En vrac mais pas par hasard … rendez moi la guerre froide !

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Barbara Beach dans l'espion qui m'aimait, la guerre froide avait du bon
Barbara Beach dans l’espion qui m’aimait, la guerre froide avait du bon

L’espionnage, c’est un peu une thématique d’un autre âge qui nous renvoie à une époque bénie pour la géopolitique, la deuxième moitié du XXème siècle, ces quelques décennies où finalement, il suffisait de choisir un camp : l’Ouest ou l’Est, le Bien ou le Mal (et vice-versa). Epoque bénie donc pour les adeptes d’une géopolitique binaire mais dramatique pour les scénaristes de la télévision et du cinéma… Avouez le vous non plus vous n’en pouviez plus de ces James Bond affrontant plus ou moins toujours les mêmes méchants … Bref le XXIème siècle, à la méchanceté plus variée devait être le siècle où disparaîtraient nos amis espions : plus de méchant plus de justification à dépenser des milliards de dollars à se défendre contre eux … on dirait presque un programme politique pour Jimmy Carter !

Naturellement ce ne fut pas le cas. La nature a horreur du vide, presque autant que l’industrie militaire et ses principaux clients. Comme nous n’avions plus personne à espionner en particulier … la NSA et la CIA se sont mises à écouter tout le monde … vite copiées, à une échelle moindre, par tous les services de renseignements du monde. Un ennemi, l’Occident n’a pas tardé à en trouver un … nous n’y reviendrons pas ici… Mais ce qui est vraiment intéressant c’est qu’à force de s’espionner mutuellement, les alliés d’hier en sont devenus plus que jamais méfiants et les vaincus de la guerre froide en ont repris du poil de la bête.

En France on découvre ainsi les grandes oreilles de l’Ambassade de Chine qui a installé au cœur de la région parisienne l’un de ses plus grand centre d’interception de communications en Europe de l’Ouest … grand mais sans commune mesure avec les grandes oreilles américaines installées sur une base militaire en plein territoire britannique avec l’accord et le soutien de la toujours plus perfide Albion… Quand on pense que les locaux des ambassades américaines et britanniques sont à moins de 300 mètres du bureau du Président de la République, ça laisse songeur sur nos capacités à préserver le secret de notre politique …

Mais tout cela va beaucoup plus loin. Imaginez donc que le New Zealand Herald et le site The Intercept, ont révélé,sur la base de documents fournis par le lanceur d’alerte Edward Snowden, que les services de renseignement néo-zélandais ont mis en place un système de surveillance de masse des communications dans le Pacifique, qui touche notamment la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française ainsi que probablement les îles Wallis et Futuna …

Le Government Communications Security Bureau (GCSB), les services de renseignement néo-zélandais, a mis sur pied un vaste système de collecte d’informations sur les échanges téléphoniques et le trafic Internet des habitants de plus d’une dizaine de pays et d’îles de la région, dont Tuvalu, Nauru, Kiribati, les Samoa, Vanuatu, les îles Salomon, Fidji, Tonga mais aussi la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie… En se branchant directement sur les câbles sous-marins par lesquels transite la quasi-totalité des communications de la région, la base de Waihopai enregistrait l’intégralité de ces informations, montrent les documents publiés par les deux médias.

Vladimir Poutine, le méchant idéal?
Vladimir Poutine, le méchant idéal?

Jusqu’en 2009, les informations collectées n’étaient partagées que de manière sélective avec le reste de l’alliance dite « five eyes » – Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada – qui a mis sur pied le plus grand système de collecte d’informations de l’histoire de l’humanité sous l’égide de la NSA américaine. Mais à partir de 2009 (soit au moment où Barack Obama accède à la Maison Blanche), le système de surveillance devient capable d’intercepter l’intégralité du contenu des communications, et commence à collecter des informations de manière massive et systématique. Le GCSB transmet alors l’intégralité des données collectées à la NSA et à ses partenaires.

Depuis des mois on nous rabâche les oreilles du danger Poutine et pour cause, la Russie s’engage dans une troisième guerre en moins de 10 ans aux frontières de l’Europe et ça se rapproche dangereusement : Tchétchénie,  Géorgie et Ukraine… Bref l’ennemi serait ainsi à nouveau à l’Est, sorte de péril rouge/brun avec à sa tête un tyran à moitié fou… Cette petite histoire qu’on nous répète à l’envie, j’ai bien voulu y croire sauf que …

la série qui nous replonge dans les années 80
la série qui nous replonge dans les années 80

Sauf que les apparences sont trompeuses,  la guerre en Tchétchénie a empêché l’installation d’un foyer islamiste aux portes de la Russie, les guerres en Géorgie comme en Ukraine ont été provoquées par la volonté des Etats-Unis d’étendre l’Otan (bras armé américain anti-Russe) jusqu’aux territoires qui formaient dans le passé l’URSS alors que l’Europe et les Etats-Unis s’étaient formellement engagés à ne jamais envisager l’adhésion à l’OTAN de pays anciennement soviétiques. L’annexion de la Crimée est d’une logique historique implacable … nous en avons déjà parlé. En d’autres termes, Poutine et sa politique étrangère n’ont jamais été une menace pour la France ou l’Europe. La Russie défend ses intérêts ce qui est la moindre des choses quand on parle de politique mais ce qui nous parait également étrange alors que depuis 8 ans, sous l’égide de Nicolas Sarkozy et François Hollande, nous  avons abandonné l’essence même de la politique étrangère française : notre indépendance.

On en viendrait presque à rêver d’un retour à cette géopolitique binaire et simplissime, celle des années 80. Cela explique probablement le succès de la série The Americans qui raconte la vie de Phillip et Elizabeth Jennings, deux espions du KGB dont le mariage a été arrangé et qui se sont installés dans la banlieue de Washington au début des années 80, juste après l’élection de Ronald Reagan à la Présidence. Obligés de  s’intégrer pour se faire passer pour d’authentiques américains, le couple se découvre une affinité pour le mode de vie américain ce qui met ses convictions à rude épreuve… Ce monde est presque reposant… moi le petit geek bobo de la rive est de la Seine j’en viens presque à me dire qui finalement la vie était plus belle sans ordinateurs, sans téléphone portable, sans Google, sans Apple … la vie devait avoir comme un petit gout de liberté inavouable où la seule menace était l’atomisation du monde comme introduction à la troisième guerre mondiale … sic

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