Oman … la réalité de l’Arabie heureuse (2ème partie)

Share

Quand il prend le pouvoir à l’été 1970, le Sultan Qabous bin Said al said a 30 ans. Il se retrouve à la tête d’un pays ruiné, sous développé et en proie à la guerre civile. Le trône chancelle pris en tenaille entre les coups de boutoirs des ennemis des monarchies arabes et l’amitié parfois étouffante des britanniques.

L'empire colonial omanais
L’empire colonial omanais

Comprenez bien qu’en 1970 le Sultanat d’Oman est un pays sous-développé. Le royaume qui au début du XIXème siècle était devenu le centre d’un véritable empire colonial, s’étendant du Balouchistan à Zanzibar a été de fait placé sous protectorat britannique dès 1891 tout en conservant nominalement son indépendance. Un an après son accession au pouvoir Qabous mettra un terme au protectorat britannique qu’il transformera en « amitié sincère et équilibrée »…

En fait, son père Said bin Taymour monté sur le trône en 1932 aura été un souverain obtus, têtu et maladivement paranoïaque. En dépit de la richesse pétrolifère du pays, le sultan refuse d’utiliser l’argent pour ses sujets et le pays demeure une monarchie de type féodale. En 1970, le sultanat compte un seul aérodrome, celui de sa Majesté, une seule route goudronnée menant d’ailleurs de ce même aérodrome au palais du sultan… qui seul dispose de l’électricité… pas d’école hormis quelques madrassa, pas d’hôpital… aucun projet de développement économique, social ou culturel. A la nuit tombée on ferme les portes de Mascate, la capitale, comme dans l’Europe du Moyen-âge et les hommes ayant l’outrecuidance de se raser la barbe sont condamnées à la bastonnade …

Dès le premier jour de son règne, Qabous lance une vaste politique d’amélioration des conditions de vie de son peuple. Il vise les besoins essentiels en nourriture, en approvisionnement en eau, en amélioration des conditions sanitaires et médicales mais décide aussi d’introduire l’éducation des masses populaires. Dès 1972, lors de son discours annuel, le sultan donne l’impulsion des réformes en expliquant que «  l’éducation est [son] grand souci et qu’[il] voit la nécessité de diriger les efforts vers la diffusion de l’éducation. Au ministère de l’éducation ont été donnés l’opportunité et les moyens de briser les chaînes de l’ignorance. Des écoles ont été ouvertes ; la chose importante étant qu’il y ait de l’éducation, même à l’ombre des arbres. »

Le Sultan Qaboos ou Qabous en français
Le Sultan Qaboos ou Qabous en français

La promesse sera tenue avec l’institution partout d’écoles publiques, gratuites, pour les garçons mais aussi pour les filles. En 2011, L’ONU classera le sultanat parmi les dix pays ayant connu le plus fort développement depuis 1970. Le rapport de l’organisation internationale dresse le portrait d’un pays prospère où le revenu par habitant atteint 25 000 dollars par an et où les secteurs de la santé et de l’éducation ont nettement progressé : 85 % de la population est désormais alphabétisée et éduquée.

Oman est une exception a bien des égards parmi les pays du Golfe, bien loin des apparences et des rumeurs qui courent sur ces principautés désertiques … Le Sultanat d’Oman est certes une monarchie absolue mais le Sultan a institué dès 1990 un comité consultatif nommé puis élu au suffrage censitaire le Majlis ach-Choura. Le 4 octobre 2003, le sultan institua le suffrage universel direct pour les Omanais et les Omanaises de plus de 21 ans … Lors de cette première élections deux femmes furent élues à ce Parlement. En 33 ans Oman est passé d’un régime féodal et tribal à une monarchie démocratisée où sont reconnus la représentativité parlementaire et l’égalité homme/femme… deux femmes siègent à ce jour au Gouvernement… Pour mémoire la France a institué le suffrage universel masculin en 1852, le suffrage universel en 1946 … et c’est en 1936 qu’un Gouvernement français vu l’entrée des premières femmes…

Le système politique et la place des femmes ne sont pas les seules différences avec les autres monarchies pétrolières :

  1. L’éducation et le rapport au travail : Depuis 1970, le Sultan a fait, nous l’avons dit, de l’éducation une priorité afin de développer la main d’œuvre du pays. L’Université du Sultan Qaboos fut inaugurée en 1986. D’autres institutions ont été créées, comme une école de droit, une faculté technique, un institut médical, un institut bancaire et une faculté d’enseignement pédagogique. Par ailleurs le gouvernement octroie environ 200 bourses chaque année pour des études à l’étranger. Il est accompagné par les principaux pays occidentaux (Etats-Unis, Angleterre, France et Allemagne) qui distribuent aussi des bourses aux étudiants omanais. Neuf universités privées existent et procurent des diplômes d’éducation supérieure de deux ans. Depuis 1999, le gouvernement a lancé des réformes dans les études supérieures afin de satisfaire aux besoins de l’accroissement de la population en ouvrant quatre universités régionales et en débloquant des crédits débloqués pour mettre à niveau les universités privées et en créer de nouvelles.

Si le Sultan pousse les jeunes à étudier c’est parce qu’il veut qu’ils intègrent le marché du travail plutôt que de vivre sur la rente pétrolière et le travail des expatriés indiens et pakistanais. Quand les jeunes qataris ou emiratis vivent de la rente dans une sorte de paresseuse lassitude, les omanais travaillent : L’omanisation du marché du travail est au cœur de la politique économique et sociale du gouvernement qui a intégré 500 000 jeunes travailleurs à l’économie entre 2000 et 2005. Aujourdhui, 60 % des postes dans le domaine des transports et de la communication sont occupés par des omanais. Si vous allez à Mascate en arrivant à l’aéroport de Seeb, les dizaines de chauffeurs de taxi qui essayeront de vous arracher votre valise des mains seront tous omanais …. A Dubai ou à Doha, ils seront tous étrangers …

  1. La démographie en est une autre de différence et conséquente. Entre 1970 et 2014, le taux de mortalité infantile est passé de 145,4/1000 à 9,4/1000. Le pays s’enrichissant, le taux de fécondité qui était de 7,41 en 1970 a légèrement augmenté dans les années 70 et 80 avant de chuter pour retrouver des standards quasiment occidentaux à 2,41 en 2014… Oman compte 4 millions d’habitants dont 45 % d’étrangers… cela vous semble énorme mais songez bien qu’au Qatar les étrangers représentent 65 % du total de la population …et 70,4 % aux Emirats Arabes Unis (Dubaï). Oman est le seul Etat du Golfe avec l’Arabie Saoudite où les nationaux sont plus nombreux que les expatriés.
  2. Le Sultan et la reine Élisabeth II
    Le Sultan et la reine Élisabeth II

    La politique étrangère : petit pays en termes démographiques et pétroliers, Oman exerce une influence croissante sur le plan régional et international d’abord du fait de sa position stratégique : avec la pointe de Ras Musandam, il contrôle la rive arabe du détroit d’Ormouz mais aussi du fait de l’originalité de sa politique étrangère. Qabous veut a tout prix éviter à son pays d’être embarqué dans des conflits armés « Nous, les Omanais, nous savons ce que c’est que la guerre », dit un officier supérieur omanais, « nous l’avons connue deux fois, au Nord dans les années 50 (contre l’Imam et les tribus de l’intérieur soutenues par l’Arabie Saoudite) et au Sud, au Dhofar, dans les années 60 et 70. Nous n’aimons pas la guerre. C’est elle qui a retardé le développement du pays ». Qabous normalisera les relations avec l’Iran islamiste, refusera de s’engager dans les deux guerres contre Saddam Hussein et acceptera pendant de nombreuses années la présence à Mascate de représentants israéliens … en tout cas jusqu’à la deuxième intifada. Les omanais sont majoritairement des Ibadites et se méfient autant des Sunnites Qataris que des Chiites Iraniens. Ils sont le point d’équilibre dans ce conflit qui a enflammé la Syrie et l’Iraq ne soutenant aucune des parties … bref ils ont une politique étrangère posée et intelligente … L’Arabie heureuse !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *