J’ai rencontré Maria Stuarda, un miracle lyrique au théâtre des Champs-Élysées

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Francesco Demuro (Leicester), Carmen Giannattasio (Elisabeth) & Aleksandra Kurzak (Maria Stuarda) / © Vincent Pontet
Francesco Demuro (Leicester), Carmen Giannattasio (Elisabeth) & Aleksandra Kurzak (Maria Stuarda) / © Vincent Pontet

Un “miracle” ? Que de grands mots pour un opéra, une soirée, des notes griffonnées sur un papier au début du 19ème siècle … Et pourtant c’est bien d’un miracle dont il s’agit alors que la malédiction du sujet semblait initialement s’être emparée de l’œuvre…

Je m’explique : l’opéra Maria Stuarda traite, comme son nom l’indique, de la vie de celle qui fut reine de France et d’Écosse mais également (au moins selon elle et les catholiques de son temps) reine d’Angleterre, Marie Stuart. Sa vie, son œuvre et sa déchéance, je vous les ai contés dans l’article précédent La malédiction de Marie Stuart. En 1834, le compositeur Gaetano Donizetti qui s’était fait une spécialité d’adapter en musique la vie de personnages historiques célèbres comme Anne Bolène (1830) ou Lucrezia Borgia (1833) décidait de s’attaquer à l’adaptation d’un drame écrit en 1800 par le grand poète et dramaturge Schiller qui racontait les derniers jours de l’infortunée reine d’Écosse.

Donizetti s’en saisi donc pour en faire un opéra flamboyant et respectueux plus du texte, adapté par un très jeune poète de 17 ans, Giuseppe Bardari, que de la réalité historique… 

L’intrigue est néanmoins clairement inscrite dans l’Histoire. L’action se déroule en Angleterre en 1587. Marie, reine d’Écosse, s’est enfuie de son royaume et a été emprisonnée par sa cousine Élisabeth, reine d’Angleterre, au château de Fotheringay. Au premier acte nous nous retrouvons à Londres, au palais de Westminster où les courtisans attendent l’arrivée de la reine Élisabeth dont le mariage (hypothétique) doit sceller l’union entre son royaume et la France. En réalité, la reine, confesse au public son amour pour un autre homme, le conte de Leicester. Profitant de l’atmosphère de liesse qui règne, Talbot, qui a la charge de surveiller la prisonnière écossaise, demande à la reine de gracier Marie Stuart. Il affronte (vocalement) un autre conseiller, le Lord Chancelier Cecil, qui lui, estime que la reine d’Écosse n’est qu’une intrigante indigne de la confiance royale.

Alors qu’Élisabeth prie le ciel de la guider dans ses actes, on comprend que la seule chose qui la décidera dans un sens ou l’autre est la fidélité de Leicester qu’elle soupçonne d’être tomber sous le charme de la délicieuse Marie Stuart … si tel était le cas la tête de cette dernière ne pourrait que tomber… Leicester entre alors en scène. Élisabeth le nomme ambassadeur auprès du roi de France et lui annonce qu’elle accepte l’offre de mariage espérant provoquer chez le bellâtre quelques réactions de jalousie … en vain, le courtisan ayant la tête ailleurs … et vous devinez déjà où !

Après une scénette digne du meilleur vaudeville Élisabeth comprend que Leicester lui a échappé bien que celui nie être amoureux de la reine d’Écosse, non sans louer sa beauté en termes passionnés. Il parvient à convaincre la reine à rencontrer la prisonnière rivale…

Dans la prison de Fotheringay, Marie Stuart s’inquiète à l’idée de se retrouver en présence de sa cousine. Leicester, désormais éperdument amoureux lui conseille de se soumettre tout en jurant de la venger si la reine restait insensible à ses prières. Il pousse la folie à demander Marie en mariage. Élisabeth arrive enfin et fait face à sa prisonnière, cousine et héritière qui s’agenouille et implore son pardon. Mais la reine la repousse et, sur un ton sarcastique, l’accuse d’avoir trahi et assassiné son époux, Darnley, puis s’en prend à Leicester qui tente de réconforter Marie.

C’est la scène la plus fameuse de l’œuvre, bien que totalement imaginaire. Marie se révolte sous le coup des insultes et des accusations, elle se relève et laisse allez sa haine et sa colère s’adressant à Élisabeth  la « fille impure d’Anne Boleyn », la « bâtarde » qui « profane le trône d’Angleterre  ».. La reine la condamne à mort et l’acte culmine dans un magnifique sextuor.

 Leicester qui implore sa clémence, mais la reine le repousse froidement et lui donne l’ordre d’assister à l’exécution qui aura lieu au troisième coup de canon. L’œuvre se poursuit magistralement entre tableaux intimistes d’une Marie Stuart transfigurée par l’annonce de son martyr, et colère de ses partisans qui pleurent la mort de celle qu’ils considèrent déjà comme une sainte.

Un opéra dans son temps, provoquant et politiquement dangereux

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Carmen Giannattasio

Lorsque les deux reines se querellent au premier acte de l’opéra, la sympathie du public va naturellement vers Marie Stuart, jeune, belle et victime de la jalousie de sa cousine. À l’opposé, Élisabeth est déjà âgée, perruquée, fardée, jalouse et aigrie. On nous montre une Marie Stuart prisonnière mais sans que l’on sache réellement pourquoi ce qui la transforme en agneau face au loup élisabéthain dont l’injuste accusation s’accomplit sous les yeux des spectateurs. C’est volontairement que les auteurs facilitent la cause de Marie Stuart, c’est vers elle qu’ils orientent la sympathie des spectateurs. Elle s’amende, se transfigure et devient une martyre politique, religieuse et humaine.

Cet engagement politique fut à l’origine de l’échec retentissant de l’œuvre en 1834. La cours de Naples, où devait être créé l’opéra pour la première fois n’a pas gouté la scène de l’acte II dans laquelle Marie Stuart traite Élisabeth Ire de bâtarde et s’inquiéta en cette époque où la fièvre révolutionnaire agitait l’Europe, de voir monter sur l’échafaud, à la fin de l’opéra, la reine d’Écosse dont la souveraine de Naples, Marie-Christine de Savoie, était la descendante en ligne directe. La crainte n’était pas vaine puisque la dynastie qui avait déjà fuit son royaume le perdra définitivement 20 ans plus tard sans que la musique n’en soit responsable.

Quoi qu’il en soit, l’ouvrage fut interdit au lendemain de la répétition générale, qui fut dantesque puisque les deux prime donne rivales, Giuseppina Ronzi de Begnis et Anna del Serre, qui jouaient les rôles d’Élisabeth Ière et de Marie Stuart, s’étaient tant imprégnées de leurs personnages qu’elles en étaient venues aux mains dans la fameuse scène de l’acte II et que l’on dut emmener del Serre évanouie…

Pour sauver son travail Donizetti accepta de l’adapter à un autre livret de Pietro Saladino, sous le titre Buondelmonte, dont l’action se situe à Florence au XVe siècle. Donizetti fou de rage: en marge de la partition écrit en marge de la nouvelle partition : « mais c’est laid ! ». C’est néanmoins sous cette forme qu’eut lieu la première napolitaine le

Un opéra tombé dans l’oubli pendant plus d’un siècle

En 1835 la célèbre mezzo-soprano Maria Malibran tente d’imposer la création de l’œuvre originale à la Scala de Milan mais le soir de la première la célèbre cantatrice, malade et affaiblie refuse de laisser la place à sa doublure et ruine la représentation. Peu après, l’oeuvre est à nouveau interdite. La mort prématurée de la Malibran en 1836, à l’âge de 28 ans plonge Maria Stuarda dans l’oubli. Il n’y eu qu’une seule représentation , à Naples en 1865. Elle ne réapparaitra dans sa version originale qu’en 1958 au Teatro Donizetti de Bergame, ville natale du compositeur et c’est en 1967 que les cantatrices Leyla Gencer et Shirley Verrett font de cet opéra un succès triomphal, 133 ans après sa création.

 C’est donc à l’été 2015 que cette merveille arrive au théâtre des Champs-Élysées (TCE). Une merveille décrite par le blogueur André Tubeuf comme “cette merveille culte, mais marginale : un opéra pour Callas, dont Callas n’a pas voulu” et il complète son avis sur la soirée offerte par le TCE ainsi “il a réussi sur tous les tableaux, et cela nous vaut une soirée rare, vive, dramatiquement hardie, avec des instants de chant supérieur et rien qui, vocalement, se laisse retomber au banal ou au trivial. Illuminons ! Les bravos ont été en conséquence.”

Force est de constater que le TCE s’est offert une distribution impressionnante avec Carmen Giannattasio, incarnation presque flippante mais assurément stupéfiante d’Elizabeth Ière, mais aussi Alexandra Kurzak qui interprète une Marie Stuart enjôleuse, émouvante et presque attirante. Francesco Demuro, alias Leicester n’a pas beaucoup d’effort à fournir pour paraitre amoureux de la belle et pourtant, mes amis quelle partition le gaillard a du ingurgiter… La mise en scène entre le moderne et le classique a su se faire oublier et rien que pour cela nous devons l’en remercier tant c’est devenu rare.

Une soirée merveilleuse en tous points … merci Papa, merci Maman pour ce joyeux cadeau !

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