Richard III de l’avanie à l’éternité dernière partie

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Le crane de Richard III
Le crane de Richard III

Richard III est donc mort le 22 août 1485 lors de la Bataille de Bosworth, trahis par une partie de la noblesse qui lui reprochait moins les rumeurs d’assassinats de ses neveux que les réformes fiscales et judiciaires, défavorables à la classe dominante.

Entouré de sa garde rapprochée, alors qu’une partie de sa propre armée se retourne contre lui, Richard III, fidèle à son image de combattant refuse de se rendre. Se battant jusqu’à la mort, Richard III n’a jamais proposé d’échanger “son royaume pour un cheval”, contrairement à ce qu’écrit Shakespeare. Il tombe après un coup de hallebarde qui ouvre son crâne. Ses os portent encore d’autres traces de combat et une entaille dans son bassin rappelle qu’un humiliant poignard lui a percé la fesse droite, alors que son corps inerte et dénudé était transporté jusqu’au centre de Leicester par ses ennemis.

Il est d’abord inhumé dans une chapelle franciscaine puis, quelques années plus tard, vers 1494 ou 1495, Henri VII lui fait ériger une tombe, discrète, que l’on sait désormais être située au monastère de Greyfriars qui fut détruit par la suite au XVIème siècle. On avait perdu trace de sa localisation et donc de la dépouille royale.

reconstitution du vrai visage de Richard III
reconstitution du vrai visage de Richard III

Comme je vous le racontais dans le premier épisode, c’est en 2012 que le mythe de ce roi maudit était réveillé quand des archéologues entamaient des fouilles sous un parking à la recherche des restes du  dernier roi Plantegenêt. Des chercheurs de l’université de Leicester l’ont cependant trouvée sous un parking du conseil municipal de Leicester. En septembre 2012, des tests ADN avaient confirmé qu’un squelette exhumé sous un parking de Leicester était bien celui de Richard III. Les chercheurs s’étaient fondés sur les empreintes génétiques de deux descendants du côté maternel de Richard III pour confirmer l’identité de la dépouille… L’occasion de revenir sur le mythe et les causes de la légende noire.

Le responsable de cette légende nous le connaissons très bien : William Shakespeare !

C’est aux alentours de 1591 que celui qui deviendrait le plus célèbre dramaturge anglais écrit “La vie et la mort de Richard III”. C’est la pièce de Shakespeare la plus jouée. Il y présente Richard III comme l’incarnation du tyran ne cessant d’alimenter nombre de fantasmes. Avec Richard III, Shakespeare offre une réflexion aiguë sur la soif de pouvoir, sur les ressorts de la vengeance, sur les conséquences de la difformité physique, ainsi que sur les réactions – celles des autres personnages, mais aussi les nôtres – face à la complexité et à l’ambiguïté du mal. Ainsi Shakespeare a-t-il imposé en Occident l’image d’un monstre déformé et vicieux, mais fascinant, et a recouvert de son voile la réalité historique du dernier roi yorkiste. Shakespeare s’est beaucoup appuyé sur l’oeuvre de celui qui fut le premier à réunir les fils épars de récits de la fin du XVe et du début du XVIe siècle dans une construction cohérente : l’humaniste Thomas More. Ce dernier a composé, durant la décennie 1510, une pièce très rhétorique intitulée Histoire du roi Richard le troisième (en anglais et en latin) afin de dénoncer les méfaits de la tyrannie. Cet ouvrage est écrit lors des premières années du règne d’Henri VIII. Il est pour beaucoup une leçon au jeune jeune souverain afin qu’il évite les écueils du pouvoir et de l’ambition, et qu’il ne soit comme Richard III un “tyran”. A ce titre on notera que More avait été emprisonné par le précédent souverain Henri VII, pour s’être opposé à des levées d’impots pour financer les guerres écossaises … Henri VII, celui là même qui chassa du pouvoir Richard III.

Le cercueil royal
Le cercueil royal

Bref, à l’origine même de la légende et des témoignages on découvre des aspects de propagande politiques qui n’empêcheront pas Henri VIII de faire exécuter Thomas More en 1537.

Quand Shakespeare écrit sa pièce en 1591, Elisabeth Ière règne sans partage sur l’Angleterre depuis 33 ans et 4 ans plus tôt elle a fait exécuter Marie Stuart. Pour la première fois dans l’histoire une reine faisait exécuter une autre souveraine régnante sous le voile d’une légitimité judiciaire, rendant ce faisant le régicide légal et légitime… Surtout Elisabeth, vieille femme sans héritier menait avec elle à la tombe cette fameuse dynastie Tudor fondée sur le cadavre de Richard III. Quoi de mieux qu’une bonne oeuvre de propagande pour rappeler ses sujets à la plus grande des loyautés à l’égard d’une dynastie qui les avait sauvés d’un monstre hideux et scandaleux ?

C’est donc la dynastie des Tudors qui a présenté Richard comme un tyran sanguinaire, laid et incompétent avec le concours de Thomas More et surtout de William Shakespeare qui fait s’écrier à Richard acculé sur le champ de bataille « Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » laissant entendre que le roi aurait tout donner pour sauver sa piètre existence …

Squelette de Richard III
Squelette de Richard III

En 2015, L’équipe pluridisciplinaire de l’université de Leicester, dirigée par Jo Appleby, spécialisée dans l’étude des ossements, a utilisé des techniques d’imagerie médicale, notamment la tomographie assistée par ordinateur (qui permet de faire des coupes) pour étudier les restes du souverain. Les chercheurs ont recensé pas moins de neuf blessures à la tête qui auraient été provoquées par diverses armes possibles (épées, hallebardes, couteaux, poignards…). « Les blessures à la tête de Richard collent avec les récits de la bataille qui suggèrent qu’il a abandonné son cheval après avoir été pris dans un bourbier et qu’il a été tué en combattant ses ennemis », relève M. Rutty. Richard III a donc combattu jusqu’au bout … la légende du lâche s’éloigne…

En fait ce que l’on sait “c’est qu’il a été un gestionnaire très efficace du nord de l’Angleterre et a repoussé les attaques des Écossais. Il se préoccupait des pauvres, d’où la haine d’une partie de la noblesse”, souligne Lynda Pidgeon, historienne au service de la Richard III Society. En mars dernier, la reine Elisabeth II a autorisé l’organisation d’obsèques royales pour son lointain prédécesseur mais pas à Westminster … il reposera à Leicester !

Le 27 mars 2015, 530 ans après sa mort Richard III a été réhabilité. La cérémonie a été solennelle et grandiose. Elle s’est déroulée en présence des plus grands dignitaires religieux du pays et plusieurs représentants de la famille royale. Des centaines de personnes ont aussi bravé le froid et la pluie pour suivre le service sur des écrans géants au centre-ville de Leicester. Au cœur de la cathédral, le cercueil de Richard III, construit par un de ses descendants, était en partie recouvert par sa bannière bleu et rouge et d’une couronne d’épines avec des roses blanches en son centre, symbole de la famille du roi. Chants et prières se sont alternés jusqu’à ce que le cercueil soit porté dans l’aile est de la cathédrale…

– première partie : A l’origine de la Guerre des deux roses,

– deuxième partie : l’avènement des Yorks,

– troisième partie : La fin des Lancastres

– quatrième partie :  Enfin Roi ! 

– cibquième partie : La chute

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