Oman, le retour vers l’Arabie heureuse (première partie)

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 Ash Sharqiyah - Oman (Kevin Girard)
Ash Sharqiyah – Oman (Kevin Girard)

L’Arabie heureuse“, c’est l’expression latine Arabia Felix utilisée pour désigner une terre semi-fabuleuse située au confins du monde et où habitait le phénix, d’où provenait l’encens nécessaire aux actes religieux, ainsi que d’autres épices luxueux. Pline l’Ancien écrivait ainsi dans son Histoire naturelle : « Au delà du débouché du Nil à Péluse se trouve, baignée par la Mer Rouge, l’Arabie dite heureuse, regorgeant de parfums et de richesses. On désigne ainsi le pays des arabes Cattabanes, Esbonites et Scénites, et hors ses frontières avec la Syrie elle est désertique, sans autre relief notable que le mont Casius. »

Ainsi donc, l’Arabie heureuse renvoie t’elle à l’ensemble des hautes terres de l’Arabie du Sud-Ouest dont l’ancien Yémen du Nord constitue le cœur. “Heureuse” à cause des conditions climatiques nettement plus favorables que celles observées dans les régions voisines. Ces conditions sont dues à l’altitude des massifs du Yémen dépassant 2 500 mètres et culminant à 3 400 mètres, et qui permet à la région  de bénéficier des pluies tropicales de mars à septembre et des dernières ondées méditerranéennes d’hiver. Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire en reprenant les articles peu éclairés de la presse occidentale, l’Arabie Heureuse ne se limite pas à cette zone de hautes terres de l’ancien Yémen du Nord mais elle s’étend aux régions voisines du Assir saoudien ou du Dhofar omanais.

Le sultanat d’Oman est ainsi le seul pays de la péninsule où se rencontrent l’Arabia Deserta, brulantes terres désertiques où inlassablement circulent les bédouins, ô combien indifférents aux frontières irréelles séparant saoudiens, omanais et émiratis, et l’Arabia Felix,  heureuse, montagneuse et verdoyante du Dhofar, aux confins du Yémen.  Qu’on ne s’y trompe pas, Oman est le 3ème plus vaste pays de la péninsule après l’Arabie Saoudite et le Yémen. Le pays est bordé d’un côté par l’Océan et de l’autre par l’énorme ceinture de sable formant le désert de Roub al-Khali, le « quart vide », frontière imprécise, mais naturelle avec le Sud saoudien. Ce territoire naturellement tracé est peuplé de montagnes et de richesses naturelles inégalées. Tel est, cher lecteur, ce pays où je vécu deux années pleine de bonheur, de découvertes et d’émerveillements il y a de cela bien longtemps.

Sultan Qaboos and his father, Sultan Said Bin Taimur.
Sultan Qaboos and his father, Sultan Said Bin Taimur.

Alors que le Yémen ne cesse de plonger décennie après décennie dans la guerre et l’horreur, son voisin immédiat et le plus proche à bien des égards, le Sultanat d’Oman, poursuit son chemin vers la modernité maitrisée, le respect des traditions, la préservation de sa culture et le développement d’une croissance économique au cœur d’une société apaisée. La raison de cette réussite n’est pas simplement liée à la richesse pétrolière du pays mais plus à l’usage qui en a été fait. Cette méthodologie de développement porte un nom, celui de son fondateur : le Sultan Qabous bin Said al Said, souverain d’Oman depuis le 23 juillet 1970. Quand il prend le pouvoir succédant ainsi à son père Said bin Taimour, Oman est le pays le plus pauvre de la péninsule et est plongé dans une guerre civile sans fin.  En fait, en dépit de la richesse du pays, le sultan Said qui régnait depuis 1932 refusait d’utiliser les revenus du pétrole et maintenait le pays dans le cadre d’ne monarchie féodale. En 1965, une révolte d’obédience communiste et nationaliste éclate au Dhofar au sud du pays. Elle est soutenue par la Chine et par des États arabes nationalistes.Cela se passe peu après l’abolition de la monarchie au Yémen du Nord devenu la République arabe du Yémen (Yémen du Nord), où la guerre civile perdurera jusqu’en 1970 et peu avant la victoire communiste au Yémen du Sud et la création en 1967 de la République démocratique populaire du Yémen (Yémen du Sud), d’orientation pro-soviétique. La révolte est suivie d’une tentative d’assassinat du sultan en 1966 qui pousse le souverain a se renfermer davantage sur lui même et à se méfier de tous même de son propre fils, Qabous alors âgé de 25 ans et qui est gardé en résidence surveillée au palais.

Ainsi, quand il prend le pouvoir à l’été 1970, le jeune sultan de 30 ans se retrouve à la tête d’un pays ruiné, sous développé et en proie à la guerre civile. Le trône chancelle pris en tenaille entre les coups de boutoirs des ennemis des monarchies arabes et l’amitié parfois étouffante des britanniques.

Dès le premier jour de son règne, il lance une vaste politique d’amélioration des conditions de vie de son peuple. Il vise les besoins essentiels en nourriture, en approvisionnement en eau, en amélioration des conditions sanitaires et médicales mais décide aussi d’introduire l’éducation des masses populaires. Dès 1972, lors de son discours annuel, le sultan donne l’impulsion des réformes en expliquant que ” l’éducation est [son] grand souci et qu’[il] voit la nécessité de diriger les efforts vers la diffusion de l’éducation. Au ministère de l’éducation ont été donnés l’opportunité et les moyens de briser les chaînes de l’ignorance. Des écoles ont été ouvertes ; la chose importante étant qu’il y ait de l’éducation, même à l’ombre des arbres.” La promesse sera tenue avec l’institution partout d’écoles publiques, gratuites, pour les garçons mais aussi pour les filles. Dans le même temps il décide de rétablir la paix en son royaume et notamment au Dhofar où il est né. Il lance un vaste plan de reconstruction des forces armées qui passent en 3 ans de  3 000 à 10 000 soldats. Dès 1970, le Royaume-Uni et l’Iran soutiennent le nouveau sultan. Grace à la politique de développement économique et social, la rébellion perd le soutien populaire et est alors écrasée par l’action conjointe des trois alliés. En 1976, la paix est rétablie mais Oman n’oubliera jamais l’absence de soutien de la part de ses voisins immédiats, notamment l’Arabie Saoudite.

Le Sultan Qabous peut alors entamer l’œuvre d’une vie : construire un pays … à suivre

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