La chute de la maison BUSH

Share
de gauche à droite George W. (président de 2000 à 2008), George H (vice président de 1980 à 1988 et président de 1988 à 1992), Jeb candidat pour 2016
de gauche à droite George W. (président de 2000 à 2008), George H (vice président de 1980 à 1988 et président de 1988 à 1992), Jeb candidat pour 2016

Mise à jour du 21/02/16 en fin d’article

Ils étaient nombreux à rêver d’une confrontation dynastique  entre Jeb Bush (fils et frère de présidents) et Hillary Clinton (épouse de président). C’était la promesse d’un revival majestueux de la bataille de 1992 quand Bill Clinton alors jeune gouverneur battait le Président sortant, George Bush (père).

Il n’en sera probablement rien puisque si tout semble pour le moment sourire à Hillary Clinton qui sera selon toute vraisemblance désignée candidate du Parti démocrate, la campagne de Jeb Bush tourne elle à la catastrophe politique, du genre à remplir les églises texanes de milliers de militants républicains apeurés.

 John Ellis Bush, allias Jeb Bush, 62 ans, était gouverneur de Floride en 2000, l’année où son frère est élu président grace à des erreurs de comptage dans les bureaux … de Floride … Contrairement à George Bush (fils), il représente l’aile progressiste du Parti républicain. En juin dernier il se lance dans la course avec comme slogan : « Jeb ! »

Sa principale crainte était d’apparaitre comme le fils ou le frère de …  « Moi, c’est moi », revendique Jeb, qui a gommé jusqu’à son nom de famille de ses affiches. Pourtant, la réussite de sa carrière politique est pour beaucoup due à ses origines familiales. Sans les réseaux construits par son grand-père, Prescott Bush, sénateur du Connecticut, puis par les deux George Bush, Jeb n’aurait pas l’envergure politique qu’il a aujourd’hui. « Tout le monde dans le Parti républicain leur doit quelque chose, résume Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des Etats-Unis. Et Jeb Bush bénéficie de fait d’une notoriété immense chez les Américains, ce qui est loin d’être le cas de ses adversaires à l’investiture. »

Il devait sauver l’aile libérale du parti dont il est le représentant sans perdre les franges réactionnaires grace à l’action discrète de son frère.

Jeb Bush avec son frère et son fils
Jeb Bush avec son frère et son fils

Pour se faire il s’appuie sur son histoire personnelle. Marié à une Mexicaine depuis ses 21 ans, il est complètement bilingue. Un avantage non déterminant pour les primaires, puisqu’au moins l’un de ses grands concurrents, le sénateur Marco Rubio, est d’origine cubaine. « Mais on sait que ce vote fut décisif lors de l’élection de 2012, et les républicains ne peuvent pas faire deux fois la même erreur », explique Nicole Bacharan, spécialiste de la politique américaine. Plus généralement, ses prises de position sur la question de l’immigration le mettent à part sur l’échiquier politique républicain notamment quand il se déclare à demi-mot favorable pour une régularisation massive des étrangers. Il est ainsi le plus centriste des candidats, et donc à la fois le plus en difficulté pour la primaire mais aussi le plus crédible pour emporter la présidentielle.

Pourtant, en l’espace de quatre petits mois, L’héritier de la dynastie Bush est passé  du statut de favori des primaires républicaines pour la présidentielle de 2016, à celui de candidat de second ordre, déphasé par l’humeur révolutionnaire de l’électorat républicain.

Jeb Bush partait comme le grand favori des républicains. Avant même d’annoncer qu’il allait tenter de conquérir la Maison Blanche, l’homme politique caracolait en tête des sondages. Mais son succès s’est rapidement effrité cet été, quelques semaines à peine après son entrée officielle en campagne. Sa popularité, qui oscillait entre 15% et 17% depuis janvier 2015, a perdu six points entre le 15 juillet et le 15 août et se retrouve maintenant aux alentours des 7%.

Jeb Bush n’arrive aujourd’hui plus qu’en cinquième place, derrière Donald Trump (27% d’opinions favorables chez les républicains), Ben Carson (21%), Ted Cruz (9%) et Marco Rubio (8%).

Trump torpille Bush a chaque débat sous le regard amusé de leurs concurrents
Trump torpille Bush a chaque débat sous le regard amusé de leurs concurrents

La raison principale à cette chute libre? Donald Trump. Quatre mois après son entrée en campagne tonitruante, le milliardaire de 69 ans a écrasé tous ses concurrents et est devenu le candidat préféré d’environ un républicain sur quatre. Les deux évènements sont liés. En effet, la majorité des républicains rejettent les candidats expérimentés, qu’ils soient gouverneurs ou sénateurs, anciens ou actuels, Tea Party ou pas. Or Jeb Bush a fait de son expérience de gouverneur de Floride (1999-2007) un argument central, pour ne pas se présenter comme un héritier dont ce serait le tour, après George W. et leur père George.

La chute que Jeb Bush connaît a peut-être été initiée par Donald Trump mais le milliardaire n’est pas la seule explication. Le candidat en perte de vitesse a aussi sa part de responsabilité : “Les gens attendaient beaucoup plus de lui”, selon G. Terry Madonna, politologue au Franklin and Marshall College.

Face à l’énergie de Trump ou Rubio, Bush semble incroyablement fade et technocrate, manière polie de dire qu’il est chiant comme un cours de microéconomie. D’ailleurs, un clip de campagne d’un de ses concurrent montre une personne piquant du nez alors qu’il l’écoute lors d’une table ronde. On sait Jeb “sérieux”, modéré et héritier mais finalement il ne parvient pas à tirer un bénéfice du premier adjectif et se fait laminer quand les autres mots s’entrechoquent : Le candidat s’embourbe dans des discours sans queue ni tête pour répondre aux attaques de Trump sur le bilan de son frère et les compétences de la guerre en Irak.

Ainsi, Bush est perçu comme “un magnétophone humain” qui ne fait que régurgiter les messages conçus par ses conseillers. Et quand par malheur il ne s’en tient pas aux discours préparés, l’ancien gouverneur de Floride multiplie les gaffes … Au lendemain de la fusillade sur un campus de l’Oregon, Bush avait rétorqué à ceux qui demandaient un meilleur contrôle des armes que “ce genre de chose arrive”. Interrogé sur le planning familial, il s’était interrogé sur le “besoin réel d’avoir un demi-milliard de dollars pour financer les programmes liés à la santé des femmes”….

Tous ces problèmes commencent à avoir une traduction financière.

En effet, durant le troisième trimestre 2015, Bush a récolté 13 millions de dollars ce qui peut paraitre beaucoup. Pour autant il convient de mettre ce chiffre en perspective avec les 21 millions levés dans le même temps par Ben Carson, un nouveau venu de la politique qui s’est hissé en deuxième position dans les sondages. Tous candidats confondus, Hillary Clinton reste la reine, avec 30 millions récoltés en trois mois et 77 millions depuis avril.

La situation a forcé le candidat à imposer des coupes dans ses dépenses de campagnes: les salaires du personnel vont être diminués, les voyages plus limités, son entourage va être réduit et l’accent va être mis sur les déplacement sur le terrain, dans les premiers États qui voteront aux primaires début 2016.

Désormais c’est la famille Bush qui entre dans la danse

Jeb enlaçant George W
Jeb enlaçant George W

Jeb peut désormais compter sur un trésor de guerre de plus de 100 millions amassé depuis janvier par les amis de la famille réunis au sein du comité Right to Rise USA.

Par ailleurs, Barbara Bush, sa mère, a pris les choses en mains et siffler la fin de la récréation en réunissant toute la famille pour une réunion “secrète” en vue de sauver ce qui peut l’être de la carrière politique de son fiston. Le premier effet a sauté aux yeux de l’Amérique : à Houston, il y a 3 jours, l’ancien président George W. Bush s’est présenté aux côtés de son frère, prononçant un vibrant témoignage en sa faveur. Il a notamment expliqué que les positions d’ouverture de Jeb sur l’immigration seraient un atout pour conquérir une partie de l’électorat d’origine hispanique et qu’il était apte à faire face à des défis inattendus comparables aux attentats du 11 septembre 2001.

Jusque-là, George W. Bush n’avait participé qu’à des rencontres avec des donateurs organisées dans un complet huis clos. C’est un changement complet de stratégie initié par Barbara qui a probablement donné quelques semaines à son fils pour inverser la tendance. S’il n’y parvient pas il devra se retirer de la course pour sauver le nom de la famille, son aura et les ambitions des neveux, nièces,  petit-fils et petites filles …

 MAJ du 21/02/16 :  il était destiné à affronter Hillary Clinton dans un duel de dynastie qui faisait couler tant d’encre. Le 20 février, après une nouvelle contre-performance en Caroline du sud (8 %), l’ancien gouverneur de Floride a mis fin les larmes aux yeux à une campagne aux allures de chemin de croix. Une campagne qui n’a jamais décollé malgré 150 millions de dollars dépensés, un record dans le camp républicain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *