De l’apologie de la punition …

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la fessée, plus qu'un coup de sang
la fessée, plus qu’un coup de sang

Tout le monde en parle : le Conseil de l’Europe a estimé lundi 2 mars que le droit français “ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels”. En d’autres termes, l’Europe menace de punir la France à cause de sa pratique de la fessée punitive … à ne pas mélanger avec la fessée made in DSK ! A la différence d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), une décision sur une telle réclamation n’a pas de caractère contraignant, mais sa portée symbolique constitue un moyen de pression supplémentaire sur les Etats. Le Conseil de l’Europe incite ainsi depuis plusieurs années ses Etats membres à bannir les châtiments corporels infligés aux enfants. A ce jour, 27 des 47 pays membres de l’organisation ont adopté une législation en ce sens, à commencer par la Suède, élève modèle dès 1979 et chantre de la “parentalité positive”, qui promeut une éducation sans punitions physiques d’aucune sorte…

Dans les faits, force est de constater que si l’on fait un lien entre éducation et criminalité, la Suède a un taux d’homicides volontaires inférieur à la France. En 2013 on comptabilisait ainsi 0,7 homicides volontaires pour 100 000 habitants contre 1 pour 100 000 en France. Pour autant, la Finlande qui a les mêmes pratiques que la Suède est à un taux de 1,6 … bref ce n’est pas très concluant … alors pourquoi empêcher la fessée?

Les anti-fessée regroupant la quasi-totalité des psychiatres et des psychologues s’entendent depuis longtemps pour considérer le chatiment corporel comme l’expression d’une faillite éducative. “Dans la pensée clinique, on frappe parce que les mots ne suffisent plus. On frappe lorsque le langage fait défaut que seul peut survenir le geste, le corps, les mains. La fessée intervient fréquemment comme un passage à l’acte incontrôlé dans un moment de saturation émotionnelle. Mais ce geste n’obéit pas nécessairement à ce surgissement pulsionnel. Il peut parfois avoir fait l’objet d’une mentalisation, d’une anticipation c’est-à-dire avoir été pensé et réfléchi. Certains parents expliquent par exemple se contenter d’appliquer strictement l’éducation qu’ils ont eux-mêmes reçue et qui, à défaut d’être parfaite, ne leur pas a nui outre mesure.”

Bref, l’idée “qu’une petite fessée n’a jamais tué personne” serait une survivance de la conscience collective, attisée par une longue tradition occidentale plébiscitant le châtiment corporel à l’encontre de l’enfant, ce dernier n’ayant d’ailleurs pas toujours disposé, au zénith de cette histoire, du statut de “personne”. Pour les crétins que nous sommes (contrairement aux psychiatres et psychologues ayant démontré leur efficacité tout au long du XXème siècle) lorsque toutes les autres méthodes ont échoué, la fessée transparaît comme la seule véritable alternative éducative pour “rappeler à l’ordre” l’enfant trop tapageur.

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Emmanuel Jaffelin

En 2014, le philosophe Emmanuel Jaffelin publiait son 4ème ouvrage. Après Éloge de la Gentillesse en 2010, Petit éloge de la Gentillesse en 2011, Petite philosophie de l’entreprise en 2012 et On ira tous au Paradis (Croire en Dieu rend-il crétin ?, 2013), voici venu me temps de son  Apologie de la Punition publiée chez Plon.

Il écrit ceci : Comme si l’histoire avait pris le parti de la douceur contre la violence, la punition est méprisée, honnie, chassée de la famille et de l’école. Elle subsiste marginalement dans le sport (les pénalités) et dans la diplomatie, quand il s’agit de punir les états voyous. Aujourd’hui considérée comme antidémocratique, la punition ne s’adresse en fait qu’à ceux qui se rendent coupables de comportements jugés non démocratiques (le professeur qui gifle son élève, le père qui donne une fessée à son fils et se retrouve condamné à 500 euros d’amende à Limoges). En même temps, sous couvert d’humanité, on laisse croupir une foule de détenus dans des prisons (avec un taux de récidive à 60% et un suicide tous les trois jours), sans leur proposer de vraie possibilité de se racheter aux yeux de la société par le biais d’une punition. La punition est aujourd’hui cachée, taboue, elle n’est absolument plus pensée comme la meilleure façon d’empêcher la vengeance alors qu’elle est par essence le premier pas vers le pardon, un moyen de réparer, de recoudre le tissu social. Il est temps de la réhabiliter en la repensant véritablement pour proposer une justice enfin réparatrice, fondée sur la responsabilité et le pardon.

L’interdiction de la fessée serait donc la partie visible de l’Iceberg qu’est la déchéance de l’ordre social. En niant les différences, la hiérarchie, la règle et donc la sanction, nous remettons en cause le mode de fonctionnement basique de tous les groupes humains sans proposer d’alternative crédible. La punition est selon lui la porte de sortie permettant la réinsertion dans le groupe, qu’il soit familial ou plus largement social. Elle est par essence le premier pas vers le pardon, un moyen de réparer, de recoudre le tissu social. Le recours à la fessée, sanction humiliante, on répare la faute.  “Dans l’humiliation, on commence à travailler sur soi, dans un regard bienveillant. Dans l’humiliation, il y a un cheminement vers le pardon, vers la réconciliation. La norme, c’est le pardon”. Ainsi donc est il de  réhabiliter la punition en tant que telle, en la repensant véritablement pour proposer une justice enfin réparatrice, fondée sur la responsabilité et le pardon.

 On voit ainsi bien qu’au de là de la fessée, micro phénomène médiatique, c’est tout notre rapport à la sanction qu’il faut repenser. La réinsertion conséquence du pardon ne peut se faire sans une exclusion initiale.

1 thought on “De l’apologie de la punition …

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