A l’origine de la Guerre des deux roses : Richard III de l’avanie à l’éternité, (première partie)

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Richard III repose désormais dans sa sépulture royale, au chœur de la cathédrale de Leicester. C’est en 2012 que le mythe de ce roi maudit était réveillé quand des archéologues entamaient des fouilles sous un parking à la recherche des restes du  dernier roi Plantegenêt. Des historiens étaient en effet convaincus que le roi, à la tête de l’Angleterre de 1483 à 1485, avait été enterré dans une chapelle à Leicester après sa mort concluant la célèbre guerre des Deux-Roses. Mais la chapelle avait été démolie au XVIe siècle et sa localisation exacte restait depuis un mystère. Des chercheurs de l’université de Leicester l’ont cependant trouvée sous un parking du conseil municipal de Leicester. En septembre 2012, des tests ADN avaient confirmé qu’un squelette exhumé sous un parking de Leicester était bien celui de Richard III. Les chercheurs s’étaient fondés sur les empreintes génétiques de deux descendants du côté maternel de Richard III pour confirmer l’identité de la dépouille. Les scientifiques avaient également indiqué qu’après son décès dû à deux blessures fatales au crâne, le vaincu avait subi de nombreuses humiliations : un coup d’arme blanche dans la fesse droite, le corps ensanglanté transporté à dos de cheval dans la ville et un enterrement dans un linceul en un lieu secret.

Prenons le temps de nous arrêter un peu sur cette fameuse guerre de succession, probablement l’une des plus longues et sanglante d’Angleterre et probablement même d’Europe.

La guerre des Deux-Roses opposa de 1456 à 1485 deux branches de la dynastie des Plantegenêts : la maison royale de Lancastre et la maison royale d’York. A l’origine de tout il y a les règles peu claires de succession au sein de la famille de Guillaume le Conquérant. Henri Ier (quatrième et dernier fils du fondateur) meurt en en 1135 laissant pour seule héritière sa fille Mathilde par ailleurs impératrice du Saint Empire. Son cousin lui pique le trône mais à la mort de ce dernier en 1154 c’est le fils de Mathilde, Henri II qui monte sur le trône fondant la dynastie des Plantagenêts. Tout va très bien jusqu’en 1399. Cette année là, Richard II qui règne depuis 1377 est renversé par son cousin , Henry Bolingbroke, duc de Lancastre. Comme il descendait du troisième fils d’Édouard III, les droits de Bolingbroke à la couronne étaient discutables. D’après les lois de succession, elle aurait dû passer aux descendants mâles du deuxième fils d’Édouard III, et de fait, Richard II avait désigné comme héritier présomptif le petit-fils de son frère, Roger Mortimer, 4e comte de March.

généalogie de la guerre des deux roses
généalogie de la guerre des deux roses

Henri Bolingbroke de la maison de Lancastre fut couronné à Westminster en 1399 sous le nom d’Henri IV. Il régna 14 ans en apaisant les stigmates du règne autoritaire de Richard II. Son fils Henri V qui  fut assurément l’un des plus grands stratèges à la tête de l’Angleterre fut un roi extrêmement populaire en Angleterre et un cauchemar ambulant pour les français. Grâce à lui la maison de Lancastre semble bien installée sur le trône. Il meurt en 1422 laissant le trône à son fils Henri VI qui pour sa part n’était pas le plus brillant des hommes.

henri VI
henri VI

Son règne est marqué par la perte de toutes les possessions anglaises sur le continent, y compris les territoires gagnés par Henri V contre le roi de France. Le souverain est faible, peu intéressé par la politique. Il souffre par moments de troubles mentaux qu’il a peut-être hérités de son grand-père, le roi de France Charles VI “le fou”. Les défaites successives mettent fin au rêve d’expansion anglaise en France et reportent la violence des combattants sur le territoire anglais où se retrouvent de très nombreuses troupes désargentées et inoccupées. Les querelles, les larcins se multiplient et le sentiment d’insécurité exaspère la petite bourgeoisie.

En 1453, Henri VI est pris d’une première crise de folie qui nécessite l’établissement d’un conseil de régence sous l’autorité de Richard Duc d’York. C’est le loup que l’on a fait rentré dans la bergerie. Richard est en effet le petit fils du 4ème fils d’Edouard III. A ce titre il est lui aussi un héritier de la couronne anglaise. Mais plus encore, sa mère, Anne Mortimer est la fille de Roger Mortimer qui, on l’a vu plus haut, était l’héritier désigné par Richard II; Celui qui a été écarté par la famille des Lancastre pour s’accaparer la couronne. Richard Plantagenêt, duc d’York devient  “Lord Protector” et manifeste bien vite ses très grandes compétences dans l’exercice du pouvoir et le gout qu’il y prend. La guérison d’Henri en 1456 contrarie les ambitions de Richard qui est écarté de la cour par la la reine Marguerite d’Anjou qui avait flairé le danger.  Elle noue des alliances contre Richard et conspire avec d’autres nobles pour réduire son influence ce qui aura pour effet de pousser l’ancien régent, craignant pour sa vie, à prendre les armes contre le roi.

La Guerre des deux Roses vient de commencer !

Richard, marche sur Londres et affronte les troupes royales à Saint-Albans le 22 mai 1455. Le roi est totalement défait. La plupart de ses soutiens sont tués. Après la bataille, les soldats de York découvrent le roi assis tranquillement, hagard et abandonné par ses domestiques, probablement en pleine crise de folie. Le Duc d’York est de nouveau nommé Protecteur et la reine écartée du pouvoir.

Richard d'York
Richard d’York

Le roi étant malade, la question de sa succession est officiellement posée par le régent qui défend son droit contre le seul fils du couple royal, Edouard de Lancastre âgé de 2 ans. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la patience royale pour Marguerite de Valois qui organise une tournée qu’elle souhaite triomphale pour la famille royale dans les Midlands où le roi reste très populaire. La cour du roi est installée à Coventry sous la protection du duc de Somerset, Henri Beaufort, farouche ennemi des Yorks.  La reine fait renvoyer le Duc d’York en Irlande, révoque ses soutiens et promulgue la loi sur le service militaire pour recruter des soldats afin de défendre la couronne de son mari et l’héritage de son fils.

York débarque par surprise d’Irlande et réunit ses troupes. Le 23 septembre 1459, à la bataille de Blore Heath une grande armée royale attaque par surprise une petite troupe yorkiste, pour l’empecher de rejoindre l’armée du Duc mais sans succès. C’est finalement une bataille générale qui est déclenchée à Ludford Bridge. Cette fois ci le roi s’impose. Les troupes du Duc d’York sont balayées. Richard s’enfuit en Irlande tandis que son fils et ses principaux conseillers embarquent pour Calais d’où ils engagent une guérilla contre les côtes anglaises.

Quelques mois plus tard, Warwick, chef de file des Yorkistes à Calais déclenche une invasion de l’Angleterre  et récupère le Kent et Londres où il jouit d’un large soutien. Les deux armées s’affrontent à nouveau à la bataille de Northampton, le 10 juillet 1460. Trahis par de nombreux officiers le roi, à nouveau en pleine crise, est fait prisonnier.

 Venant du Nord du Pays de Galles, Richard entre triomphalement à Londres avec l’apparat réservé d’ordinaire au monarque. Le Parlement est rassemblé et une fois entré, York se dirige directement vers le trône, s’attendant à ce que les Lords l’encouragent à se l’approprier, comme ils l’avaient fait pour Henri IV en 1399. Au lieu de cela règne un silence de mort. Le Parlement accepte néanmoins d’étudier sa revendication du trône mais à cinq voix de majorité, il décide qu’Henri VI resterait roi ne reconnaissant à Richard que le statut d’héritier. En un trait de plume, le prince Édouard est déshérité et bannit de Londres avec sa mère. Richard lui reprend le titre de Lord Protecteur en attendant patiemment la mort du roi …

Deuxième partie : l’avènement des Yorks

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