Arabie saoudite : le coup d’Etat du roi Salman

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King Salman, left, Crown Prince Muqrin, center, Deputy Crown Prince Mohammed bin Nayef,
De gauche à droite le roi Salman, le prince Muqrin et le prince Mohammed bin Nayef

 

Le roi saoudien Salman Bin Abdel Aziz qui est monté sur le trône au début de l’année 2015 à 79 ans devait être un souverain de transition. Il était en effet considéré comme un arbitre respecté au sein de la famille royale où il faisait office de modérateur. Né à Ryad le 31 décembre 1935, Salman est le 25ème  fils du roi Abdel Aziz et fait partie du clan des Soudaïri (ou Soudeyris), les sept fils d’une même mère, Hassa bint Ahmad al-Soudaïri, favorite du roi. Parmi ses frères figuraient le roi Fahd et les princes Nayef et Sultan, tous trois décédés. Comme Salman souffre de problèmes de santé, tous les observateurs ont pensé que le véritable patron de l’Arabie Saoudite était le dernier fils du fondateur encore en vie et d’ailleurs désigné prince héritier, le prince Muqrin.

C’est en février 2013, que le roi Abdallah avait nommé Muqrin deuxième vice-président du conseil des ministres, ouvrant ainsi la voie à sa nomination future au statut de prince héritier. Ce fut chose faite par un décret royal de la fin du mois de mars 2014, lorsque le souverain fait de son demi frère le « prince héritier du prince héritier ». Il est ainsi prévu qu’il accède au trône « en cas de vacance simultanée des postes de prince héritier et de roi ». Le texte diffusé alors stipulait par ailleurs que cette nomination, décidée par « plus des trois quarts » des 34 membres du Conseil d’allégeance et avec la caution de Salman, le prince héritier devenu nouveau roi, était irrévocable.

Mohammad bin Salman Al Saud
Mohammad bin Salman Al Saud

Mais une source politique saoudienne avait alors  affirmé que « sept princes membres du Conseil d’allégeance avaient émis des réserves », une allusion aux divisions au sein de la famille régnante sur cette nomination inédite. Contrairement à Salman, Muqrin ne fait pas partie du clan des Soudeyris. Sa mère est une yéménite, épouse secondaire du fondateur, ce qui fait que son éventuelle accession au trône créerait un précédent dans le pays : le roi a toujours été issu d’une mère saoudienne de souche. Farouche opposant à l’Iran, Muqrin est réputé modeste et sensible aux préoccupations de ses concitoyens. Il représente la frange libérale dans un pays ultraconservateur. Ou pour être plus exact, il représentait la frange libérale… puisque il a perdu le pouvoir dans le cadre de l’une de ces révolutions de palais qui font de plus en plus ressembler Riyad au Constantinople des Sultans ottomans.

Lors de son accession au trône, Salman avait confirmé Muqrin comme Prince héritier. Il avait également désigné comme « prince héritier du prince héritier », son neveu Mohammed bin Nayef al Saoud. Ce fut alors une marque significative du temps qui passe puisque c’était la première fois qu’un héritier potentiel n’était pas un fils du fondateur mais un de ses petits fils … le temps qui passe, rien de plus normal

 L’héritier du prince héritier est le fils de Nayef, lui même fils du fondateur et prince héritier d’octobre 2011 jusqu’à son décès en juin 2012. Surtout, Nayef était l’un des sept Soudaïri et son fils est donc issu de la même lignée que le roi Salman, contrairement au Prince Muqrin. La lutte entre les différents clans issus des femmes du premier souverain est la pierre angulaire des luttes de pouvoir au sein du royaume comme le démontre le décret royal publié au petit matin et annonçant le limogeage (à sa demande …) du prince Muqrin, qui perd son titre de Prince héritier mais aussi de vice-Premier ministre… Il est remplacé par Mohammed bin Nayef dans les deux fonctions, sachant que le charmant jeune homme de 55 ans garde aussi le titre de Ministre de l’Intérieur. Salman a donc écarté Muqrin et confirmer le pouvoir du clan Soudaïri et ce d’autant plus qu’il a désigné comme “héritier du prince héritier” son propre fils Mohammed bin Salman âgé de 35 ans. Là encore les plans du roi semblent assez évidents. Avant même de le nommer comme héritier en second, le souverain a fait de son fils préféré le Gouverneur de Riyad, le Secrétaire général de la cour royale et surtout … le Ministre de la Défense, chef des forces armées du royaume.

En quelques mois, Salman qui devait être une couronne sans tête, s’est débarrassé de tous les favoris de son prédécesseur Abdallah, replaçant les Soudaïri au cœur du pouvoir… Il sera peut être finalement le roi qui aura ancré une dynastie à la tête de l’Etat saoudien et qui pourrait modifier la tradition saoudienne de succession horizontale en instaurant comme partout ailleurs une succession verticale en faveurs de son fils. Mais en aura t’il le temps?

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