La Nouvelle Calédonie plonge dans une crise politico-sociale violente

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Conflit social en Nouvelle Calédonie
Conflit social en Nouvelle Calédonie

Dans le silence assourdissant des médias métropolitains, à l’exception notable du journal Les Echos, la Nouvelle-Calédonie plonge dans une crise grave telle qu’elle n’en n’avait pas connue depuis plusieurs décennies.

L’origine du conflit social qui tend à dégénérer en conflit politique et violent est la conséquence des débats sur  l’ouverture d’un canal d’exportation de minerai de nickel à faible teneur vers la Chine.

Le nickel est la principale richesse de l’archipel. Or, l’Australien Queensland Nickel (QNI) a durci les conditions des contrats proposés aux mineurs calédoniens tout en maintenant les volumes de production. Dans le même temps, QNI a augmenté ses approvisionnements aux Philippines, où le minerai est moins cher. Les exportations calédoniennes de latérites vers l’Australie représentent un chiffre d’affaires annuel d’environ 50 millions d’euros et un millier d’em­plois. Pour diversifier leurs débouchés, les mineurs calédoniens veulent donc se tourner vers la Chine, à l’exemple de la SLN, qui souhaite vendre 350.000 tonnes de minerai pauvre à Tsingshan, premier producteur mondial d’acier inoxydable. « Les rouleurs ont raison de craindre une baisse d’activité liée à la fragilité de QNI, aux conditions imposées à ses fournisseurs qui les obligent à travailler à perte, au manque d’alternatives commerciales, à la baisse du prix du nickel et aux difficultés financières touchant la plupart des sociétés du secteur », explique aux « Echos » Louis Ballande, le président de la Société des Mines de la Tontouta.

« Nous ne voulons pas mourir », clament les banderoles accrochées aux camions, exprimant la détresse des sous-traitants qui acheminent le minerai de la mine au bord de mer et sont payés au voyage, quel que soit le type de minerai transporté.

 Mais le président du gouvernement local, Philippe Germain, est farouchement opposé à cette option. « Il faut garder le minerai pour les clients traditionnels que sont le Japon et l’Australie ainsi que les usines détenues par des intérêts calédoniens », comme celle de Gwangyang, co­entreprise du coréen Posco et de la SMSP gérée par les indépendantistes de la Province Nord, dit-il. Le chef de l’exécutif propose d’examiner la question des exportations vers la Chine dans le cadre des discussions pour l’établissement d’une « doctrine pays », prévues en 2015 et 2016.

Un débat économique qui oppose indépendantistes et légitimistes alors que le référendum sur l’indépendance doit avoir lieu avant 2018.

Un gendarme blessé à Saint Louis
Un gendarme blessé à Saint Louis

Ce conflit est un test pour les indépendantistes en difficulté politique et électorale alors que doit être organisé d’ici trois ans le référendum tant attendu sur l’avenir institutionnel de l’archipel. Pour autant, le conflit paralyse la Nouvelle-Calédonie dans son ensemble : les rouleurs, chargés du transport du nickel, bloquent les routes. Barrages filtrants, accès difficiles à plusieurs établissements, la population est en otage. Les blocages ont également perturbé le trafic aérien. La circulation des navettes qui assurent le transfert des passagers arrivant ou devant se rendre à l’aéroport de Tontouta était interrompue.

Dans cette ambiance particulièrement tendue, un gendarme a été blessé par balle lors d’une intervention sur un feu qui s’était déclaré à Saint-Louis, en banlieue de Nouméa.  En première ligne le Haut Commissaire de la République, s’acharne donc à nouveau à clamer les esprits, garantir la sécurité publique et ramener les différentes parties autour de la table des négociations … un exercice d’équilibriste bien compliqué dans ces poudrières sociales insulaires …

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