 le basculement de l’UMP du centre droit vers la droite « forte » rendant de ce fait plus compliqué l’appel à voter socialiste…

La ringardisation de président de l’UMP : d’une mauvaise com à la faute politique

Nicolas Sarkozy à Abu Dhabi en 2013
Nicolas Sarkozy à Abu Dhabi en 2013

Ce que Juppé sait aussi, c’est que Sarkozy n’a pas anticipé la défaite de l’UMP et qu’il a non seulement la tête ailleurs mais aussi tout le reste. Cela fait déjà quelques temps que le président de l‘UMP a accepté de participer à une conférence rémunérée à Abu Dhabi, capitale des Emirats Arabes Unis le lundi 2 février. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il avait fixé (bien avant le scrutin) la date du bureau politique post 1er tour non pas au lundi mais au mardi 3 février ce qui lui permettrait de revenir tranquillement de son déplacement professionnel personnel…

Le Lundi 2 février au matin, les militants, les cadres et les sympathisants de l’UMP se réveillent avec la gueule de bois, traumatisés par l’élimination de leur candidat dans le Doubs… Nicolas Sarkozy lui est à Abou Dhabi pour une conférence très privée… et surtout très rémunérée… Ce sont les adjoints et la garde rapprochée qui sont chargés de calmer les esprit et de communiquer sur la réunion prévue le mardi … à la question « pourquoi mardi et pas lundi », ils répondent en cœur « pour ne pas agir précipitamment et prendre le temps de la réflexion… » … en fait pour permettre à Sarkozy de revenir d’Abu Dhabi dans la nuit …

C’est le moment que Juppé choisi pour frapper un grand coup. Alors que le président de l’UMP est dans l’avion, le maire de Bordeaux prend position en publiant un post sur son blog. Tous les observateurs ne retiendront que la dernière phrase : « si j’étais électeur de la 4ème circonscription du Doubs, je sais ce qu’en mon âme et conscience je ferais : pour barrer la route à une candidate FN qui croit, entre autres choses, « en l’évidente inégalité des races », je ne m’abstiendrais pas, je voterais pour le candidat qui l’affronte, c’est-à-dire le candidat PS. » Et chacun d’expliquer que Juppé appelle au Front républicain et soutient le PS … On a même droit à l’inénarrable maire de Levallois expliquant que Juppé tourne socialiste et « devrait dès lors participer à la primaire socialiste plutôt qu’à la primaire UMP » … le mot traitre semble apparaitre sur les lèvres méprisantes entourant un cigare cubain …

Personne ne semble avoir lu le post dans sa totalité. Juppé écrit : « Il faut donc faire barrage au FN […} Ce n’est pas pour autant que je vais m’engager dans un Front Républicain qui scellerait une alliance avec le PS. Le sens de mon combat, c’est de réussir l’alternance, c’est-à-dire de rompre avec la politique conduite depuis 2012 et qui a plongé notre pays dans le marasme. Pour tout dire, je ne suis pas sûr que les citoyens d’aujourd’hui attendent les consignes d’un parti avant d’aller voter. Chacun choisira en son âme et conscience. » Ce faisant Juppé fixe le juste compromis entre un front républicain que peu de militants souhaitent à l’UMP et un refus de se positionner qui condamnerait l’idée même d’un report dans l’autre sens au moment de l’élection présidentielle … Une position de compromis que Nicolas Sarkozy souhaitait imposer à l’UMP mais qu’il n’a pas encore pris le temps de proposer puisqu’il est dans l’avion… c’est désormais la position « Juppé », par nature condamnée immédiatement par tous les « sarkozystes » qui ne savaient que c’était la position de leur lutin présidentiel…

Descendant de son jet privé Sarkozy est fou de rage. Il ne peut plus s’en sortir qu’en tachant de faire œuvre de consensus en vue d’un bureau politique sous haute tension. Il propose ainsi deux textes reprenant à son compte la version « ni … ni » et la version « Juppé » affirmant haut et fort qu’il soutient la seconde … en vain … c’est le « ni … ni » qui l’emporte contre l’avis de Juppé mais surtout contre l’avis de Sarkozy, souverain de plus en plus contesté dans son propre royaume…

Juppé, en à peine 48h00, a obligé Sarkozy à afficher son incapacité à rassembler ses troupes et surtout à reconnaitre son isolement à la tête de l’UMP. Plus encore au moment même où Sarkozy est enfoncé jusqu’au cou dans le bourbier de ses propres contradictions, Alain Juppé quitte le bureau politique pour rejoindre le plateau du journal de France 2 afin de très clairement se foutre de la gueule de l’ancien président dont il salue “les louables efforts de synthèse”

La politique c’est meilleur bien saignant !

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