J’ai rencontré la malédiction de Marie Stuart ….

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Marie Stuart
Marie Stuart

Marie Stuart. Plus qu’aucun autre, ce nom est porteur de mythes, de fantasmes, de légendes et de peines… Le destin brisé d’une femme qui pouvait rêver de porter et réunir les trois couronnes les plus prestigieuses de son temps … reine de France, reine d’Écosse et pour beaucoup de ses contemporains, reine légitime d’Angleterre… Marie fut un peu de tout cela avant de perdre chacune de ces couronnes puis, le temps venu, sa propre tête.

Il n’en fallait pas plus pour faire du personnage historique une héroïne romantique à l’image de Jeanne d’Arc dont elle est en quelques sortes un reflet vibrant et magnifique. Les deux femmes, portes étendards du catholicisme militant sont bien souvent représentées comme des cœurs purs et enfantins brisés par la vile politique et son serviteur servile, la justice corrompue. Le poète Jean de Virey du Gravier  mêle les destins dans sa “Tragédie de Jeanne d’Arques dite la Pucelle d’Orléans, native du village d’Emprenne, près de Voucouleurs en Lorraine” où l’auteur s’appuie sur le destin de Jeanne pour raconter avec précision les équilibres politiques français et anglais qui menèrent à l’exécution de Marie Stuart en 1587 sur ordre de sa cousine Élisabeth Ière.

Au XIX ème siècle, le compositeur Gaetano Donizetti se fait une spécialité d’adapter en musique la vie de personnages historiques célèbres comme Anne Bolène (1830) ou Lucrezia Borgia (1833). En 1800 le grand poète et dramaturge Schiller ayant publié un drame pour raconter les derniers jours de l’infortunée reine d’Écosse, Donizetti s’en saisi pour en faire un opéra flamboyant et respectueux plus du texte que de la réalité historique… Nous allons y revenir dans le second article  … car oui vous aurez deux articles, le premier sur Marie Stuart et le second sur l’opéra auquel j’ai eu le plaisir d’assister avant hier Maria Stuarda de Donizetti au théâtre des Champs-Elysées !

La réalité historique : Marie Stuart le destin d’une souveraine malchanceuse et peu adroite …

Marie de Guise
Marie de Guise

Marie Stuart nait en 1542 de l’union entre Marie de Guise, princesse française, et Jacques V d’Ecosse. Son père meurt 6 jours après sa naissance faisant d’elle un bébé souverain sous la garde attentive de sa mère. Il aurait dit, à l’annonce de la naissance de sa seule héritière : « Tout a commencé par une fille, tout finira par une fille » faisant référence à Marjorie Bruce, l’héritière de Robert Bruce qui avait transmis la couronne à sa famille, et prédisant ainsi un destin tragique à sa fille. Il faut dire qu’une reine de 6 jours pour défendre le royaume écossais contre les ambitions anglaises, ça ne pèse pas lourd… Il faudra toute la dextérité de Marie de Guise pour maintenir l’indépendance du royaume au travers d’une solide alliance française et en comptant également sur les crises à répétitions qui fragilisent la dynastie Tudor à Londres suite au schisme provoqué par Henry VIII. Pour autant, le destin de la petite reine était peu assuré. le roi anglais souhaitait la marier de force à son fils Édouard et était soutenu dans ce dessein par le parti protestant en Écosse qui voyait d’un bon oeil le basculement du royaume dans la réforme même si cela devait mener à l’union des deux couronnes. La France dirigée alors par François Ier observait avec méfiance les turpitudes du jeu politique outre-manche et refusait de s’en mêler.

Cela va changer avec le décès de François Ier en 1547. Son fils Henri II avait pour principaux conseillers François, et Charles de Guise, frères de la reine mère Marie et donc oncles de Marie Stuart. Ils jouèrent la corde sensible du souverain français, farouche opposant aux protestants. En 1548, des envoyés français et écossais signent un traité qui promet de marier Marie Stuart au dauphin de France et place l’Écosse sous la protection du roi de France. En août 1548, à 6 ans, Marie embarque à bord de la flotte envoyée par Henri II, navigue le long des côtes d’Irlande pour éviter la flotte anglaise, et accoste en France à Roscoff avant de rejoindre la cour royale. La reine douairière, Marie de Guise, reste pour sa part en Écosse pour représenter sa fille. Marie Stuart fut éduquée à la cour de France, au sein de la famille royale où elle grandit aux côtés de celui qui deviendrait son époux et dont elle est en fait la meilleure amie. Le mariage sera célébré en 1558, 10 ans après son arrivée en France.

En Angleterre la situation ne s’était pas arrangée …

Après le décès d’Henri VIII en 1547, Édouard VI, son fils de 10 ans monte sur le trône. De santé fragile, il décède 6 ans plus tard laissant le trône à sa sœur ainée Marie Tudor mais comme cette dernière était la fille de Catherine d’Aragon et donc fervente catholique, Édouard avait désigné  Jeanne Grey, sa cousine et amie de 16 ans pour lui succéder. Marie Tudor la fit décapiter le . Pour les catholiques, Marie Tudor était la dernière héritière d’Henri VIII d’Angleterre ; le divorce entre Henri et Catherine d’Aragon (mère de Marie Tudor) n’ayant jamais été reconnu par le pape, son remariage avec Anne Boleyn, dont était issue Élisabeth, était considéré comme illégitime. Ainsi, quand Marie Tudor décède en 1558 après 5 petites années de règne, si c’est bien Élisabeth qui montre sur le trône, les catholiques cherchent un autre héritier. Si Élisabeth n’existait pas (ce qu’affirment alors les légitimistes) il faudrait remonter à la sœur aînée d’Henri VIII, Marguerite Tudor, dont la descendante directe n’est autre que Marie Stuart… Aussi, lorsque Marie Tudor mourut le , Marie Stuart est elle proclamée à Paris reine d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse marquant un point de rupture totale avec la nouvelle souveraine anglaise Élisabeth Ière.

Reine de France, d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse

François II et Marie Stuart
François II et Marie Stuart

Quelques mois plus tard, le 30 juin 1559, Henri II meurt accidentellement. Son fils François II monte sur le trône et Marie Stuart scinde une nouvelle couronne. Concrètement, si Élisabeth d’Angleterre venait à mourir elle serait alors la plus grande souveraine de l’histoire européenne à tout juste 17 ans. Le rêve sera de courte durée et la chute aussi lente que violente. Au même moment, la guerre de religion éclate en Écosse. Les protestants l’emportent avec l’aide d’Élisabeth d’Angleterre, qui se venge ainsi de l’affront de l’année précédente. Marie de Guise meurt. L’Écosse presque du jour au lendemain est devenue protestante. Marie Stuart espère pouvoir envoyer une armée française et reconquérir son pays mais le destin ne lui en laisse pas le temps. François II meurt d’une infection de l’oreille interne avant d’atteindre dix-sept ans, le 5 décembre 1560. Marie Stuart est veuve. Elle a tout juste dix-huit ans et vient de perdre la seule couronne qui était solidement installée sur sa tête.

Au terme d’une période de deuil de plusieurs mois et alors que la cours de France désormais dominée par Catherine de Médicis est hostile aux Guises, elle décide de rentrer en Écosse dont elle est toujours la Reine, du moins dans les principes. Le pouvoir est en fait aux mains de son demi-frère illégitime James Stuart, devenu le chef du parti protestant. Il lui assure qu’elle sera la bienvenue aussi longtemps qu’elle ne cherchera pas à rétablir le catholicisme qu’elle est néanmoins autorisée à pratiquer en privé. Après 12 ans d’absence la voici de retour dans un royaume dont elle ignore tout.

faisant preuve d’un certains bon sens elle décide de faire la paix avec son acariâtre cousine Élisabeth dont elle reconnait le droit à régner se satisfaisant du rôle d’héritière. Tout ce petit monde se réconcilie sans trop y croire ce qui n’empêche pas la reine anglaise de donner du « chère sœur » à la reine d’Écosse. La paix rétablie, Marie honore ses engagements en politique intérieure. Elle s’impose par son charme et une politique équilibrée qui ne remet jamais en cause la main mise des protestants sur le pouvoir. Toutes les cours d’Europe admirent la jeune souveraine et espèrent imposer l’un de leurs prince à ses côtés pour régner sur les montagnes écossaises… Ils seront déçus.

L’amour fait exploser l’unité écossaise

Henri Stuart, lord Darnley
Henri Stuart, lord Darnley

En 1565 Marie rencontre et tombe éperdument amoureuse de son cousin germain le jeune Henri Stuart, lord Darnley, âgé de vint ans. Grand, mince, sportif, habile aux manières de cour, excellent danseur, il a tout pour séduire. Tout… sauf l’intelligence. Qu’importe, 6 mois après leur première rencontre, elle épouse Darnley, qui devient le « roi Henri ». Élisabeth est furieuse, les Guises sont perplexes, la France amusée et les protestants écossais furieux puisque le nouveau roi est un défenseur acharné du catholicisme. Très rapidement le couple s’éloigne. Bien qu’enceinte, Marie ne supporte plus la frivolité et la bêtise effarante de son époux qui court d’aventure en aventure. Elle se rapproche de son confident et secrétaire italien, David Rizzio, fort laid mais ô combien charmant. Elle s’en rapproche tellement qu’un jour, fou de jalousie, le roi Henri fait assassiner le confident devant les yeux de la reine qui se considère comme la prisonnière de son époux. Elle s’enfuit, monte une armée et revient en force en Édimbourg quelques jours plus tard. Nous sommes en 1566 et Marie donne naissance à son fils Jacques, futur souverain.

Blessé dans son amour propre et craignant pour sa sécurité Henri Darnley fait courir des bruits de complot. Il tombe malade, probablement la variole et se réfugie à Glasgow chez son père ou Marie vient le chercher pour le ramener à Édimbourg. La souveraine affirme à tout le monde qu’elle souhaite renouer les liens avec son époux et le pardonner pour ses offenses. Elle le loge dans une maison près du palais royal, à Kirk o’Field pour éviter la contagion. Mais, dans la nuit du 9 février, une explosion détruit totalement la maison et son occupant avec. L’attentat contre le souverain serait le fait du conte de Bothwell, protestant proche de la souveraine. Le peuple gronde contre cette manière quelque peu expéditive de se débarrasser d’un souverain, fut il stupide et insupportable. La souveraine s’isole de plus en plus et le 24 avril 1567, deux mois et demi après la mort de son mari, sa vie tourne au vaudeville pathétique quand elle affirme avoir été enlevée sur une route par une troupe menée par Bothwell qui l’aurait violée ce qui expliquerait que le surlendemain elle l’ait épousée en grand secret pour sauver son honneur bafouée.

Les écossais sont atterrés. Une fois encore Marie Stuart, en fait amoureuse du conte de Bothwell choisi l’amour à la raison d’État et de la manière la plus ridicule possible. Arrêtée par une confédération de nobles écossais, Marie est emprisonnée au château de Loch Leven, situé sur une île au milieu du loch, en juin 1567. Entre les 18 et , Marie avorte de jumeaux probablement issus de son union avec Bothwell. Le 24 juillet, elle abdiqua le trône d’Écosse en faveur de son fils Jacques, alors âgé d’un an.

De la chute à la prison et la mort

Marie Stuart et Elisabeth Tudor
Marie Stuart et Elisabeth Tudor

Marie Stuart reste onze mois prisonnière au château de Lochleven, au nord d’Édimbourg. Puis elle s’échappe grâce à des complicités internes. Elle lève une petite armée mais le 13 mai, elle est battue à la bataille de Langside. Elle s’enfuit alors en Angleterre, où elle est faite prisonnière sur ordre d’Élisabeth Ière tenant enfin sa revanche. Réaliste sur les intentions de sa cousine qui n’oublia jamais qu’au début de l’histoire Marie voulait la chassée de son trône elle prononce alors cette phrase célèbre « En ma Fin gît mon Commencement », qu’elle broda sur sa robe. Comme Élisabeth considérait les prétentions de Marie au trône comme un complot, elle l’assigna à résidence pendant dix-huit ans sous la garde de George Talbot,

Au termes d’enquêtes aussi multiples que truquées, Élisabeth décide de faire exécuter l’ancienne souveraine. Cela sera chose faite au château de Fotheringhay le à dix heures du matin. Marie Stuart s’auto proclame martyre de la foi, assassinée par une usurpatrice protestante. Les témoignages confirment que son bourreau était saoul le jour de son exécution, et qu’il eut besoin de trois coups de hache pour exécuter la sentence.

Marie Stuart, victime des passions religieuses qui divisèrent l’Écosse, souhaitait être inhumée à Reims, à côté de sa mère. Elle fut toutefois initialement enterrée à la cathédrale de Peterborough jusqu’en 1612 lorsque son fils Jacques VI d’Écosse devenu roi d’Angleterre ordonna qu’il fût placé à l’abbaye de Westminster à dix mètres seulement du tombeau de sa cousine Élisabeth.

Bien que déchue de toutes ses couronnes, c’est Marie Stuart et non Élisabeth Ière qui est l’ancêtre de tous les rois qui ont depuis régné sur l’Angleterre et sur l’Écosse. C’est ainsi que naissent les légendes.

à suivre j’ai rencontré la malédiction de Maria Stuarda au théâtre des Champs-Élysées

Merci à Wikipédia et à Michel Duchein pour son Marie Stuart publié en 1987

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